J’ai l’impression que le mois de ramadan nous tétanise et nous rend muet. En vérité, les autres mois ne sont pas mieux :  le silence mène la danse et le je-men-foutisme est de mise. Le mutisme règne et l’immobilisme gouverne. 

Je ne parle pas de Monsieur quelconque ou de Madame n’importe qui. Ceux-là, les pauvres, on les entend et on les voit parfois râler comme ils peuvent et là où ils peuvent, et surtout, de plus en plus, sur les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux sont devenus, par la force des choses, le nouveau dévidoir de ceux qui ne sont pas contents. Chacun y va de sa plainte ou de sa litanie. Il vaut mieux ça que rien. 

Sauf que ni la voix de Monsieur quelconque ni celle de Madame n’importe qui, ou vice-versa, ne sont vraiment audibles. On les entend, peut-être, mais on ne leur prête aucune attention. Et la raison est toute simple : ces gens-là ne pèsent pas lourd, politiquement parlant. Certes, ce sont des citoyens, comme vous et moi, mais, comme savez, chez nous, la notion de citoyenneté possède un sens très relatif ou même très abstrait . 

Attention, je ne suis pas en train de dire que nous ne sommes pas des citoyens à part entière. Nous le sommes tout à fait, puisque chacun de nous a le droit d’avoir une carte nationale, un passeport, et même une carte d’électeur ou d’électrice. Pour ce dernier document, il faut dire que très peu s’en servent et même ceux qui s’en servent, ne le font pas très souvent. Attention, personne ne nous empêche de nous en servir, mais n’empêche que personne ne nous en encourage non plus. 

Du coup, entre les rares qui votent, et les rares qui sont élus, il y a ce qu’on pourrait appeler “un pacte de non agression”. Quant à la majorité qui ne vote pas, qui ne vote plus ou qui n’a jamais voté, c’est-à-dire tous les autres, nous autres quoi, nous passons notre temps à nous arracher les cheveux, à lever notre tête au ciel, et à le supplier de nous envoyer des élus, des ministres, des responsables, des gouvernants, des gouverneurs, des maires, des préfets, des ingénieurs, des médecins, des policiers, des gendarmes, des professeurs, des maitres, des maitresses, des postiers, des banquiers, des peintres, des jardiniers, des maçons, des plombiers, des chirurgiens, des hôteliers, des cafetiers, des aide-soignants, des balayeurs, des éboueurs, des gardiens, des concierges, et même, si c’est possible des cinéastes et des humoristes, bref, un peu tout le monde, mais tout ce bon monde qu’on demande au ciel de nous envoyer, ne doit surtout pas être comme ceux qui sont déjà nous. Non, ceux-là, nous les avons, et nous n’en voulons plus. Nous, nous voulons plutôt que le ciel nous envoie, et on le remercie, des gens semblables à nos voisins du dessus. 

Rêvons qu’un jour nos supplications soient entendues et que nos prières soient exaucées, et que devenions, nous aussi, qui sait, des gens normaux comme les gens d’en haut,. D’ici là, nous allons nous contenter de regarder leurs télés, de suivre leurs élections, de conduire leurs voitures, d’utiliser leurs smartphones et leurs ordis, de nous comparer constamment à eux, de nous habiller comme eux, de parler comme eux, et même d’aller chez eux si l’on peut. 

En attendant, nos politiciens, nos élites et nos intellos, eux, sont en train de regarder “Le silence des Géniaux”. 

A la semaine prochaine pour un nouveau Vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma