Il faut le lire pour le croire. Ou ne pas le croire. En tout cas, moi, je ne le crois pas. Pour moi, c’est de l’hypocrisie, de l’amnésie, du déni.
Je savais, NOUS savions tous et toutes, qu’une bonne partie de notre société était schizophrène, autiste, mais pas à ce point.


Vous l’avez sans doute deviné, je vais vous parler cette semaine de l’enquête qui a été menée par Sunergia et publiée par nos excellents confrères de l’Economiste, sur ce qu’on appelle ici “Les relations sexuelles hors mariage”.
Parce que, voyez-vous, ici, chez nous, dans notre beau bled “arabo-andalou-amazigho-judéo-musulman, il n’y aurait que deux sortes de relations sexuelles : celles, admises, légales, légitimes, halal, et qui sont pratiquées dans le cadre strict et privé d’un contrat de mariage juridiquement et officiellement scellé par qui de droit; et celles, non admises, non acceptées, et formellement interdites par la loi, la charria, et par tous les fqihs et par tous les oulémas.
A part ces deux possibilités, dont une est de toutes façons strictement interdite et sévèrement punie par la loi et par la foi, il n’y a rien. Circulez, il n y a rien à croire. 

Dois-je vous rappeler le contenu fumeux du fameux article 490 de notre code pénal qui a été tant décrié ces derniers temps par quelques voix modernistes : « Sont   punies   de   l’emprisonnement   d’un   mois   à   un   an,   toutes personnes  de  sexe  différent  qui,  n’étant  pas  unies  par  les  liens  du mariage, ont entre elles des relations sexuelles». Au moins, ça a le mérite d’être clair : Pas marié(e)  ?  Alors, abstiens-toi ! Sinon ? Et bien sinon, c’est la prison ! 

Alors, justement, voyons ce que croient ou plutôt font semblant de croire nos concitoyens et concitoyennes, conservateurs, conservatrices, ou pseudo-modernes .

Je vous préviens tout de suite : les résultats de cette enquête  sont littéralement incroyables tellement ils sont ahurissants.
On se croirait chez les premiers hommes et femmes de la terre, il y des milliers d’années. D’ailleurs, à ce propos, je discutais récemment de ce sujet avec un ami, et qui est un peu plaisantin comme moi, et voici ce qu’il m’avait sorti ?: “Est-ce que Adam et Eve étaient bien mariés quand ils se sont accouplés la première fois? ”. Je n’ai pas su quoi lui répondre. Il faut dire que mon ami est aussi un peu impie. Un peu comme moi.
Blague à part, cette enquête a montré jusqu’à quelle limite on peut aller dans l’hypocrisie sociale dans notre pays.
Imaginez que, grosso-modo, et sans trop rentrer dans les détails, entre 80 à 90 des Marocains et Marocaines, âges, classes sociales, et régions confondus, autrement dit jeunes ou moins jeunes, pauvres ou richards, citadins ou campagnards, presque tous et toutes rejettent formellement, et sans rougir, ces honteuses “relations sexuelles hors mariage”. 

Les raisons ? Bof ! Rien de bien original :  Euh… C’est pas bien… Euh… C’est interdit… Euh… C’est Haram.
Et les libertés individuelles dans tout ça ?  Quelles libertés ? Vous ne connaissez pas la définition de la liberté ? “La liberté des uns s’arrête là où commence celles des autres”.
Alors, justement, je voudrais bien savoir en quoi le fait d’avoir des relations, hors mariage, mais librement consenties entre deux personnes, dans un lieu privé, loin des curieuses et des envieux, en quoi cela toucherait ou gênerait la liberté de autres ?
Ah oui ? C’est Haram ! Possible ? Et qui a délégué qui pour dicter ce qui est Haram ou ce qui ne l’est pas.
Oui, je sais, c’est un autre débat qu’adorent certains gardiens du temple, et qui se reconnaitront. D’ailleurs, ils sortent ce débat à chaque fois que ça les arrange, notamment à la veille d’une course au pouvoir. A la limite, ces gens-là, je les comprends, c’est un peu leur boulot quoi. 

Or, justement, moi je pensais que eux et leurs idées étaient très minoritaires, et voici que je découvre que la majorité majoritaire des hommes et des femmes de mon pays chéri, pensent comm eux.

Quel désastre ! Quel hypocrisie ! Quels mensonges !
Mais, donc, puisque c’est comme ça, qui harcèle à longueur de journée sa bonne ou sa secrétaire ? Qui emmène sa maitresse dans des hôtels luxueux – ou pas – pendant un week-end de travail, ou durant la semaine, entre 5 et 7 ou à tout autre heure de la journée ou de la nuit, graisse la patte du concierge ou bien paye une deuxième chambre “pour tromper les flics” ?
Qui loue un studio en ville ou une villa meublée à la périphérie, pour aller passer du bon temps, entre ami(e)s de tous les âges et de tous les sexes ?  

Qui remplit et vide chaque soir que Dieu fait, les innombrables cabarets et boites de nuits, et pour faire quoi et avec qui ?

Et que font vos enfants, garçons encore ados ou déjà étalons, ou vos filles, pubères ou déjà ultra-légères, quand ils sortent en groupes, voyagent ensemble, passent la nuit ou plusieurs chez “leur tante” ou “leur copine” pour réviser pour les examens. 
Et enfin, d’après vous, qui est la cause des 600 à 800 avortements clandestins quotidiens et qui causent tant de drames sociaux et humains.

Et ces 50.000 enfants issus de relations extra-conjugales que l’on compte chaque année, au Maroc, ils sont tombés du ciel ? 

Et ces milliers de procès pour adultère, ce sont des petits hommes verts !  

Bandes d’hypocrites !
Ne me dites pas que ce sont seulement les moins de 10 % qui seraient pour ces relations hors mariage qui seraient la cause de tout ce massacre ! 

Arrêtez de nous mentir, cessez de nous prendre pour des imbéciles ! 

On ne cache pas le soleil avec un tamis, et de belles fesses avec un paréo. 

Et sur cette belle note qui se veut un peu poétique et un tantinet érotique, je vous souhaite un très bon week–end (sans abstinence), et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma