La semaine dernière, le Maroc a vécu à l’heure de deux événements qui, a priori, n’ont aucun rapport entre eux, mais qui seraient très intimant liés. Il s’agit, d’une part, de l’arrêt presque brusque des livraisons de vaccins anti-Covid, avec toute l’inquiétude qui peut le sous-tendre, et d’autre part, les manifestations, à l’apparence pacifique, des enseignants dits “contractuels” à Rabat, et la répression, visiblement démesurée, qui s’en était suivie.
Le point commun entre eux, je l’ai déniché dans les explications un peu brouillonnes dans certains communiqués et certains articles de certaines plumes complaisantes et systématiquement suiveuses des thèses officielles : le virus Corona.

En effet, selon les explications sus-citées, si les “autorités publiques” ont intervenu, en force sans la forme, pour “disperser” les manifestants, c’est pour “faire respecter les mesures restrictives imposées en raison de la pandémie de la Covid”, et “pour éviter la propagation du virus et contamination collective des manifestants”. 

À première lecture, on ne pourrait que souscrire à cette version, sans oublier de saluer la noblesse des sentiments et la générosité humaniste de ses rédacteurs. Sauf que, comme je l’ai souligné plus haut, si l’intention y est, la forme, elle, n’y était pas du tout. Du moins, si on en croit les images qui n’ont pas cessé de circuler à travers les réseaux sociaux, ces nouveaux petits et grands rapporteurs, qui ne savent plus rien cacher, ni les bonnes nouvelles, ni, surtout, les mauvaises. 

Justement, ce que ces réseaux sociaux nous ont montré, n’est pas très beau à voir.  Il est vrai que des échauffourées, plus ou moins violentes et plus ou moins spectaculaires, entre manifestants et “forces de l’ordre”, on en a toujours vu, aussi bien au Maroc que partout à travers le monde. Souvent, chacun est dans son rôle : l’un est là, pour manifester et pour exprimer son mécontentement ou ses revendications, et l’autre est à côté, et plus souvent en face, pour veiller à la sécurité des citoyens, et éviter, autant que faire se peut, tout débordement préjudiciable à l’ordre public. Parfois, ça chauffe un peu, il y a des échanges pas toujours courtois entre les uns et les autres, mais, souvent, il n’y a rien de trop grave. Après un certain temps, quand la manifestation a fini son parcours ou que le

sit-in a fini le délai imparti, chacun rentre chez lui calmement, avec l’engagement de revenir une autre fois, et même d’autres fois, jusqu’à la satisfaction des revendications. Ou pas. 

On voit donc que tout cela est plus ou moins normal, surtout dans les pays dits démocratiques, et où la liberté de manifester fait partie des droits les plus sacrés. Non, je ne suis pas en train d’insinuer que le Maroc ne ferait pas partie de ces pays démocratiques, mais sauf que chez nous, hélas, même si ce droit est bien encadré légalement et juridiquement, j’ai comme l’impression que cela n’est pas encore bien assimilé par certaines forces en présence. Je vais être plus direct : je pense que je ne vais pas me tromper beaucoup, si j’avançais que certaines de ces forces, voire peut-être leurs chefs, n’arrivent toujours pas à admettre que le Maroc a changé, que les années sombres de la répression sont dépassées, ou plutôt, doivent être dépassées, et qu’ils n’ont pas encore compris qu’ils doivent changer leurs méthodes, notamment pour faire face à des comportements somme toute normaux de citoyens et de citoyennes plus ou moins mécontents. 

Franchement, quand j’ai vu certaines images de ces dernières manifestations à Rabat, je me suis dit, comme disaient si bien nos amis français au siècle dernier, qu’il y a vraiment des coups de pied qui se perdent. Oui, je sais que ce jeu de mots est trop facile, voire indélicat puisqu’on parle quand même de nos forces de l’ordre qui ont pu et su montrer, de nombreuses fois par ailleurs, leur préoccupation de notre sécurité et de notre tranquillité, mais elles doivent reconnaitre que parfois elles dépassent les bornes. Prises dans l’engrenage entre les doléances, légitimes ou pas, des gens qui manifestent et le regard de leurs chefs gradés, ils semblent très vite s’emporter, en oubliant que non seulement les passants les scrutent de près, mais aussi et surtout que tout le monde – et je n’exagère pas du tout – les regarde, les juge, les condamne, et de plus, en tire des conclusions pas toujours valorisantes sur notre pays. Eh oui. Internet, c’est aussi ça.
Pour revenir aux manifestations de Rabat, je n’ai pas envie de donner mon avis sur la justesse ou non des doléances et des exigences de ces enseignants “contractuels”; peut-être que je le ferais un jour. Par contre, j’aimerais bien que nos responsables, surtout les plus hauts placer – sans arriver à notre Chef du Gouvernement qui semble être le dernier concerné – tirent les leçons de ce tout cela. 

Il est plus qu’inadmissible, dans le Maroc d’aujourd’hui qui prépare celui de demain, de voir des policiers ou des agents dits auxiliaires, en civil ou bien en uniforme, se comporter de la sorte, avec des hommes et des femmes qui, en fin de compte, n’allaient pas faire la révolution, même si, il faut le reconnaître, auraient dû tenir compte un peu plus de la situation sanitaire que traverse le pays. Mais, est-ce qu’on est obligés de répondre à une action maladroite par une réaction violente ?
Je vous laisse réfléchir à tout cela, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.   

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma