Je dois vous dire tout d’abord que je suis moi-même très étonné de ce conditionnel dans le titre que j’ai choisi pour le sujet de ma chronique de cette semaine. D’habitude, c’est-à-dire jusqu’à un temps relativement court, je ne me souciais guère de ce type de précautions, me protégeant derrière mon auto-statut de billettiste satirique, fondamentalement irresponsable, qui tourne tout à la dérision. 

Là, j’ai comme l’impression que je me suis assagi, bel euphémisme pour ne pas dire que j’ai vieilli. Peut-être que ma vaccination récente contre la Covid19 m’a rappelé mon âge qui avance à vitesse Grand V, sans même me demander mon avis. On me dit souvent que je ne fais pas mon âge, ce qui est très vrai, même quand je suis devenu Papi, mais quand je me suis retrouvé il y a très peu, dans la salle d’attente du lieu dédié à la vaccination dans mon quartier, aux côtés de vieillards, les uns s’appuyant sur une béquille pour marcher, d’autres aidés par leurs conjoints et/ou par leurs enfants, j’ai pris la terrible réalité du temps qui passe ne plein dans la tronche. Pourtant, ça se voyait de loin que j’étais, même de près, le mieux portant pour ne pas dire le plus jeune. 

En vérité, ce n’était pas de cela que j’ai envie de vous parler aujourd’hui, mais avant de passer à mon sujet de ce vendredi, je ne pourrais pas – encore un conditionnel ! – ne pas saluer à mon tour l’excellente organisation de cette campagne de vaccination et l’accueil très chaleureux, trop chaleureux même, de l’ensemble du personnel, que ce soit celui de la santé que celui de l’intérieur. Vraiment, chapeau ! 

J’arrête là les youyous, et je passe tout de suite à cette affaire d’huile qui arrive vraiment à un moment pas très opportun. Les anti-complotistes ou ce qu’on pourrait appeler “les complotistes positifs” ou les “pro-système”, vont probablement dire que cette augmentation inattendue, est venue, là, à cette période précise où l’euphorie nationaliste et patriotique est à son paroxysme, juste pour chahuter nos succès et nos réussites dont beaucoup nous envient et nous jalousent, à commencer par nos chers voisins d’à côté. Après tout, qui sait, ce sont peut-être eux qui ont soufflé à notre grosse huile et leader national de cette denrée si prisée cette très mauvaise idée de revoir, maintenant, ses prix à la hausse. 

Hier, en prenant le café avec des copains, un d’eux a pouffé de rire en apprenant que cette augmentation ne dépassait pas 2 dhs le litre et 10 dhs le bidon de 5 litres. Il fallait voir les regards furieux et entendre les réactions rageantes de certains clients qui suivaient la discussion d’une oreille faussement discrète.

Qu’est-ce que j’en pense ? Vous voulez vraiment mon avis ? Eh bien, je vais vous le dire.
Je pense que durant de nombreuses années l’Etat et tout ce qui gravite autour de lui, aussi bien les forces politiques qu’économiques, prenaient les gens – je n’aime pas beaucoup le terme “peuple” trop utilisé à des fins populistes – pour des moins que rien, tout juste bons à consommer, à gober tout ce qu’on leur raconte et, accessoirement, à voter. 

Je ne vais pas essayer de démontrer que ces gens dont je parle, et qui constitue la majorité de ce pays, ne sont pas crédules ou passifs. Si, si, ils le sont, et même trop souvent. Mais, crédules ou passifs, ne veut pas dire imbéciles. Ils comprennent souvent beaucoup de choses que ces “forces” citées plus haut et qui les voient toujours de haut, croient qu’ils sont incapables de comprendre. 

J’ai entendu ça et là, notamment dans certains médias, que “les marocains peuvent tout accepter “sauf qu’on touche à leur ventre”.
Pour moi, ça, c’est du n’importe quoi ! C’est réducteur et méprisable.
Personnellement, je pense que les gens, même ceux qui n’ont pas pu aller à l’école, savent parfaitement et sont convaincus que pour les produits, y compris de base comme le pain, l’huile ou le sucre, qu’on leur propose à l’achat, tout le monde fait son beurre. Ça va de l’Etat, à travers son Trésor, jusqu’à la. Grande surface ou le petit épicier, en passant par tous les intermédiaires que je ne peux pas tous citer. Alors, forts cette de cette connaissance et de cette conviction, ils n’aiment pas trop qu’on les tourne en bourriques.
Bon, maintenant, de là à parler systématiquement de boycott dès le moment précis où le prix d’un produit passe à un chiffre supérieur, là, je suis obligé de me poser des questions. Je suis parfois naïf, mais pas toujours stupide. Les amateurs de la pêche dans les eaux troubles et huileuses sont légion au Maroc, et que certains puissent trouver dans cette augmentation peut-être justifiée, je n’en sais rien, une opportunité pour se “rapprocher du peuple” pour qu’il ne les oublie pas le moment des urnes venu, je ne sais pas … Peut-être oui, peut-être non. On verra.
En attendant de savoir, je vous souhaite un très bon week-end qu’on nous annonce pluvieux, donc qui augure des jours heureux, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma