Je ne sais pas ce que j’ai ces temps-ci à vouloir à chaque fois reproduire des dictons marocains, en essayant de les traduire, très mal d’ailleurs, pour en faire un titre qui se veut éclairé, et je l’espère, éclaireur.

Celui que j’ai choisi m’a été inspiré par nos gouvernants et nos responsables – les uns n’étant pas forcément les autres – et par leurs comportements réciproques face à nos soucis en tout temps et celui de l’heure qui, depuis quelques mois, nous mine le moral et la santé tous les jours, à savoir le vilain, hideux embêtant, et pas commode du tout, j’ai nommé l’innommable Covid19, Corona pour les intimes. 

Le Maroc, et le monde entier avec lui, vient d’entamer le 8ème mois de cette pandémie qu’on nous dit incomparable à nulle autre puisque le virus qui en est responsable, en plus d’être un tout nouvel inconnu du bataillon des virus maléfiques, serait, en plus, un mutant. En d’autres termes, si l’on en croit tous ces médecins, spécialistes, biologistes, pneumologues, virologues et tous ces experts en tout et surtout en rien de précis, ce virus, tout débutant et nouveau-né qu’il est, serait, aussi, très versatile, autrement dit qu’il change tout le temps sinon d’allure, du moins d’armes. Une fois, il serait très dangereux, et la fois d’après, un peu moins, voire pas du tout, et juste après, il deviendrait si méchant qu’il peut vous laisser sur le carreau. 

Je sais que je ne vous apprends rien car tout cela, vous l’entendez à longueur de journée et de nuit. Je pense que ce qui vous préoccupe comme moi vous aussi, c’est de savoir enfin quelle sont les partitions sur lesquelles est en train de jouer notre gouvernement, et savoir sur quel pied danser alors que, je le sais, ce n’est vraiment pas le moment. J’avoue que depuis le début de cette tragédie qui n’a que trop duré, je n’ai pas encore compris à quel jeu on joue. Un jour, on prend une décision, qu’on annule le lendemain, qu’on remet le surlendemain, qu’on renforce la semaine suivante, et qu’on décide d’alléger sans le dire tout en le faisant quand même. Et ainsi de suite.

Il faut reconnaitre que le Maroc n’est pas une exception dans cette partie de yo-yo, à la différence que dans les autres pays, les paumés et leurs chefs se donnent la peine de venir dans les assemblées élues et sur les plateaux de radio et de télévision pour en discuter avec leurs concitoyens ou avec leurs représentants, histoire de justifier leur comportement indécis, ou parfois même de demander aide et conseil. Chez nous, comme disait l’autre, “ce n’est pas pareil”. 

Chez nous, c’est simple : quand on t’ordonne, tu dois t’exécuter et la fermer. Ce n’est pas la peine de leur demander des explications, car eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils font, ni pourquoi ils le font. Tenez, je vais vous donner un exemple : cela fait plus d’un mois que Casablanca est obligé de vivre avec ce qu’ils appellent “les mesures restrictives”. Peut-être que les Casablancais le méritent, qu’ils ne sont pas très sérieux ni très disciplinés, et qu’une bonne fessée sous forme d’interdictions et de restrictions, ne pourrait que les faire changer de comportement. Sauf qu’ils voient bien que ces sanctions méritées ou non n’ont rien changé du tout. Pis, les chiffres que ces responsables annoncent eux-mêmes chaque soir montrent que la situation ne fait que s’aggraver. 

Alors, normalement, il y aurait deux choses à faire, et dans cet ordre : d’abord, essayer de comprendre pourquoi cet arsenal de “mesures restrictives” n’a pas bien fonctionné, ou plutôt, n’a pas fonctionné du tout. Et quand on a déterminé avec précision les causes de ce non-fonctionnement, on prend de nouvelles mesures, pas forcément plus “restrictives”, mais juste plus… comment dire … plus réfléchies, plus intelligentes.

Oui, je sais que je demande un peu trop, mais, franchement, on ne peut pas continuer comme ça. d’attendre à chaque fois la veille de la fin du délai imparti, pour apprendre, une fois encore, qu’ils ont décidé de prolonger ce délai pour la énième fois, sans qu’ils se donnent la peine de nous expliquer le qui du quoi du pourquoi du comment, et surtout, jusqu’à quand ?

Ils croient sans doute que nous sommes trop stupides pour comprendre. Chaque jour, ils nous infantilisent, ils nous traitent comme des gamins turbulents incapables d’apprendre nos leçons et de faire nos devoirs.

D’ailleurs, ils le disent à chaque fois : “c’est de votre faute”. Au fond, ils ont raison. C’est de notre faute, à nous, à vous, à nous tous qui sommes censés être les plus instruits, les plus éclairés, les plus futés, mais qui avons déserté le terrain le laissant aux nuls, aux médiocres, aux opportunistes, aux politiciens au rabais, aux coureurs de rentes et de privilèges, aux « obéisseurs » aux ordres du premier venu, aux frileux, aux démagogues et aux populistes.

Oui, c’est de notre faute, et ça continuera d’être de notre faute, tant qu’on ne décide pas de se réveiller, de se lever, de prendre les devants, et de se prendre en charge. Vous savez, la pandémie, elle va bien partir un jour ou l’autre. En revanche, si on ne fait rien, nos instituteurs, nos instructeurs, nos censeurs, nos “sanctionneurs”, eux, vont rester jusqu’à la nuit du temps. 

Je vous laisse réfléchir, je vous souhaite un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.


Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma