Cette semaine, j’ai choisi de vous parler d’un thème que beaucoup évitent d’aborder. En vérité, il n’est pas très abordable. Et pour cause, il est “Border-line”. Mais, je n’ai pas trop le choix car le principe de cette chronique c’est, justement, de ne pas avoir de limite, et de tout dire, y compris ce qu’on n’a pas l’habitude de dire. Comme dire, par exemple, que nous sommes peut-être le plus beau pays du monde, mais il y a d’autres pays qui sont bien plus beaux que nous. Ou bien, un autre exemple : que nous sommes le peuple le plus courageux et le plus intelligent, mais il y a un nombre incalculable de poules mouillées et d’imbéciles finis parmi nous.

Voilà, je l’ai dit. Après tout, qu’est-ce que je risque ? D’être mal vu par les gardiens du temple ? Bof ! Au point où j’en suis…
Donc, je vas foncer.
Comme vous l’avez deviné, je vais vous parler du chauvinisme, ou l’amour fou de son pays. C’est un amour dévié qui finit par devenir déviant. A mon avis, le chauvinisme, c’est un peu le patriotisme poussé à son extrême stupidité : j’aime mon pays au point que je suis persuadé qu’il est le meilleur, ou, au moins, beaucoup mieux que l’autre. Et l’autre, c’est souvent le pays qui est juste à côté, le pays à la frontière commune, le pays soi-disant “voisin”. Ou bien, parfois, l’autre c’est le pays le plus proche, économiquement ou socialement parlant.

Je m’explique.

Je ne voudrais pas faire de la sociologie à deux dirhams, mais je pense que deux pays, ou deux peuples, qui ne sont pas du même calibre, autrement dit du même poids économique et politique, ne peuvent pas se détester au point de se faire la guerre, même juste verbale. Pour moi, c’est simplement et objectivement impossible. Ce n’est pas un problème de proximité, mais un problème de rationalité. Un puissant ne se bagarre qu’avec un autre puissant, comme un bon élève ne se dispute qu’avec un autre bon élève. Idem des faibles et des cancres. Idem aussi, des pays dits “frères at amis”. Si vous voyez ce que je veux dire. Vous ne voyez pas ? Et bien, je vais vous le dire.


Ces tout derniers jours, j’ai été révolté par la dérive nationaliste, donc chauvine, qu’a pris cette fameuse affaire de la finale de football entre le Wydad de Casablanca et l’Espérance de Tunis. Je ne vais pas rentrer dans cette polémique qui est loin d’être tranchée pour la simple raison que le foot n’a jamais été ma tasse de thé. Ça ne m’empêche pas, de temps à autre, de suivre un match marocain, européen ou autre, mais je le fais toujours avec un certain recul, ayant rarement une préférence pour l’une ou l’autre des équipes qui jouent. Cela dit, je vous mentirais si je vous disais que c’est également le cas même que quand la sélection nationale du Maroc, ou bien juste une équipe Marocaine, joue contre une équipe étrangère.

Je suis un Marocain comme les autres, et il est tout à fait normal que mon coeur batte à vive allure et que j’aie vraiment envie que l’équipe de mon pays gagne. Mais, sans plus. Je veux dire que si elle gagne, je vais être content, et si elle perd, je vais être triste. C’est tout. Je ne vais pas en faire tout un plat.

J’arrive à savourer mon plaisir, ou bien le cas échéant, à maudire la malchance, mais toujours avec calme car je suis persuadé que gagner un match, un championnat, une coupe, ça ne fait pas d’un pays, du jour ou lendemain, une puissance imbattable; et, à contrario, une défaite sportive, de quel ordre qu’elle soit, ne fait pas du pays perdant, d’un coup, une mauviette.

C’est pour cela que je ne comprends pas pourquoi les résultats des matchs, surtout de football, et surtout inter-pays, prennent souvent des tournures dramatiques.

Au-delà de toute rationalité, ou juste de toute raison, les passions se déchainent, les insultes s’enchainent, les uns se prennent pour le nombril du monde, les autres croient sortir de la cuisse de Jupiter, et on arrive très vite à passer à un jeu très dangereux, qu’on pourrait appeler “à chauvin, chauvin et demi”.

Et le sport dans tout ça ? Je vais vous le dire. Sans aller jusqu’à répéter que le sport c’est l’opium du peuple, personne ne peut nier qu’il ne peut exister sans la politique. Et vice-versa. Le sport et la politique forme un couple inséparable, parce que l’un nourrit l’autre, et chacun est redevable à l’autre.

Où est le peuple dans tout ça ? me demanderiez-vous. Je vais vous répondre.
Et bien, on profite que le peuple profite bien du spectacle, pour lui faire payer l’addition.

Vous avez compris ou je vous fait un dessin de terrain ou d’écran de télévision ?

Je vous laisse réfléchir à tout ça, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma