Jusqu’à présent, je n’ai pas voulu intervenir dans le faux-vrai débat sur la réforme de l’enseignement, et surtout sur le volet qui concerne les langues. Je ne l’ai pas fait pour au moins deux raisons :

La première, c’est que je voulais sincèrement comprendre pourquoi certains tiennent absolument à nous cantonner à une utilisation quasi exclusive des langues dites nationales, et s’acharnent à vouloir exclure toutes les autres langues, pas seulement dans l’enseignement, mais carrément dans toute notre vie de tous les jours. 

La deuxième raison est un peu plus personnelle.  Par un curieux hasard, dont je ne suis nullement responsable, j’ai suivi mes études essentiellement dans la langue de Molière, cette fameuse et d’ailleurs très belle langue française, et par conséquent j’ai toujours été considéré, y compris parfois par mes propres amis et proches, comme un affreux francophone.

Traduction : un spécimen bizarre, une sorte de mélange étrange d’handicapé mental et de colonisé néo-colonial. Je vous assure que j’exagère à peine.

Aujourd’hui, si j’ai décidé de sortir de mon silence qui, entre nous, n’était pas si silencieux, c’est parce que je constate de nouveau que ces gens-là, je veux parler de ces donneurs de leçons de morale qu’ils sont les premiers à ne pas respecter, ces redresseurs de torts alors qu’ils n’en manquent pas du tout, ces contrôleurs d’identité à tort et à travers, bref, ces sécuritaires des temps archaïques, et bien, ces gens-là, disais-je n‘ont qu’un seul désir et une seule envie, c’est de nous emprisonner à vie pour pouvoir, tranquillement, manger, boire, chanter et danser devant nos cellules en se fichant de nos gueules. 

En effet, aujourd’hui, tout le monde – c’est-à-dire tous ceux et toutes celles qui entendent et qui subissent leurs discours redondants, tordus et désaccordés, depuis très longtemps – tout le monde a totalement et définitivement compris que ces gens-là veulent continuer de profiter du système d’enseignement archaïque et anachronique qu’ils ont eux-mêmes mis en place, ou si, vous préférez, qui a été initié par leurs pères et leurs grand-pères biologiques et/ou politiques. 

Je ne voudrais pas leur rappeler ce qui est devenu un vrai lieu commun, un authentique cliché, à savoir le fait d’envoyer leurs enfants dans des écoles étrangères, ici au Maroc, ou à l’étranger, tout en nous servant leurs discours has-been et hypocrite sur  “la défense de la langue et de l’identité nationale”. 

Mais de quoi parlent-ils ? Depuis quand et comment l’apprentissage, la maitrise et l’utilisation d’une langue ou même de plusieurs langues ont empêché un Marocain ou une Marocaine de le rester, à travers leur identité d’abord, leur carte d’identité que personne n’a le droit et ne peut la leur contester, et à travers leur(s) culture(s) qu’ils ont acquises et assimilées au cours de leur vie et que, là aussi, personne n’a le droit ni ne peut les leur enlever. 

 Alors, à l’heure où les éclairés d’ici et d’ailleurs, débattent de la pluralité, de l’altérité et de la diversité, ces concepts philosophiques modernes et lumineux, les obscurantistes de tout bord, eux, qu’ils soient barbus et enrubannés ou rasés de prés et cravatés, veulent continuer de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas et que nous ne serons jamais : des suiveurs serviles qui gobent tout ce qu’on leur sert.

Non, mes amis qui ne seront jamais mes amis, c’est fini. Vous nous avez saoulé avec vos propos ombrageux et moyenâgeux, mais  on a fini par vous rappeler à l’ordre et par vous sommer de céder. Fini de jouer. Votez ! 
Et maintenant que vous l’avez fait, si vous voulez continuer de répéter vos discours creux sur l’identité et patati et patata, allez-y. Personne ne vous écoute plus. En tout cas, vous pouvez essayer de ralentir la roue de l’histoire, mais elle est tellement forte et solide qu’elle finit toujours par repartir. Et de plus belle. 

Pour finir, en attendant d’en finir avec vous, je voudrais vous citer une très jolie phrase de la très grande dame à la très belle plume, notre concitoyenne Algérienne Assia Djebar : 

“ C’est dans la langue dite “étrangère” que je deviens de plus en plus transfuge”.

Maintenant, si vous n’avez rien compris, revenez à l’école.
Quant à vous autres qui aimez autant votre langue que toutes les autres langues, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma