En choisissant le sujet d’aujourd’hui,  je crois que je vais prendre un gros risque, mais, comme on dit,  à la guerre comme à la guerre ! Après tout, beaucoup de gens que je connais ou que je ne connais pas en parlent tout le temps, même s’il n y a pas beaucoup de monde qui ose l’écrire publiquement. 

Ce n’est pas que je sois un téméraire ou que je me sente l’âme d’un combattant, ni encore moins que j’aie le sens du sacrifice, mais franchement j’en ai par dessus-la tête de voir, non pas tous les jours, mais une fois par semaine, ce comportement pour le moins incivique pour ne pas dire contraire aux règles religieuses, même si, je dois l’avouer, la religion, les préceptes  et tout ça, ce n’est pas du tout ma tasse de thé. 

Si vous ne l’avez pas encore deviné à travers le titre de cette chronique, le sujet que je vais aborder est celui de la fameuse prière du vendredi, devenue au fil des années, du moins chez nous, le passage obligé de tout musulman ou de toute musulmane en herbe.

Rassurez-vous, je n’ai rien contre la prière ni contre les prieurs. Je vous informe que je suis né et j’ai grandi dans un milieu on ne peut plus religieux, et depuis ma naissance, j’ai toujours vu mes parents, mes frères, mes soeurs, mes tantes, mes oncles, mes cousins, mes cousines, mes voisins, mes voisines, appliquer les préceptes de l’islam et faire quotidiennement leurs prières sans que cela ne me gêne ou ne me dérange outre mesure. 

Bien au contraire, j’y voyais une attitude culturellement et civilement acceptable dans la mesure où personne ne voulait montrer à personne qu’il est plus pratiquant ni qu’elle est meilleure que l’autre. 

Ce qui m’agace vraiment, c’est d’abord cette tendance chez certains et chez certaines à vouloir montrer d’une manière très ostentatoire et en criant sur tous les toits, partout et à tout moment, qu’ils font leur prière 5 fois par jour ou même parfois plus, qu’ils sont allés ou vont aller à la Mecque  pour faire  leur énième Oumra, ou bien qu’ils ont distribué de l’argent, des galettes ou des figues sèches lors de leur dernière visite au cimetière. 

Et le meilleur, ou plutôt le pire, c’est que le vendredi est devenu le jour où ces gens-là se permettent toutes les libertés et toutes les extravagances. 

Je passe sur la djellaba qu’on met dès le matin et qu’on garde jusqu’à la fin de la journée pour bien montrer que c’est le vendredi et, donc, qu’on va aller à la mosquée. Il faudrait dire que cette pratique ne date pas d’aujourd’hui, même si elle était plutôt l’apanage des fonctionnaires. Je ne sais pas pourquoi eux et pas les autres, mais c’est comme ça!

A la limite, le port de la djellaba ne me dérange pas beaucoup sauf quand elle devient le signe d’une prédisposition ce jour-là à ne pas bouger le petit doigt pour faire son travail. Hélas, c’est bien cela qui arrive. 

Pour être plus juste, ou pour ne pas trop généraliser, ce qu’on constate de plus en plus, c’est le départ prématuré du bureau – vers 11h / midi – de beaucoup de fonctionnaires et même de plus en plus des gens du privé, soi-disant pour aller faire leur prière du vendredi. 

Dans tous les cas, à l’heure de la prière, soyez sûrs qu’il n y aura pas un chat ni une chatte dans aucun bureau ni service du bled. Et même dans les banques, censées être privées !!! 

Et je puis vous assurer que tout ce beau monde ne se trouve pas forcément à la mosquée.En effet, beaucoup d’entre eux ou d’entre elles se trouvent chez ou chez elles en train de prendre leur déjeuner en famille, ou mieux encore – et je vous jure que c’est vrai – certains profitent de cette pause officieuse pour aller s’installer confortablement au comptoir d’un bar et prendre leur apéro, et parfois en djellaba ! 

Et le retour au boulot, si retour il y a, c’est souvent une heure ou deux heures après la fin de la prière, voire que le lundi matin. 

Je ne pourrais pas finir ce réquisitoire qui peut, à première vue, paraitre sacrilège, mais qui est très sincère, sans vous parler de tous ces énergumènes qui se sentent obligés de prier à l’air libre alors qu’il y des milliers de mosquées au Maroc, et qui bloquent les rues, les avenues et les places avec leurs véhicules, contre tout bon sens et contre toute bienséance.

Et si jamais vous osez leur faire la remarque ou juste vous plaindre de vous avoir bloqué le passage alors que vous aviez vraiment besoin d’utiliser votre propre voiture, vous risquez d’être traité d’infidèle, voire d’impie.
En tout cas, moi, je ne me gêne pas de le faire, et je n’ai pas peur de ces faux dévots et ces vrais voyous. 

Quant au grand patron qui est là-haut, je sais ce qu’il pense de moi, et d’ailleurs je n’ai de comptes à rendre qu’à lui. 

Je suis même sûr qu’il ne croit pas une seconde à la sincérité de tous ces musulmans de pacotille.  

En attendant que tout ça change un jour, je vous souhaite un très bon weekend, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma