Qui se souvient de cette petite injonction qui revenait souvent quand nous étions encore enfants ? Pour être honnête avec vous, je crois que ça ne concernait que les enfants qui jouaient avec leurs copains français et leurs copines françaises, ou bien, à la limite, avec des affreux francophones, comme c’était mon cas. En tout cas, c’était un truc très courant dans les cours de récréation, juste avant de jouer à n’importe quel jeu ou de participer à n’importe quelle activité. Sa signification est toute simple : c’est une demande, un souhait, un désir ou parfois un caprice lorsqu’on veut être le premier ou la première à commencer.

Après ce mini cours de sémantique qui n’a aucune prétention pédagogique, mais juste un délire de plus de ma part pour exprimer de nouveau l’opinion pas très affectueuse que j’ai sur notre gouvernement actuel lequel, entre nous, n’est pas pire que les précédents, et probablement pas mieux que ceux qui vont venir après lui.

Hélas pour lui, et surtout pour nous, il est le premier, et j’espère le dernier, qui a eu à gérer une des plus graves pandémies qu’a connues l’humanité, même si personne ne lui a demandé de s’occuper de tout le monde, mais juste de nous autres, les pauvres citoyens marocains et citoyennes marocaines.

Bon, on ne va pas mentir, et on doit dire qu’au début, quand il s’était attelé à la tâche, il se débrouillait plutôt pas mal. D’abord, il a réussi à nous calmer, à nous tranquilliser, puis à nous faire auto-enfermer, et puis, par la suite, à essayer de nous faire peur, avec beaucoup de réussite puisque nous avons fini par nous méfier de nos propres parents et de nos propres rejetons, et tout cela, semble-t-il, pour notre intérêt. 

Une chose très importante et qui rejoint ma fameuse injonction du début : il était très fier, et nous tous et toutes avec lui, que le Maroc “est un des premiers pays qui a mis la question de la santé avant toute autre considération”. Autrement dit, quand on aime son peuple, on ne compte pas. Mais, il faut dire aussi qu’on a mis à sa disposition un compte ouvert pratiquement sans limites, et on a beau dire que l’argent ne fait pas forcément le bonheur de tous, mais il fait au moins celui de ceux et de celles qui en ont beaucoup sous la main.

Non, je n’insinue rien du tout, mais, franchement, si avec 32 Milliards de nos dirhams, ils n’ont pas été capables de nous rendre sinon heureux, du moins un peu plus contents que d’habitude, c’est que, quelque part, ils ne s’y sont pas très bien pris.

Peut-être que ce n’est pas encore le moment de faire le bilan, ne serait que parce que tout premiers que nous étions à être confinés à l’insu de notre plein gré, nous sommes aujourd’hui parmi les tout derniers à ne pas bénéficier encore du vaccin, fabriqué en plus par nos propres amis Chinois, dont on nous vantait, depuis des mois, aussi bien les grands mérites que la grande affection à notre égard. 

Ensuite, on a commencé à nous parler d’un autre vaccin, anglais mais produit par les Indiens, qui serait le premier qui devrait à arriver au Maroc, et cela, sans nous donner la moindre raison de ce revirement. Ou plutôt si : pour notre ministre de la Santé, des retards et des multiples promesses imprécises et non datées, “c’est pour diversifier les sources et mieux renforcer l’immunité”.


Puis, on s’est dit qu’importe la nationalité ou l’origine du vaccin qui va atterrir le premier chez nous, nous, on fait entièrement confiance en nos responsables et en nos spécialistes, pourvu qu’on nous l’inocule le plus tôt possible, qu’on en finisse avec cette sinistrose, et qu’on puisse enfin revenir à une vie plus normale, après avoir frôlé la disjonction pour ne pas dire la folie.

Et il a fallu qu’une partie de “l’opinion publique” – je n’aime pas trop cette expression car trop vague et trop passe-partout – commence un peu à s’impatienter et un peu à râler pour qu’enfin notre pauvre chef du gouvernement – qui est, ces temps-ci, il faut le reconnaître, bousculé de toutes parts et par tout le monde – décide de sortir de son mutisme quasi permanent pour éclairer notre lanterne et nous livrer le scoop de l’année : “Dès que le vaccin va arriver, la campagne de vaccination va commencer” (Je vous jure que cette déclaration est authentique).

Vous savez, j’ai l’air, comme ça, de plaisanter, mais je vous assure que j’en ai par-dessus la tête, et je ne suis sûrement pas le seul, de toutes ces atermoiements et toutes ces tergiversations qui montrent le mépris que ces gens-là ont pour nous. 
Vraiment, on a beau dire, mais on mérite mieux. 

Au fond, on ne leur demande ni d’être les premiers ni d’être les meilleurs, mais on leur demande juste de faire leur boulot, et, tant qu’à faire, d’arrêter de nous prendre pour des séniles ou des imbéciles.

En attendant les premiers vaccins qu’on nous annonce pour… très bientôt, je vous souhaite un très bon week-end, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tut est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma