Ce titre est volontairement trompeur. Trompeur à moitié car je ne vais pas parler de religion, mais de culture. Ce n’est pas pareil. Quoique, l’une ne va pas sans l’autre ou bien l’une contient l’autre. Je suis incapable de vous dire qui contient qui, ni qui a été la première, la culture ou la religion, mais tout ce que je sais ou que je pense savoir, c’est que si les religions et les cultures ne sont jamais très loin les unes des autres, quand la religion est au pouvoir, la culture est souvent malmenée. Ce qui m’amène à vous parler de cette thématique qui me tient tellement à cœur, mais que je ne maitrise pas, ou très peu, c’est que j’ai l’impression de plus en plus que quoi qu’on ait fait jusqu’à présent, quoi qu’on déclare vouloir faire encore, et quoi qu’on décide de décider de faire dorénavant, les choses de la Culture, ne paraissent vouloir bouger.

Hélas, ce n’est pas juste une impression, mais une bien triste réalité.
Quand on voit aujourd’hui la situation dramatique de tous ces espaces, ces complexes, ces centres « culturels », partout à travers le Royaume, délaissés, vides, poussiéreux, soit totalement fermés soit ouverts à tout vent, toutes ces salles de théâtre et de cinéma, autrefois des fleurons actifs et dynamiques, apportant joie et bonheur à un public avide d’art et de culture et qui se comptait en millions, toutes ces bibliothèques qui étaient si accueillantes et toutes ces librairies qui étaient si garnies, on ne peut que s’interroger sur le pourquoi de ce recul tragique que j’espère non irréversible et de cette dégradation progressive que je ne souhaite pas fatale.
Je n’ai pas de réponse sûre et objective, mais j’ai quelques idées que je vais partager avec vous.

A mon avis, il y a deux raisons principales qui sont intimement, étroitement et fondamentalement liées : la politique de l’enseignement et la politique de la culture.
Aujourd’hui, c’est devenu presque un lieu commun de dire que l’enseignement de notre pays vit dans une dynamique négative de marche arrière, entamée il y a déjà 2 ou 3 décennies, et qui ne semble plus vouloir s’arrêter.

Je ne vais pas revenir sur toutes ces tentatives valeureuses qui se voulaient volontaires et sincères, peut-être l’étaient-elles réellement, mais qui se sont avérées, à chaque fois, désespérément vaines. Je suis incapable de vous expliquer pourquoi tous ces échecs, par contre, je ne peux pas ne pas constater, et je suis loin d’être le seul, qu’en parallèle avec l’affaiblissement et le pourrissement de notre enseignement public qui entraine l’abêtissement et l’abrutissement d’une très grande proportion des élèves et des étudiants de ce pays, il existe un enseignement privé, national et supranational, qui s’installe confortablement, qui se développe outrageusement, et pis encore, qui s’impose objectivement, au grand bonheur d’une minorité sociale avantagée, et au prix de grands sacrifices d’une autre minorité assez hétéroclite, dite « classe moyenne », qui grossit à vue d’oeil.

Je constate, disais-je, mais je n’ai aucune solution sérieuse à proposer. Après tout, je ne suis qu’un simple citoyen qui a vécu les beaux jours de l’enseignement des années 70/80, et qui estime avoir le droit de parler, de râler, de gueuler pour que ses enfants et ses petits-enfants, ainsi que ceux de ses autres concitoyens ne deviennent ou des diplômés ignares et incultes ou de super grosses têtes privilégiées dans un océan d’ignorance, de crétinerie et d’obscurantisme.
Et c’est une bonne transition pour attaquer l’autre raison que j’ai évoquée plus haut, à savoir la politique culturelle de notre pays.

Je ne vais pas encore pleurnicher comme toujours et comme beaucoup sur la petitesse ridicule et la faiblesse honteuse du budget alloué à la culture depuis une éternité. Je ne vais pas le faire, d’abord parce que je ne crois pas qu’on va en tenir compte, mais surtout parce que je suis convaincu que le fond du problème n’est pas financier, mais, encore une fois, politique.
Je suis persuadé que même si on doublait où même si on triplait le budget actuel du secteur de la culture, les résultats qui seront obtenus ne vont être spectaculaires.

On me dit que notre nouveau ministre en charge de la culture, et que même le nouveau patron du gouvernement, seraient très sensibles aux doléances des gens du secteur et promettent de faire le maximum pour eux. Je ne doute ni de leur volonté ni de leur sincérité, mais j’ai juste peur que l’approche soit plus « sociale, plus « solidaire, plus

« alimentaire », que réellement culturelle.

Je n’en dirai pas plus. Je crois même que j’en ai déjà trop dit.

Non, pas encore. En fait, je n’ai pas encore dit le plus important : tant que notre gouvernement, et avec lui tous les acteurs et actrices des deux secteurs, celui de l’enseignement et celui de la culture, n’ont pas défini, ensemble, une vraie stratégie, avec une vraie vision pour entamer, enfin– n’ayons pas peur des mots – une véritable révolution instructive et culturelle salutaire, rien de vraiment significatif ne va en sortir. Pour pouvoir, il faut le vouloir.
Il n’y a qu’à voir ce qu’on fait d’autres, ailleurs.
Voilà, c’est dit.
En attendant, quoi ?, je ne sais plus, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour ». Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma