Aujourd’hui, j’ai le pressentiment que ça sera un jour pas comme les autres. En tout cas pour moi. Je préfère vous dire tout de suite que dans cette chronique, je vais baigner dans les paradoxes, même si je ne suis plus à une contradiction près. Plus j’avance dans la vie, et plus ça ne me gêne plus de changer d’avis. Surtout quand je suis convaincu que c’est pour la bonne cause. 

Aujourd’hui, disais-je, ou plus tôt ce soir, aura lieu un événement qui va peut-être chambouler le cours de l’histoire. De notre histoire. 

Il y a 2 ou 3 semaines, j’avais commis ici même un billet où je plaisantais un peu sur le monde du foot, un monde que je côtoie un peu malgré moi, et qui m’a toujours autant intrigué que fait marrer. Comme je l’ai souvent dit et écrit, le foot  n’a jamais été ma tasse de thé, mais je ne puis m’empêcher d’en parler, même si en général je n’ai pas grand-chose à en dire.

Sauf qu’aujourd’hui, ce soir,  je sens que quelque chose va changer, je ne sais pas quoi au juste, mais je prédis un tournant positif. 

Bien sûr, vous savez très bien ce qui aura lieu ce soir, à savoir le match de finale de la coupe d’Afrique des nations, entre le Sénégal et l’Algérie. 
Je vais être très sincère avec vous, du moins je vais essayer. 

D’abord, je ne vais pas vous mentir si je vous dis que j’aime les deux pays, avec lesquels j’ai des attaches très profondes, et dans lesquels, depuis de nombreuses d’années, j’ai noué de grandes amitiés et même plus encore, mais je ne vous en révélerai rien de plus.

Donc, à priori, logiquement comme on dit, que ce soit le Sénégal qui sort victorieux de ce match, ou bien que ce soit L’Algérie qui remporte cette finale, normalement, je devrais être heureux pour les deux. 

Sauf que la raison, qui va souvent au-delà de l’affection et de l’émotion, me pousse à désirer et donc à espérer que ce soit plutôt l’Algérie qui gagne cette coupe. 

En vérité, cela n’a rien à avoir ni avec le sport, ni avec le foot, ni avec les capacités  ou les performances de l’équipe Algérienne qui seraient supérieures à celles de l’équipe Sénégalaise. D’ailleurs, même si j’ai suivi plusieurs matchs de l’une et de l’autre, je n’en sais fichtre rien.

Si j’ai envie que ce soit l’Algérie, pardon, l’équipe de l’Algérie gagne ce soir, c’est parce que je voudrais conjurer le sort et le pousser à forcer le destin, pour que, enfin, le cours de l’histoire redevient normal, et que cette foutue frontière fermée par des esprits chagrins et bornés, soit réouverte et ne soit plus refermée à jamais. 

Je ne sais pas pourquoi, ni par quel miracle, depuis le début de cette comptétion continentale, il y a une espèce de symbiose entre les supporters des deux pays – L’Algérie et le Maroc – envers leurs équipes respectives. Depuis que l’équipe Marocaine a été éliminée, et même bien avant, les supporters Marocains n’ont pas cessé d’encenser l’équipe et les joueurs Algériens et de les soutenir de tout coeur. J’ai assisté plusieurs fois à des scènes et à des conversations réellement très émouvantes.

J’ai bien parlé de supporters, et pas de peuples, car, franchement, je ne m’y connais pas trop en peuples, mais je crois qu’il y a certains signes qui ne trompent pas. 

Et c’est pour toutes ces raisons que je suis sûr et certain que ce soir, si jamais c’est l’Algérie qui sort vainqueur de cette finale – et je serais désolé pour tous mes amis et toutes mes amies du Sénégal – je suis persuadé que cette fois-ci, ce ne sont pas seulement les supporters de cette équipe au Maroc qui vont être contents, mais beaucoup de Marocains et de Marocaines, le peuple quoi,  qui vont sortir dans la rue pour crier leur joie et leur bonheur, et probablement aussi pour demander la réouverture de ces stupides frontières qui séparent bêtement deux pays et deux peuples frères inséparables. 

Pour finir, et en ce jour de vendredi saint, moi l’impie et l’agnostique notoire, je vais prier et demander au  Bon Dieu qu’il  fasse que mon voeu, qui est sûrement le voeu de pas mal d’entre vous, soit enfin exaucé. 
Amen.

Très bon match, et à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma