Il faut revenir demain. Revenez demain. Jusqu’à demain. Ce mot – demain – on l’entend, nous les Marocaines et les Marocains, depuis notre naissance et on continue de nous le répéter chaque jour, au point qu’il a fini par perdre totalement son sens premier.

On se souvient, tous et toutes, de ce sketch magnifique de feu l’hilarant et prestigieux duo “Bziz et Baz” qui parodiait à merveille les travers de certains de nos fonctionnaires, notamment leur fameux “demain” qui devrait être inscrit en lettres dormants sur le fronton de toutes nos administrations. 

Contrairement à ce que pourraient croire les gens qui ne vivent pas chez nous ni avec nous, notre demain à nous n’est pas le demain connu partout dans le monde. Ill n’est pas le lendemain de la journée d’aujourd’hui, mais juste un jour aléatoire qui arrivera peut-être un jour. Inchallah.  

Parce que, justement, chez nous, le mot demain est souvent et même presque toujours lié à un autre que la plupart entre nous, y compris les plus éclairés d’entre nous, voire les plus athées, l’utilisent à tout bout de champ :   inchallah. 

D’ailleurs, à force d’être utilisé à tort et à travers dans toutes les conversations, et même dans toutes les déclarations, inchallah a fini par perdre sa résonance cultuelle originelle pour ne garder que celle culturelle, au sens le plus traditionnel du terme. 

Si j’ai décidé de faire ce rappel sémantique connu et pratiqué par tous, c’est parce que je viens d’écouter une interview d’anthologie de notre ministre de la santé et surtout de la Covid19, qu’il a accordée à un site d’information très informé et très chiffré qu’on ne présente plus, et qui n’a pas besoin de ma pub.

Dans cet entretien, et pour résumer sans caricaturer mais un peu quand même, on apprend tout sur le vaccin et rien du tout sur la vaccination.   

En effet, si on est plus ou moins sûrs que la Chine a bien réalisé un vaccin contre le Corona, et que le Maroc a bien conclu un accord avec la Chine pour s’en procurer, on ne sait pas du tout, par exemple, quand, exactement, ce vaccin va arriver au Maroc, ni quand on pourra en profiter. Et je puis vous assurer qu’après avoir écouté cette interview,  on ne risque pas de le savoir demain. Ni même après demain.

Malgré l’insistance persistante de son intervieweur, il était impossible de savoir un seul truc de sûr dans cette longue interview. Vous voulez des exemples ? Les voici :

Le vaccin n’est pas encore arrivé, mais il va arriver… inchallah.

On va commencer quand le vaccin va arriver… inchallah.

Je ne peux pas vous communiquer le coût global de cette opération, mais je vais le faire plus tard.. inchallah. 

Je ne sais pas combien les citoyens vont devoir payer, mais je vais le savoir plus tard… inchallah. Etc. Etc.Etc.

C’est simple le maitre mot qui revient comme une ponctuation à chaque fin de phrase dans cette entretien masqué au sens autant propre que figuré, c’est bien le mot inchallah. 

Alors, de deux choses l’une : soit que notre ministre ne sait vraiment rien et que c’est ce mot alibi qui lui permet de couvrir son ignorance. Soit, il sait tout, mais il a tellement peur de ses supérieurs, ou disons, les vrais décideurs, qu’il préfère ne rien dire de crainte de se faire tirer les oreilles, pratique qui, selon certaines mauvaises langues, serait très courante chez nous. 

Toujours est-il, je crois qu’il va falloir prendre son mal encore en patience et garder cette maladie vraiment à distance, parce que ce n’est pas avec des Inchallah qu’on va s’en prémunir ni, pire, qu’on va en guérir. 

En ces temps d’angoisse généralisée et d’incertitude institutionnalisée, tout ce qu’on peut espérer c’est qu’on finisse un jour par être enfin vaccinés, que ce soit avec un vaccin chinois, Russe, ou même Sri lankais, pour qu’on puisse, enfin, reprendre une vie normale, enfin, normale comme… avant. 

Quant à notre ministre Inchallah et à ses pairs frileux et ses compères comparables, je demande à tous les gens qui prient ou qui savent prier de le faire pour nous pour que le Bon Dieu nous en débarrasse bientôt et nous les remplace par d’autres un peu plus sérieux et surtout un peu plus sûrs. Amen.

En attendant, je vous souhaite un très bon weekend d’attente optimiste, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout et dit. Inchallah. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma