Que de fois j’ai entendu cette phrase, et que vous avez sûrement entendue, vous aussi, une phrase qui ne veut pas dire grand-chose, sauf que nous avons beau vivre dans ce pays dont on nous dit du bien à longueur de journée et de l’année – et gare à celui ou celle qui n’est pas d’accord – nous ne sommes pas si bien lotis que ça, parce qu’ailleurs, c’est beaucoup mieux, en tout cas, c’est mieux qu’ici.

Je crois que dit comme ça, ce n’est pas très clair, et c’est pour cela que je vais essayer d’être plus explicite.
D’abord, je vais commencer par vous rassurer : aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas dire un seul mot sur Corona et compagnie, ne serait-ce que parce que, justement, on n’est pas en Suède. Parce que, parait-il, là-haut, ils ont fait exactement le contraire que ce que nous avons fait : pas de confinement, pas de mesures barrière, pas de masques et tout ça. Ils ont opté pour ce qu’on appelle  “la contamination collective”. Résultat : aujourd’hui, ils vivent presque normalement, sauf, il faut l’admettre, qu’il y a moins de Suédois et de Suédoises qu’avant. Mais, bon, on ne peut pas tout avoir. Déjà, eux, ils vivent en Suède, que veulent-ils de plus ? …
Quand je disais plus haut que ça ne veut presque rien dire de dire “qu’on n’est pas en Suède”, en vérité, ça veut dire beaucoup de choses, en tout cas ça veut au moins dire qu’ici, chez nous, on ne doit pas demander la lune, alors qu’on a quelque chose que, eux, n’ont pas ou si peu : le soleil. Première grande consolation.
La deuxième grande consolation, c’est qu’en Suède, il y a peut-être  la bonne gouvernance,  la rationalité administrative, la quasi inexistence de la paperasse administrative et, donc, de la corruption, l’égalité devant la justice, la couverture médicale, la solidarité sociale, la transparence, et que sais-je encore…  Mais ils ont aussi, il faut le rappeler, l’alcool qui coule à flots, le dévergondage à gogo, le libertinage à tous les niveaux, bref la liberté pour tous et pour toutes de faire tout ce qu’ils veulent, autant qu’ils veulent, où qu’ils veulent et avec qui qu’ils veulent … Or, tout cela, chez nous, on ne l’a pas, parce qu’on n’est pas en Suède, mais, surtout, parce que nous, nous sommes tous musulmans, et nous allons donc tous aller au paradis. Alors que chez eux, en Suède, c’est peut-être le paradis sur terre, mais, eux, comme ils sont des mécréants, eh bien, ils vont tous aller en enfer. Na! Tant pis pour eux. Ils n’avaient qu’à ne pas être Suédois. 

Alors, c’est pour cela que nous devons arrêter une fois pour toutes de nous… comme dit-on déjà?… de nous auto-flageller.  Nous devons également arrêter de nous comparer avec des pays qui n’ont rien à avoir avec nous et avec des peuples avec lesquels nous n’avons rien à avoir.  Comme on dit si bien chez nous : “nous avons notre religion et ils ont la leur”. 

Bon, maintenant, il ne faut pas trop nous mentir non plus. Chez nous, il y a bien quelques contradictions  par-ci, pas mal d’aberrations par-là, des mensonges de temps en temps, de l’hypocrisie çà et là, des attitudes parfois pas très catholiques, des comportements pas toujours très éthiques, mais, bon,  personne n’est parfait. Et puis, que voulez-vous ? Comme disait un ancien Secrétaire Général d’un ancien Parti Communiste Marocain qui se reconnaîtra : “Hada 7alouna”. On est comme cela, et donc, pas autrement. Après tout… on n’est pas en Suède.
En attendant de leur ressembler un peu, si on veut, et surtout, si on peut, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma