En ce début de cette année nouvelle que je vous souhaite heureuse et fructueuse, j’aurais tant souhaité vous parler de choses sympathiques et agréables, mais l’actualité de cette semaine, entamée d’ailleurs déjà la semaine dernière, m’empêche de le faire et m’oblige à commenter des sujets qui sont paradoxalement à la fois graves et futiles. 

En effet, la défunte année nous a quitté un peu en queue de poisson. 
Alors que nous étions encore sous l’effet passablement euphorique de la constitution de la fameuse commission chargée de potasser sur le non moins fameux “nouveau modèle de développement”, et alors que nous étions, y compris des gens chroniquement sceptiques comme moi, pleins d’espoir sur les résultats de cette mission ô combien généreuse et ô combien périlleuse, voilà que deux infos presque identiques et presque contradictoires nous tombent sur la tête presque en même temps : l’arrestation de Omar Radi, un journaliste hargneux et  grincheux – mais ce n’est sûrement pas une raison suffisante pour le mettre en taule – et la poursuite de Dounia Batma, une chanteuse qui, malgré le nom célèbre et respecté de son prestigieux oncle, n’arrive pas, apparemment, à devenir une grande artiste. 

Autant l’information de l’inculpation de Dounia Batma et toute sa smala peut à la limite faire sourire, et, en tout cas, permettre à tous ceux et toutes celles qui ne les aiment pas de passer du bon temps à casser du sucre sur leur dos, et aux autres, leurs fans, trop nombreux, de râler dans les salons, sur les réseaux sociaux et sur les terrasses des cafés, autant celle de l’emprisonnement de Omar Radi nous a tous refroidi. 

En vérité, quand je dis “nous tous”, j’exagère un peu, car je ne suis pas sûr que nous soyons très nombreux, au Maroc, en tout cas, à avoir trouvé cette arrestation injuste et inopportune, et à l’avoir dénoncée du mieux que nous le pouvions. 

Par contre, à l’étranger, surtout dans les pays où l’on ne rigole pas avec les libertés individuelles, et surtout avec la sacro sainte liberté d’expression, on a tout de suite mis le holà. 

Et c’est comme cela que notre pays s’est retrouvé, encore une fois, et une fois de plus pour de mauvaise raisons, à la Une de leurs journaux, tous médias confondus, presse, radio, télé et Cie. 

Je ne voudrais pas revenir sur la cause de la poursuite de Omar – outrage à magistrat –  qui pourrait être à limite être acceptable si une certaine logique avait été respectée. Personnellement, je suis très respectueux de la justice, et même de la nôtre qui montre parfois des signes de fébrilité vraisemblablement en raison de pressions de tout genre; et je suis encore plus respectueux de ceux qui ont la charge de cette justice, à commencer par les juges, procureurs et autres greffiers. Et, donc, je ne pourrais accepter qu’on leur manque de respect, même après qu’ils aient prononcé des jugements qui pourraient nous paraitre comme trop sévères ou carrément injustes. 

Mais, tout cela étant précisé, je n’arrive pas à comprendre qu’un juge, après Quasiment 9 mois, se rappelle soudainement qu’un journaliste a publié sur son compte Twitter personnel – et donc pas sur son journal – un commentaire trop dur, ou, comme on dit, trop hard. 

Ce décalage dans le temps laisse perplexe tout esprit normalement constitué et le pousse à se poser des questions sur le pourquoi du comment de ce retard. 

Toujours est-il, la plupart des démocrates et des épris de principes de libertés ont demandé une certaine clémence et une certaine indulgence pour ce jeune homme qui a agi plus en tant que citoyen mécontent qu’en tant que journaliste indépendant. 

Heureusement que la sagesse a fini par avoir le dessus, et Omar a bénéficié, presqu’à la dernière minute de la fin de l’année, de la liberté provisoire, avec l’espoir que cette liberté devienne permanente et qu’on arrête une fois pour toutes avec ces pratiques d’une autre ère qui ont fait tant de mal à notre pays et à son image. 

Et Dounia Batma et sa smala dans tout ça ? 

En fait, il n y a aucune relation sauf que c’est toujours la justice  – passez-moi l’expression – qui se trouve impliquée. 

Moi, cette histoire scabreuse n’est vraiment pas ma tasse de thé, sauf que l’ampleur qu’elle est en train de prendre au sein des foyers et des ménages et les spéculations qu’elle a engendrées, m’obligent à m’y intéresser et à espérer que la justice se comporte avec elle avec toute la fermeté, la rigueur et l’indépendance nécessaires.

A mon avis, il n’y pas pire que le doute et la suspicion. Or, ce sont ces deux sentiments qui ont toujours, et depuis longtemps, prévalu concernant notre justice. C’est donc à elle, et à elle seule, de nous montrer et de nous démontrer, que nous avons tort de continuer de douter de sa justesse et de son impartialité et de suspecter ses verdicts et ses sentences.

En attendant, je vous souhaite une très bon début d’année, un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour une autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma