Parler de la télé, c’est comme parler de la pluie ou du beau temps. On le fait presque instinctivement, histoire d’engager une discussion, ou quand on n’a rien à dire d’autre. C’est pour vous dire que c’est un sujet bateau et un thème tellement rabâché qu’il en est devenu cliché.

En effet, qui n’a pas participé au moins une fois à une discussion sur la (mauvaise) qualité des programmes de la télé, toutes chaines confondues. 

C’est vrai qu’on n’en a pas des masses. On en a deux, à tout casser. Bon, il y a eu deux ou trois qui sont arrivées ces derniers temps, privées nous dit-on, satellitaires, semble-t-il, autrement dit, hors zone de contrôle de nos pouvoirs publics. Quoique … 

Dans tous les cas, je vais me contenter de parler de nos deux chaines qui sont, dois-je le rappeler, financées par des fonds publics, ou comme  disent certains journalistes et commentateurs parfois pour des raisons populistes et/ou démagogiques : par les contribuables.

Je vous avoue que je suis un peu gêné d’aborder ce sujet. D’abord, comme je viens de le souligner, ce n’est pas un sujet transcendant, intellectuellement parlant; et puis, parce qu’il se trouve que les (hauts responsables) de ces deux chaines sont mes amis, ou du moins, l’ont été à un moment donné; de plus, j’ai également pas mal d’ami(e)s qui y bossent, avec plus ou moins du sérieux et de l’honnêteté. 

Entre nous, je ne leur dois rien et ils ne m’ont jamais fait de cadeau, et par conséquent, je n’ai aucune raison de les ménager. A moins qu’un jour…
Blague à part, il y a vraiment de grands problèmes. 

Tout d’abord, je vais dépasser même la responsabilité des responsables, aussi hauts soient-ils, de ces chaines, et parler des gouvernants. 

Je ne sais pas s’ils sont vraiment conscients que les chaines qui sont censées parler aux Marocains et Marocaines, ne les intéressent que très peu. C’est-à-dire que très peu d’entre eux et d’entre elles suivent leurs programmes, leur préférant ceux des autres chaines satellitaires ou numériques, qu’elles soient arabes ou bien européennes ou autres. 

D’ailleurs, cela ne date pas d’aujourd’hui. Ce transfert d’audience a été amorcé déjà dans les années 90, et même un peu avant, du temps du lancement des fameuses et hideuses paraboles, et n’a fait depuis que se développer et se renforcer. 

Normalement, dans un pays normal, un Etat normal, devrais-je dire,  qui pense à l’intérêt de ses administrés, et à ses propres intérêts d’Etat, qui a besoin de garder un certain pouvoir sur la tête et l’esprit de ses administrés, normalement, disais-je, cet Etat aurait du lancer des études pour voir et savoir pourquoi on s’éloigne des chaines qu’il a mises en place pour garder la main sur les citoyens, et comment faire pour les y ramener. 

Or, plus de 20 ans après, rien n’a été fait. Pis : on continue de faire comme si de rien n’était. Comme si le fait de perdre du terrain, leur faisait perdre le sens des intérêts. 

C’est simple : ils continuent de lancer des programmes souvent médiocres, parfois carrément débiles, ils reçoivent les échos pas très encourageants, ils voient les audiences baisser à vue d’oeil,  mais ils continuent, je le répète, comme s’il n’y avait rien. 

Ah oui, c’est vrai, il y a un moment de l’année où ces chaines connaissent leur moment de gloire, un tout petit moment qui dure, en tout pour tout, un mois. Et ce moment, vous l’avez reconnu, c’est le mois de ramadan. 

Alors, il parait, que durant tout ce mois, nos deux chaines délaissées le reste de l’année, font un carton. Traduisez : le peuple, dans un consensus religieux et une unanimité ramadanienne, resterait figé devant les écrans de ces chaines, pour se rapprocher de Dieu, peut-être, mais surtout, pour rigoler un peu, beaucoup… ou pas du tout. 

D’ailleurs, depuis que l’on nous rappelle, tous les ans, fièrement, en bombant le torse,  “les records d’audience” qui seraient réalisés à ce moment de l’année, j’ai fini par mieux comprendre l’investissement exorbitant qui est consacré à ce mois sacré, investissement tant en argent qu’en temps de production des programmes. En gros, ça se résumerait ainsi : 11 mois de médiocrité et de décadence, et un mois d’hilarité et d’audience. 

Quelle triste performance !  
Oui, mais jusqu’à quand ? 

Franchement, je pense, et je ne suis pas le seul, que nous méritons mieux. 
Non, cette télé ne nous ressemble pas. Nous ne sommes pas que des gens séniles et des imbéciles. 

Qu’ils m’excusent, mais cette télé qu’on s’évertue à nous imposer en dépit du bon sens et de la bonne gouvernance, elle ressemble plus à ceux et à celles qui ne veulent pas la changer. 

Nous avons tous les talents qu’il faut, et nous ne sommes pas moins intelligents ni moins futés que les citoyens  des autres pays où la télé sert vraiment à éduquer et à divertir, et pas  à assumer et à abrutir. 

Voilà. C’était mon premier coup de gueule de la nouvelle année. Il y en aura sûrement d’autres. 

En attendant, je vous souhaite un très bon week-end, une très bonne année à mes ami(e)s amazighs, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma