Très chers futurs-ex-ministres

Vous ne le savez pas encore, mais vous êtes en train de vivre vos dernières semaines ou peut-être vos derniers jours de ministre. Dur, dur… Le pire, c’est que personne d’entre vous, sauf, peut-être, votre patron, ne sait pas s’il va partir ou s’il va rester dans ce gouvernement qui a été loin, reconnaissez-le, d’avoir été le plus performant.

Franchement, je ne voudrais pas être à votre place, je veux dire en ce moment précis, c’est-à-dire à la veille d’un départ forcé, possible, probable, envisageable, en tout cas, tant espéré par tant de vos concitoyens et concitoyennes déçu(e)s, parmi lesquels votre humble serviteur qui n’a même pas été un de vos électeurs et qui n’espérait pas plus ni moins que vous avez fait ou pas fait . 


En vérité, pour être vraiment franc avec vous, j’aurais bien voulu être à votre place, c’est-à-dire être un ministre comme vous l’avez été, sans l’avoir jamais imaginé, ni même rêvé, oui, mais pas aujourd’hui. En effet, qui n’aurait pas aimé, comme ça, du jour au lendemain, se retrouver dans un immense bureau tout capitonné, avec un grand cabinet plein de copains et de copines du parti et d’ailleurs, avec plein de secrétaires qui peuvent devenir plus que des secrétaires, sortir de votre bureau et vous trouver, juste là, à la sortie, devant une immense limousine bleue nuit, avec un chauffeur en costard noir qui vous ouvre la portière de derrière et qui se met au volant, attendant vos ordres de conduite; avoir mille et un endroits à voir, à visiter, à inaugurer ou parfois à ignorer parce que vous n’avez que ça à faire, parce que, justement, vous avez un énième voyage à l’étranger à faire, pour aller négocier des marchés publics, ou juste pour aller faire votre marché privé avec votre femme officielle, votre secrétaire particulière, votre maitresse occasionnelle, ou avec votre masseuse personnelle, parce que, parfois, dans votre position, un lumbago, ça arrive même plus aux costauds. 


Qui n’aurait pas aimé, vous disais-je, être à votre place, oui, pas aujourd’hui, à un moment où vous vous attendez qu’on vous appelle d’un moment à l’autre pour vous annoncer la bien triste nouvelle que beaucoup d’entre nous attendent avec impatience à savoir votre départ de ce gouvernement que vous n’avez que trop fréquenté et qui a hâte de vous voir partir.


Très chers futurs-ex-ministres,

Dans quelques semaines ou juste dans quelques jours, vous n’allez plus être là, à cette place qui faisait de vous une des personnes les plus en vue, alors que, reconnaissez-le, vous êtes loin d’être la personne qui le mérite le plus. 

Je sais que vous savez qu’un poste de ministre n’a rien à avoir avec le mérite, ni même avec la compétence, mais juste avec la connaissance, c’est-à-dire les connaissances qu’il faut dans votre parti ou dans celui qui deviendra votre parti, parce qu’on sait aujourd’hui que vous pouvez ne pas être dans un parti et vous retrouver du jour au lendemain dans ce parti, voire dirigeant de ce même parti, juste parce que ce parti vous a choisi et désigné pour être son représentant dans ce gouvernement dont, je dois vous prévenir, vous risquez bientôt de ne plus en faire partie.

Et oui, c’est la dure réalité de la politique : un jour, vous êtes dedans parce que vous étiez le bienvenu parce que vous étiez est un bien né, ou juste un bien vu par les bien vus, et puis, un jour, vous vous retrouvez dehors, parce que vous n’êtes plus le bienvenu même si vous êtes un bien né ou même si vous avez été un bien vu par les bien vus. Et oui, c’est la vie.

Très chers futurs-ex-ministres,


Maintenant que vous n’avez plus que quelques semaines ou juste quelques jours avant de déguerpir et devenir ce que vous avez été avant, à savoir soit un inconnu du bataillon, soit un connu de votre parti, de votre douar, de votre quartier, de votre village, de votre société ou de votre tribu (rayez les mentions inutiles), je vous conseille de faire le dos rond et d’attendre la sentence. Si on ne veut plus de vous, ce n’est pas la peine d’essayer de faire des vagues et de résister ni encore moins d’ameuter des soit-disant dirigeants qui pourraient plaider pour vous. Si vous le faites, vous risquez de le regretter car non seulement vous n’allez plus faire partie de ce gouvernement, mais votre nom sera banni à jamais : plus de hauts postes au Maroc, plus d’ambassades à l’étranger, plus d’invitations aux réceptions, bref, plus rien.

Quand c’est fini, et qu’on ne sait pas la fermer, c’est fini pour la vie. Parole de quelqu’un qui n’a jamais rien eu ni jamais rien espéré.  


Ah que c’est bon de n’être rien et de se sentir quand même quelqu’un !

Très chers futurs-ex-ministres, je vous dis adieu et vous dis que des comme vous, c’est à dire des gens qui ont été et qui ne seront plus, il y en a eu et il en aura toujours. Tant pis pour vous.


Quant aux autres, je vous dis tout simplement à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma