Qui aurait dit qu’un jour quelqu’un oserait défier le bon sens et écrire une lettre, de surcroit ouverte, à un virus, une bactérie, un gène pathogène, un être minus, minuscule, si lâche qu’il en est invisible, et dont les dégâts sont gigantesques et monstrueux ? 

Oui, moi, votre humble serviteur, perpétuel râleur, j’ai décidé de le faire quitte à passer pour un fou à lier, ce que je suis, au moins autant comme vous, aujourd’hui. 

En effet, ne sommes-nous pas, et pour combien de jours, on ne sait pas, forcés de garder le lit, le canapé, le fauteuil à bascule, la chaise de cuisine,  la banquette du séjour, ou le transat de piscine  – rayez les mentions inutiles – car confinés à la maison, qu’elle soit une simple baraque, un appartement éco ou art-déco, ou une villa sur la colline ou sur la côte marine, sur ordre des pouvoirs publics qui, depuis quelques jours, il faut le reconnaitre, font preuve à la fois d’autorité et de réactivité, ce qui les change un peu des jours normaux sans maladie et sans épidémie. 

Cher Mister Mister Covid 19 le maléfique, sache que le monde entier, chacun de son côté, fidèle croyant ou affreux athée, prie le Bon Dieu, le nôtre, et/ou celui des autres, pour qu’il t’anéantisse et te fasse disparaître à jamais. 

Mais pour cela, je le sais, il va falloir que ces affreux mécréants qui, selon certains qui se reconnaitront, t’ont créé juste pour nous embêter, nous les gentils musulmans, trouvent dans les plus brefs délais le médoc pour guérir tous ces malheureux que tu as déjà piqués, vilain garnement, volontairement ou involontairement, et tant qu’à faire, et le plus tôt serait le mieux, qu’ils fabriquent également le vaccin qui va nous éloigner de toi à vie, pour que nous puissions enfin sortir de chez nous et reprendre nos occupations et nos bêtises habituelles. 

Cher Mister Mister Covid 19 le maléfique, tu es tombé juste à pic pour nous rappeler, et rappeler à l’ordre tous ces adeptes de l’ordre mondial établi, qui instaure le désordre social, qui impose l’ordre immoral, l’ordre qui permet l’inégalité et l’iniquité et favorise la bêtise et l’absurdité, pour nous rappeler que, tous autant que nous sommes, du plus minable des prolétaires au plus pitoyable des nababs, en passant par le plus piteux de nos responsables politiques et économiques calamiteux, que, finalement, nous ne sommes que de piètres êtres inconscients et inconséquents, ni prospectifs ni prévoyants, mais juste prétentieux, arrogants et lâches. D’ailleurs, dès que tu as montré le bout de ton nez, nous avons tous essayé de fuir, mais pour partir où, puisque tu es partout. 

Cher Mister Mister Covid 19 le maléfique, on nous dit que pour ne pas t’attraper, il faut nous laver les mains 100 fois par jour, mettre un masque ou… pas,  mettre des gants ou… pas, puisque c’est selon, de rester cloitrés chez nous à regarder la télé qui nous informe en boucle que nous sommes foutus, ou à être connectés H24 pour suivre les dégâts directs désastreux ou collatéraux que tu nous fais subir, et avec nous le monde entier que tu as fini par mettre sous les pieds.

Tout cela, nous l’avons accepté parce que dans tous les cas, nous n’avons pas notre mot à dire, mais nous interdire de nous câliner, de nous embrasser, ou juste de nous saluer en nous serrant la pince, comme on le fait depuis toujours, là, vraiment, tu exagères ! 

Cher Mister Mister Covid 19 le maléfique, depuis que tu as instauré ce nouveau système de salut de loin, avec le coude ou juste en hochant la tête, nous avons l’impression que tout le monde se moque de tout le monde. 

Oui, c’est vrai que le nouveau mot d’ordre “vivons heureux vivons éloignés” est censé nous garder au moins vivants, mais dis-nous comment nous allons faire pour rester tous ensemble à la maison, sans sortir, et, en même temps, ne pas nous toucher, ne pas nous approcher ? 

Et puis, est-ce que tu as pensé à tous ces pauvres malheureux qui, soit, n’ont pas de maison du tout, soit qui en ont une, mais si petite et si réduite qu’ils sont réduits à coucher tous côte-à-côte, et même parfois, les uns sur les autres  – parce que, en plus, ils sont souvent très nombreux. Ils ne peuvent même pas coucher dehors parce qu’on leur ordonne de rentrer chez eux !  

Cher Mister Covid 19 le maléfique, pour finir, je sais ce que tu as fait de mal et que tu continues de faire un peu partout dans ce monde où les forts bouffaient les faibles qui, eux-mêmes, se bouffaient entre eux. 

Mais, paradoxalement, il parait que, grâce à toi, les méchants sont devenus subitement gentils, que les riches ont commencé à comprendre qu’il y a des pauvres et que, cerise sur le gâteau, que tout le monde est en train d’aimer tout le monde. 

Si tout cela s’avère un jour vrai, ce qui est vraiment invraisemblable, et bien, je ne vais plus  t’appeler Covid 19 le maléfique, mais Covid 19 le magnifique.

Quoiqu’il en soit, je ne te salue pas, et je te souhaite une disparition rapide, totale et définitive, d’ici et d’ailleurs. 

Quant à vous, chères lectrices et chers lecteurs, je vous souhaite une très bon week-end de confinement, agréable et intelligent, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma