Je ne l’ai pas fait exprès, mais il se trouve que le confinement a été décrété au Maroc officiellement un vendredi, plus précisément, vendredi dernier, et donc, comme aujourd’hui nous sommes vendredi, et que c’est mon jour – vous êtes témoins, j’étais là avant eux –  j’ai pensé que ça serait une bonne idée de faire un petit bilan de cette première semaine de confinement. 

D’abord, contrairement à ce que nous pensions vraisemblablement tous et toutes, même si, du jour au lendemain, on arrête de travailler, de produire, de faire ce qu’on fait d’habitude, d’utile, de nécessaire, d’important, d’essentiel, d’absolument indispensable, et bien, vous l’avez constaté vous-mêmes, la terre continue de tourner, et le monde, plus ou moins, de fonctionner.  

Oui, c’est vrai, on n’arrête pas de nous le répéter à tout moment, les conséquences économiques, financières, sociales vont être catastrophiques et patati et patata … 

Et alors, qu’est ce qu’on fait ? On n’y peut rien. En tout cas, on sait que les milliardaires vont perdre quelques milliards, et les millionnaires, quelques millions. On compatit avec eux, les pauvres, mais, bon, on ne va quand même pas chialer sur leur sort. Ne vous en faites pas pour eux, vous allez voir, aussitôt cette pandémie écrasée et cette crise endiguée, ils vont reprendre comme en 14.  Ou en 18, c’est pareil. 

Par contre, les vrais pauvres, eux, c’est un peu plus embêtant, car ils risquent de devenir encore plus pauvres. D’ailleurs, eux, ils n’ont pas fait trop de stocks chez eux, parce que, d’abord, c’est souvent très petit chez eux, et surtout parce qu’ils n’ont pas les moyens de le faire. Eux, c’était déjà, tous les jours, les pâtes, les lentilles, les haricots blancs, donc, le changement, ils ne vont trop le sentir.

C’est pour ça qu’ils doivent bien rigoler de l’engouement de tous ces riches qui (re)découvrent “ces petits plats délicieux si riches en fer et en protéines”… Tu parles ! 

Durant cette semaine, ce que j’ai remarqué aussi c’est que l’homme, la femme, les enfants et tout ça, la famille, quoi, on a beau dire, mais la cohabitation est très possible. 

Jusqu’à présent, on pensait tous que si la famille résiste aux aléas du temps et des contraintes de la vie, c’est parce que, le mari, la femme, ou parfois les deux, sortent pour aller au travail, les enfants vont à l’école, au parc, ou juste dans la rue, la belle mère va au hammam ou chez son autre fils ou son autre fille, autrement dit, ils ne restent presque jamais vraiment ensemble.

Et bien, on avait tout faux. La preuve : depuis une semaine entière, nous vivons tous, toute la journée et toute la nuit, les uns à côté des autres, dans le même espace, spacieux ou rikiki, avec la télé qu’on n’éteint plus, le réseau internet qui chauffe sous la pression démographique, les portables de tous et de toutes qui sonnent en même temps, la cocotte qui siffle, les portes qu’on claque, le chien qui aboie dehors ou dedans, le bébé qui se réveille, l’ado qui veut s’endormir,  ou zide ou zide… 

Pourtant, à ma connaissance, il n’y a pas eu de grandes catastrophes. Ni même plus de divorces. D’ailleurs, les adouls ne bossent pas en ce moment. 

En tout cas, l’enseignement que j’en tire est le suivant : quand on veut, on peut. 
Et à propos d’enseignement – quel bel enchainement !  – comme vous savez, l’école, de la plus inférieure à la plus supérieure, est fermée depuis le début de la pandémie. 

Et rappelez-vous, on nous a dit, depuis le début, de ne pas trop s’en faire, parce que l’école à distance, “est déjà prête” pour prendre la relève. 

Et je pense que, comme moi, vous avez remarqué que c’était un peu du pipeau.

En effet, vous avez vu les pauvres professeurs, maitres et maîtresses, sous vos yeux admiratifs et/ou douteux, s’improviser progressivement en réalisateurs, réalisatrices, cameramen, éclairagistes ou machinistes. Oui, je sais qu’ils forcent et méritent notre respect, mais, entre nous, le Ministère n’avait pas à trop fanfaronner sur l’école à la maison, alors qu’il n’avait presque rien dans sa maison. 

Je ne pourrais pas vous parler de tout aujourd’hui, mais j’aimerais bien dire un mot ou deux sur un phénomène qui n’est pas tout à fait nouveau, mais qui est intéressant à étudier : notre rapport au pouvoir et à l’autorité.

Voilà des notions dont on avait parfois si peur avant, que beaucoup d’entre nous n’aimaient pas beaucoup pour ne pas dire pas du tout, et puis, grâce ou à cause de ce vilain Covid 19, ils sont devenus miraculeusement à nos yeux tout beaux et tout gentils. 

Je ne dis pas qu’ils ne le méritent pas, mais je voudrais juste dire qu’il faut raison garder, et qu’après tout, le pouvoir n’a fait que son devoir, quant à l’autorité, pour moi, un gourdin est un gourdin, et qu’il n’a pas plus de légitimité en tant de crise qu’en tant d’accalmie. 

Voilà, je l’ai dit. 

En attendant, passez un bon week end bien confinés chez vous. En tout cas, il n’y a rien d’intéressant à faire dehors. 

A la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma