Non, détrompez-vous, cette chronique ne va pas critiquer la création des commissions qui est devenue chez nous une pratique presque courante, ni, encore moins, celle qui vient d’être constituée et qui est chargée de réfléchir sur le fameux “nouveau modèle de développement”. 

D’abord, contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire, je ne suis pas contre le principe des commissions, ne serait que parce que j’ai été amené à plusieurs reprises à en faire partie. C’est vrai que les commissions dans lesquelles j’ai siégé jusqu’à présent avaient des prérogatives qui étaient loin d’être stratégiques et ne s’occupaient pas du tout ni d’économie ni de politique, mais, bon, les membres qui les composent, à commencer par moi-même, n’étaient pas peu fiers. 

Cela dit, j’en connais beaucoup qui mènent un combat sournois contre ces commissions, sous prétexte que cela ne servirait à rien, sauf à enrichir ceux qui son choisis pour en faire partie.

Justement, personnellement, je soupçonne tous ces opposants qui déclarent la guerre systématique à chaque fois qu’une commission est créée, de le faire plus par jalousie et par envie que par souci pour les deniers publics. 
Certes, si les chiffres des rémunérations et des indemnités qui sont avancés par les uns et par les autres sont vrais, il y bien de quoi faire râler, mais, entre nous, qui n’aimerait profiter de cette manne providentielle qui, de plus, ne demande pas un effort surhumain ?

Après tout, se réunir une ou deux fois par trimestre ou même par mois, de plus, avec des gens qui ont des têtes bien pleines, à défaut d’être bien faites, dans des hôtels-palaces, avec des pauses-déjeuner au bord de la piscine et des pauses-café avec jus de fruits et petits fours, cela ne doit pas être si désagréable que ça. Je sais qu’à la fin il y a des rapports à rédiger, mais comme tout le monde sait que personne ne les lit, on peut les faire écrire par des nègres qu’on paiera au lance-pierre. Bref, tout le monde est gagnant même si, dans tous les cas, le peuple, lui, n’est jamais content, ni ceux qui parlent toujours en son nom.  

D’ailleurs, entre nous, moi, et je le déclare publiquement, si un jour on fait appel à moi, je ne dirais pas non. D’abord, ça serait un devoir et une obligation de répondre à l’appel solennel de la patrie, et puis, pourquoi le cacher, un petit plus pourrait toujours me permettre d’ajouter du beurre dans les épinards, même si je n’ai pas droit au beurre et que je n’aime pas du tout les épinards. 

Cela étant dit, j’ai quelques réserves concernant la dernière commission, justement, parce que les gens qui vont y siéger et, normalement, bosser comme des dingues pour nous trouver le bon modèle qui va enfin permettre à notre pays de trouver la voie au développement et, par conséquent, à la richesse et à la prospérité, ont accepté de le faire bénévolement, et ne vont donc pas recevoir un sou en contrepartie. 
Franchement quel serait l’intérêt de se casser la tête, en plus pour les autres, à l’oeil ? 

Non, vraiment, sans moi ! 

D’ailleurs, on a bien fait de ne pas m’appeler. Et je vais en profiter pour prévenir tous les maitres-recruteurs que ce n’est pas la peine de proposer mon nom pour quoi que ce soit s’il n’y a pas un bon pactole à mettre dans ma poche. Je vous assure que je vais refuser. Même si la mission est nationale, pour le bien public et tout ça. Durant toute ma vie, j’ai fait de la bienfaisance patriotique sans que la patrie ne m’en rende un pour cent. Alors il est temps qu’elle pas à la caisse. Et cela ne serait que justice.

Dans l’espoir que ma cause soit entendue un jour par qui de droit, j’ai quand même une question naïve à lui poser : si on est obligé de constituer constamment commission sur commission, sincèrement, à quoi sert le gouvernement ?  

En attendant que quelqu’un veuille bien me répondre un jour, je vous souhaite un très bon week-end et je vous dis à vendredi prochain pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma