J’ai horreur des clichés et des lieux communs, surtout parce que autant ils sont souvent, dans l’absolu, d’une vérité crue, autant leur généralisation abusive et tous azimuts est une grande aberration. Pourtant, je vous avoue qu’il y a des fois où, sans me rendre compte, je me laisse aller dans cette facilité si simpliste et si douce.


Tenez, par exemple, cette phrase qui revient souvent dans la bouche de mes concitoyens et concitoyennes et que j’ai choisie comme titre à ma chronique de ce vendredi. 

En vérité, cette idée est exprimée d’une manière beaucoup plus jolie et plus séduisante : « اذا كنت في المغرب فلا تستغرب ». Si je devais la traduire, ça donnerait à peu près ceci, la rime en moins : “ Quand tu es au Maroc, ne sois jamais surpris”. 

En gros, cela veut dire que tout ce qu’on peut imaginer, de bien ou de mal, peut arriver dans notre si beau pays.
A priori, une telle affirmation peut paraître caricaturale. Pourtant, plus on réfléchit, et plus on risque d’être convaincu qu’elle nous va comme un gant.
Je vais essayer de vous donner, comme ça, des exemples, en vrac :

Au Maroc, vous allez trouver des villas à plusieurs centaines de millions où vivent dans l’opulence la plus extravagante, des nantis pleins aux as, et, presque côte-à-côte, des taudis où s’entassent et survivent des milliers de maudits et de damnés de la terre, et tout cela dans une cohabitation pacifique idéale inédite.

Au Maroc, vous allez rencontrer sur un même chemin, se dirigeant dans le même sens, et en toute chaleureuse proximité, des limousines rutilantes et des bolides à des prix exorbitants, des taxis chancelants pleins jusqu’aux dents, des motocyclettes aux moteurs gonflés et aux châssis rafistolés, des vélos volés ou achetés aux puces ou juste empruntés au voisin d’à côté, un tram au design futuriste et de technologie de dernière génération, et des charrettes moyenâgeuses, conduites par des charretiers ombrageux et tirées par des mules qui n’ont plus d’âge.
Au Maroc, ne soyez pas surpris de voir un jour un beau jeune homme, tiré à 4 épingles, probablement diplômé HEC, Sciences Po ou Ponts et Chaussées, descendre de son 4×4 dernier cri après l’avoir garé en 3ème position, aller acheter chez son kiosquier préféré le journal Le Monde, le Magazine l’Obs, sans oublier le Washington Post, remonter dans sa bagnole, démarrer en trombe et griller le feu rouge parce que voyez-vous, messieurs, ce monsieur n’a pas de temps à perdre car on l’attend pour une importante réunion pour la signature d’un grand win-win deal, bénéfique pour lui et pour le pays.

Au Maroc, surtout ne vous étonnez pas de voir tant de Marocains et de Marocaines jurer, une main sur le coeur et l’autre sur le drapeau, qu’il n’y a pas au Monde un pays aussi beau que le nôtre, et de les voir un jour, remplir plein de documents et faire la queue pendant des jours et des jours devant l’ambassade d’un pays autre que le nôtre, dans l’espoir de pouvoir un jour jouir de la nationalité de cet autre pays.
Au Maroc, rien de plus normal que de constater que celui ou celle qui crie fièrement sur tous les toits qu’il est le fruit mûr et intelligent de l’école publique nationale, va tout faire pour inscrire ses rejetons dans des établissements scolaires étrangers et/ou privés. 

Au Maroc, ne sautez pas au plafond si jamais vous apprenez un jour que parmi ceux qui font des sit-in par protester contre le mauvais traitement subi par telle ou telle petite bonne par sa méchante maîtresse, il y en a qui ne sont pas du tout contents à chaque fois que leur femme de ménage, qu’ils payent parfois une misère, a envie d’aller rendre visite à sa famille qui vit à la campagne ou à la montagne.

Au Maroc, il existe ds gens qui font toutes leurs prières quotidiennes, qui vont à la Mecque ou à la Oumra presque tous les ans, qui se mettent en djellaba tous les vendredis, même pour aller au bureau, qui donnent 10 dhs à leur concierge et à leur coursier pour les fêtes, qui distribuent plein de petits pains à des petits gamins au cimetière quand il vont se recueillir sur la tombe de leur père ou de leur grand-mère, et bien, il est tout à fait admis que ces personnes au comportement idéal soient les premières à donner un gros bakchich pour obtenir un privilège dont ils n’ont pas le droit, ou d’exiger elles-mêmes un gros pot de vin pour un service pour lequel elles sont déjà grassement payées.

Je pourrais multiplier ainsi les exemples à l’infini, mais je vais, pour finir, vous rapporter le contenu d’une vidéo que j’ai reçue récemment qui est très parlante et qui résume à merveille mon propos de cette semaine.

Dans cette vidéo que vous avez peut-être également vue, on y voit le premier de nos ministres, Dr Saad El Othmani pour bien le nommer, lancer cette phrase d’anthologie : 

“ Si, moi, je suis devenu chef du gouvernement, alors n’importe qui peut devenir chef de gouvernement”. Je crois que là, vraiment, il a tout dit.
Je vous laisse réfléchir à tout cela, je vous souhaite un bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre Vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma