J’ai horreur d’écrire des choses sérieuses, et encore moins sur les sujets politiques. Oui, j’aime bien me moquer de la politique et des politiciens, mais c’est juste pour m’amuser. Pas que pour m’amuser, c’est vrai, mais, disons que je le fais pour faire un peu de dérision, histoire d’attirer l’attention, en espérant, pourquoi pas, que mes coups de gueule satiriques et mes fous-rires nerveux contribuent, même pour un tout petit peu, à faire avancer les choses.

Et, voyez-vous, comme les choses n’avancent pas toujours pour ne pas dire jamais, au rythme que je le souhaite, je suis souvent amené, à mon corps défendant, à revenir sans cesse, plus ou moins aux mêmes sujets. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la situation, ou plus exactement de l’atmosphère qui prévaut dans notre pays depuis déjà quelque temps. Et quand je dis que “j’ai envie”, en vérité, j’aurais préféré vous parler d’autre chose, comme par exemple, de mon souhait, de mon rêve devrais-je dire, de voir le Maroc commencer, enfin, à marcher normalement, à fonctionner normalement, à avancer normalement, un peu comme les autres pays… normaux. Franchement, je ne sais pas par quoi commencer. Tenez ! Je vais commencer par vous raconter ce qui m’a poussé, à mon corps défendant, à choisir le sujet d’aujourd’hui.

Je me trouvais avec des proches dans une clinique pour rendre visite à un membre de ma ma famille hospitalisé depuis près de mois. Et comme à chaque fois que nous nous rencontrons dans ces circonstances qui ne sont pas très gaies, nous sommes amenés, de fil en aiguille, à parler de ce qui ne va pas dans notre si beau pays, à commencer, bien sûr, par les problèmes de la santé, et aussitôt après, de l’enseignement, de la justice, de l’habitat etc. etc. etc. Nous n’avons que l’embarras du choix.

Hier, par exemple, nous avons discuté longuement de la construction des logements sociaux et qu’on appelle ici, chez nous, “les logements économiques”, ce qui est une appellation absolument fausse et usurpée.

Justement, nous avions avec nous un spécialiste qui travaille dans le domaine et qui nous a assuré, chiffres à l’appui, que ces logements, qui sont par ailleurs souvent très fragiles car mal construits, ont un prix de revient très faible, et auraient pu être vendus à la moitié du prix auquel ils sont habituellement commercialisés. Vous voulez des chiffres ? Les voici : les appartements qui sont proposés au prix de 200 000 ou 250 000 dh, reviennent, tenez-vous bien, entre 70 000 et 90 000 dhs l’unité, foncier et viabilisation des sols compris.

Faites les calculs et vous verrez les marges terriblement élevées qui sont réalisées par tous ces promoteurs pour le moins malhonnêtes, avec non pas l’assentiment de l’Etat – je n’irai pas jusque-là – mais avec la complicité au moins passive de ce qu’on appelle “le système”, dont certains profitent un max.

Je ne vais pas vous faire de dessin, mais quand j’apprends que “tout le monde” est au courant des pots de vin à tous les échelons du processus, des dérogations spéciales, des yeux fermés sur les équipements sociaux non livrés, et bien d’autres délits encore, je me dis que ceux qui font et ceux qui laissent faire, font vraiment la paire. Ils font tous des affaires, et même de belles affaires, oui, mais, jusqu’à quand ?

Essayons de repréciser le problème: nous avons d’une part des gens qui font leur beurre, qui gagnent leur vie grassement, qui entassent leur fortune dans des coffres ou bien les envoient en cachette à l’étranger, au lieu de la réinvestir utilement dans leur pays, et d’autre part d’autres gens dont on exploite la misère et la naïveté, et dont on se moque en leur faisant miroiter un avenir rose, sur fond de ciel bleu et de jardin vert. Bien sûr ils y croient, et beaucoup y ont cru et continueront de le croire, oui, mais jusqu’à quand ? 

Et qui vous dit qu’un jour, peut-être dans un an ou dans dix ans, qu’importe, tous ces gens qu’on a sucés parfois jusqu’au sang, se rendent compte qu’on leur a volé leurs maigres économies parce qu’on leur a vendu du vent, des faux rêves en carton et en papier mâché ? Et que risque-t-il de se passer, à Dieu ne plaise, ce jour-là ? Je vous laisse deviner.

Il n’y a qu’à voir ce qui se passe ces derniers jours dans certains pays… Je vous ai parlé des marges éhontées réalisées au niveau du “logement économique”, mais je pourrais aussi vous citer les projets d’établissement scolaires, de centres de santé ou autres jamais réalisés, mais dont les budgets ont été détournés, les marchés publics accordés aux petits amis ou moyennant des contreparties, des gros chantiers qu’on fait mal pour pouvoir les refaire et gagner ainsi à chaque fois que c’est refait.

Tout cela se fait au vu et au su de qui de droit, mais aussi de nous tous, qui savons tout, mais qui préférons nous taire, parce que ça nous arrange, ou, peut-être, parce que nous attendons, d’avoir notre part ou faire aussi des affaires. Je pourrais continuer indéfiniment à vous donner des exemples comme cela, mais je vais m’arrêter là, parce que tout cela me fatigue.

Je vous ai bien dit que je n’aime pas parler des choses sérieuses.

Je vous souhaite quand même un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre Vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma