Normalement, si tout va bien, la présente chronique devrait être la dernière en période confinement. Je dis bien normalement !

En effet, vous n’êtes pas sans savoir que le 20 du mois en cours devrait être la fin de notre confinement, qui aura duré 2 mois ferme. C’est une sentence pénale réservée en général à des délits relativement petits et insignifiants. Bon, vous allez me dire que nous n’avons commis aucun délit pénalement condamnable pour mériter un tel verdict, et je vous dirais qu’il y a tellement d’injustices dans la vie qu’il n’est pas nécessaire de s’arrêter à celle-ci. L’essentiel, c’est de retrouver la liberté, pour d’autres, la santé, et pour nous tous, d’être encore en vie, et ce ne sont pas de moindres victoires.

Donc, je le répète, si les responsables ne changent pas d’avis d’ici-là, et surtout, si certains d’entre nous ne font pas trop de bêtises, c’est-à-dire ne commettent pas trop d’écarts de conduite au niveau, entre autres, des gestes barrière, on devrait avoir enfin le droit de sortir et de reprendre nos occupations usuelles et habituelles. Oh oui, je sais, pas toutes. 

D’abord, on pourra reprendre le travail, du moins pour ceux et celles qui en ont un. Puis, en attendant d’aller à son café ou à son bistrot habituel, pour prendre son café expresso, sa verveine, son soda ou mieux si affinités, ce qui n’est pas pour demain, on pourra toujours prendre sa voiture, sa moto, son vélo, le bus, le tram, le taxi, le triporteur (rayez les mentions inutiles) pour aller voir ses amis et ses proches qu’on n’a pas vus depuis longtemps, tout en respectant, bien entendu, la distanciation d’usage. 

Ah oui ! Pas d’embrassades et pas de câlins ! Sinon, c’est la récidive garantie. 

A ce propos, les Marocains et les Marocaines peuvent se passer de sorties, de café, de loisirs, de voyages, bref de tout, mais jamais de s’embrasser et de se câliner. Ce n’est pas juste culturel, c’est cultuel. Nous sommes intiment persuadés que ne pas se saluer dans les règles de l’art, c’est à dire en faisant plusieurs bises sur les joues, sur la tête, et parfois sur les épaules, et en serrant l’autre jusqu’à entendre craquer ses os, nous risquons d’aller en enfer. 

Vous allez me dire que nous avions bien respecté  jusque là les consignes des autorités, et je vous dirais de parler pour vous, parce que j’ai vu de mes propres yeux, en passant dans certains quartiers dits populaires et qui sont en plus populeux, plusieurs personnes s’embrasser langoureusement comme si de rien n’était, les unes masquées, d’autres à moitié, et d’autres, pas du tout. A croire qu’elles préfèrent attraper le virus et mourrir, mais pas d’aller en enfer. 

Plus sérieusement, et loin de moi toute prétention divinatoire, j’aimerais vous donner mon avis très personnel sur l’issue de cette échéance du 20, telle qu’elle nous serait présentée par notre commentateur et scénariste en chef, lundi prochain.

D’abord, je pense que la date de dé-confinement sera bien annoncée ce jour-là, mais pas forcément pour le 20. 

Je m’explique : je ne crois pas du tout que le gouvernement, malgré les efforts considérables et considérés de ces dernières semaines, pourrait se permettre de prolonger encore plus le confinement. D’abord, les résultats, quoi qu’on puisse en dire, et quoi qu’on ait pu redouter, sont plus qu’encourageants. Ensuite, économiquement, et même si on ne veut trop en parler, le Maroc est sur les rotules, et toute prolongation pourrait lui être fatale, ou du moins difficilement supportable. Et enfin, à quoi rimerait une 3ème prolongation, alors que – et je viens de l’apprendre ce matin même – le Maroc serait vraiment le dernier pays à être encore confiné ? Quelle belle consécration ! Alors, prolonger encore serait soit de l’excès de zèle, soit de la frime, le premier serait incompréhensible, la seconde serait vraiment mal placée. 

En tout cas, je suis convaincu que la décision finale et sage serait d’annoncer la fin du confinement, mais pour le 20 mai, mais pour juste après l’Aid.

En effet, il serait anormal, irrationnel et dangereux pour une population qui a respecté tant bien que mal les consignes édictées, et qui a adopté plus ou moins toutes les règles exigées et les attitudes qui en découlent, de lui permettre, à 3 ou 4 jours de l’Aid, de revenir à ses vieilles habitudes, notamment ramadaniennes, de shopping diurne, de veillées nocturnes, et surtout d’embrassades et autres accolades de jour comme de nuit.

En attendant le résultat final, j’aimerais dire un dernier mot sur la nomination du Président Trump d’un de nos concitoyens, en l’occurence le professeur Moncef Slaoui, à la tête d’une mission médicale de haute facture. Je comprends qu’on puisse être fier qu’un des nôtres soit consacré au niveau international, ou qu’on reconnaisse ses grandes compétences, mais de là à croire que c’est cela qui va changer le parcours de notre pays ou sa place sur l’échiquier mondial, c’est un pas que je ne franchirai pas. Pour moi, et je n’ai jamais cessé de le répéter, cette consécration n’est pas la première ni la dernière, et elle n’est qu’une preuve de plus que s’il y a une chose de bien démocratisée et de bien partagée au niveau planétaire, c’est bien l’intelligence. Comprend qui pourra.

Je n’ai plus qu’à vous souhaiter un très bon week-end, une bonne fin de confinement, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.