On ne devrait plus s’étonner de voir le peuple marocain, dans toutes ses composantes sociales, y compris celle dite de l’élite, de bouder la politique en général et les politiques en particulier. On a beau essayer de nous convaincre qu’il faudrait participer, qu’il faudrait s’engager, qu’il ne faudrait pas laisser une minorité décider pour la majorité, et tout le baratin   marketing de recrutement, tout est fait pour nous dégouter une fois pour toutes de la chose politique, ou, au moins, de nous dérouter au point de nous convaincre de décider de rester à l’écart pour ne pas être éclaboussés par des compromis pour le moins regrettables, voire, parfois, par des compromissions inqualifiables. 

J’ai déjà eu l’occasion, de manière implicite ou directe, de faire référence à ces alliances contre-nature que nous remarquons parfois, pour ne pas dire souvent, dans ce qu’on appelle “notre champ politique”, un champ tantôt caillouteux, tantôt boueux, la plupart du temps mal semé et labouré, parce que mal arrosé, ou plutôt, peut-être,  trop arrosé. 

Je ne voudrais pas trop revenir sur le premier gouvernement dirigé par le PJD, ce parti que tout le monde craignait et détestait comme la peste, mais que tout le monde avait finalement adopté et accepté de cohabiter avec lui, et même de gouverner avec lui. Que mes amis du PPS m’excusent de faire ce petit rappel historique, mais, et ils le savent, personnellement je n’étais jamais été convaincu de l’argument qu’ils avaient avancé à cette époque pour justifier leur choix, à savoir “pour sauver la démocratie et éviter le chaos”. 

Quelques années après, ils ont été plus ou moins obligés de quitter le navire, y laissant leurs meilleurs amis devenus plus tard leurs meilleurs ennemis – je veux parler des socialistes de l’USFP – qui, eux-mêmes, après avoir critiqué la rentrée du PPS dans le gouvernement, avait fini par rejoindre ce mariage paradoxal des anachronismes et des contraires.

Au fond, je n’ai jamais été contre des alliances passagères, provisoires, tactiques, comme on dit en politique, parce qu’exigées par des contingences exceptionnelles, comme par exemple, à Dieu ne plaise, une guerre ou une catastrophe naturelle.  

A ma connaissance, et jusqu’à preuve de contraire, nous n’avons connu ces dernières années  ni l’une ni l’autre, Dieu merci. Alors, de grâce, qu’on m’explique pourquoi nos partis politiques, que ce soit ceux qu’on appelle de la droite, ou ceux qu’on appelait de la gauche, continuent-ils, tout le temps, à alterner ces va-et-vient perpétuels entre haine ravageuse et amour fou, entre mariages à la va-vite et divorces en toute vitesse, entre un “viens que je t’embrasse”  et “va-t-en ou je te casse”. C’est un peu comme la célèbre et très belle chanson “je t’aime, moi non plus”, sauf que Serge Gainsbourg, lui, est un grand poète, alors que nos politiques, eux, sont tout sauf des artistes. 

Oui, je suis révolté, oui, je suis hors de moi parce que je ne sais plus où l’on va, je ne sais plus où ces gens-là veulent nous mener. 

Au fait, vous connaissez la dernière ? La nouvelle alliance sacrée entre deux ennemis jurés et historiques de  “notre champ politique”, j’ai nommé le PAM et le PJD !

Bien entendu, on va me dire qu’il y a déjà eu des accords au niveau communal, et qu’après tout, même au niveau régional, l’alliance scellée récemment à Tanger, reste une alliance “locale”. 

Je me souviens, quand j’étais encore étudiant en France et tout jeune militant exalté et impulsif, à chaque fois que mes amis socialistes me voyaient révolté par tel ou tel compromis accepté par leur parti avec le pouvoir de l’époque, ils me sortaient cette phrase qui ressemblait presque à un slogan :” En politique, point d’impossible”. Traduction : il ne faut jamais dire jamais à un mariage mixte et même à plusieurs. Un mariage politique j’entends.  

Je reviens à nos amis du PAM. Si je n’ai jamais caché mon opposition, par principe, à la création de ce parti, et ce, dès le lancement de son fameux “Mouvement des démocrates”, je n’ai jamais caché non plus ma sympathie pour la noblesse et la générosité apparentes de certains de leurs objectifs. Or, s’ils commencent maintenant à renier, eux aussi, le pourquoi même de leur existence et de leur émergence, on ne va plus rien comprendre. Je peux comprendre qu’ils soient actuellement dans une phase de reflux, ou disons  de “marée basse”, mais je puis les assurer que personne ne comprendrait un éventuel mariage avec ceux contre lesquels leur parti avait été créé. Ce mariage n’est peut-être pas à l’ordre du jour aujourd’hui, mais, selon ce que j’ai lu et entendu ces derniers jours, il ne serait pas tout à fait “impossible”. 

En tout cas, je ne sais pas pour vous, mais, moi, c’est décidé :  les prochaines élections, ça sera sans moi. J’ai probablement tort, mais tant pis pour moi. 

En attendant, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma