À force d’écrire sur la culture, on pourrait croire que je n’ai plus que ça à mettre sous ma plume. Ce n’est pas vrai, même si, et ça je peux dire, la culture est mon pain quotidien.  Je suis de ceux qui ont toujours cru dur comme fer à cette devise jésuite que l’Homme ne se nourrit pas que de pain. Ni que de religion non plus. Voilà, c’est dit.

Dès le début de cette année dite maudite, j’avais commis ici même un papier presque prémonitoire que j’avais intitulé : “La culture ou mourir, il faut choisir”. Dans cet article, j’avais essayé  de rappeler le rôle essentiel, fondamental, vital de la culture pour notre vie toujours trop courte pour en profiter un max, tout en faisant l’éloge  de certaines personnes que j’ai eu la chance de connaitre, qui ont fait de la culture et des arts leur raison de vivre. 

Bref, je voulais montrer et démontrer que sans la culture, nous risquons d’aller très vite vers la fin de la vie, et vers la vraie mort, c’est-à-dire l’abêtissement de notre être. 

Deux mois après, j’en ai commis un autre, plus collé à l’actualité, car on venait de nous enfermer de peur qu’on attrape cet affreux virus, qu’on tombe malade, voire qu’on meure. Oui, ils avaient raison, et on les remercie du fond du coeur. Sauf que se protéger d’un virus si méchant soit-il, ne signifie pas qu’il faut tout arrêter, tout laisser tomber et passer son temps à chercher comment le combattre et comment le vaincre. Vous savez, tous les virus qui ont sévi jusque là, on fini, un jour ou l‘autre, par être vaincus ou, au moins, par être maitrisés. Entre nous, nous, nous n’y sommes pour rien ni dans la victoire contre tous ces virus, ni dans même dans leur maîtrise, mais ça, c’est une autre histoire, encore plus douloureuse à raconter.
Justement, comme nous avons été incapables, du moins jusqu’à présent, d’être à la hauteur  de ces combats qui nous dépassent, nous en avons un qui est parfaitement dans nos cordes, c’est le combat contre l’ignorance, contre l’obscurantisme, contre la nullité, contre l’absurdité, contre la bêtise, et qui mène, inéluctablement, à  la victoire du savoir, de la connaissance, de la joie, de l’équilibre de l’esprit, de la lumière, du bonheur, de la vie. Cette bataille est la mère des batailles, comme disait l’autre, et elle n’a besoin que d’une seule arme : la culture. Cette arme n’est ni chimique, ni atomique, mais c’est la plus grande arme d’épanouissement et d’émerveillement massif qui puisse exister.

Si j’en reparle encore, comme j’en ai parlé en janvier en mars derniers, c’est parce que j’estime qu’aujourd’hui, il y a vraiment péril en la demeure. Cela fait près de 7 mois que nous sommes acculés, l’âme triste et la peur au ventre, à vivre au ralenti, en veilleuse, en immersion presque totale, en attente désespérée d’une hypothétique disparition d’un ennemi venu d’ailleurs et qui ne semble pas prêt de repartir. 

Et en attendant, que faisons-nous ? Nous faisons semblant de vivre : nous sortons quand on nous y autorise, nous rencontrons les gens que nous pouvons encore rencontrer, nous leur parlons parfois de loin, nous mangeons, et après, nous dormons, après avoir été assommés durant plusieurs heures par la télévision. Et le lendemain, rebelote. 

Et vous appelez ça une vie  ?
Et que faire d’autre ?  me diriez vous.
Justement, la culture est là, non seulement pour combler le vide, mais pour remplir le néant, et éviter qu’on tombe dans l’abîme noir du zéro pointé. 

Je sais que beaucoup chez nous, y compris parmi ceux qui sont au gouvernement sans être toujours au gouvernail, pensent que ce n’est pas le moment de penser à la culture, mais plutôt à la santé. Et c’est pour cela que pour eux, réouvrir les salles de cinéma, les théâtres, les bibliothèques, les complexes culturels, organiser de nouveau les festivals et les événements artistiques, tout cela n’est pas à l’ordre du jour, parce que cela pourrait nuire à la santé des citoyens, et tout le baratin. 

Ah bon ? Les souks hebdomadaires, les marchés de bétail, les snacks et les faux-restaurants, où les clients sont les uns sur les autres, ou le  commerce dit moderne où on se marche sur les pieds, tous ces lieux ne sont-ils pas eux, les vrais foyers de contamination ?  Ah oui, pardon, j’avais oublié : il faut bien manger pour vivre. Justement, pour vivre, il ne faut pas uniquement manger, mais il faut, nécessairement, se nourrir de culture. Parce que sans la culture, sans cette nourriture de l’âme et de l’esprit, nous pouvons, certes, si nous nous protégeons bien, rester en bonne santé, et donc en vie, mais, nous allons aussi rester nuls, nulles, je ne vous dis pas !
Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir un jeune ministre qui est sûrement convaincu que la culture ne doit pas être la 5ème roue du carrosse, mais bien le moteur qui peut le propulser vers un avenir meilleur.  Et parce que je sais que, seul, il ne pourra pas faire des miracles, je lui lance un appel solennel pour qu’il mette sa volonté et son énergie en synergie avec tout ce que compte notre peuple en hommes et en femmes de volonté et d’énergie, pour que, enfin, notre pays puisse avoir la dynamique culturelle qu’il mérite et dont il a si besoin.

C’est aujourd’hui, le moment ou jamais, parce que pour moi le meilleur vaccin et la meilleure prévention qui existent au monde, c’est la culture, et rien que la culture, je le jure.
En attendant d’être entendu, je vous souhaite un très bon weekend, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.    

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma