Je pense que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, c’est bien du projet de légalisation du cannabis au Maroc dont je voudrais vous parler cette semaine. Je dois reconnaître que je ne suis ni un spécialiste, ni un consommateur, même pas occasionnel de la chose. J’y avais gouté une ou deux fois, du temps de mes cheveux longs et de mes rêves fous, juste pour voir, mais comme je n’avais rien vu, j’avais laissé tomber.

Cela dit, j’ai eu, par la suite, de nombreux autres vices plus ou moins fumeux, dont le cigare, qui est de loin le plus vertueux d’entre eux. Maintenant, je vais essayer d’être un peu sérieux, ne serait-ce que parce que le sujet est d’une grande consistance et une grande pertinence. Je vais essayer de pas entrer dans trop de détails, d’abord parce que je n’ai pas toutes les données, mais surtout, parce que je ne suis pas un expert, au sens académique et non jouisseur du terme.

Il existe au Maroc, et depuis la nuit des temps – il paraît depuis le XV ème siècle – une plante cultivée par la population de certaines régions montagneuses du Nord, connue sous le nom de “kif”, que nos amis français nous ont emprunté- je parle du nom – pour en faire un terme d’affection et d’amour. Quel rapport ? Je vous laisse chercher.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’origine de cette plante – qu’on appelle aussi “chanvre indien” ou cannabis – ne serait pas d’Orient ou d’ailleurs, mais bien du Rif, cette partie de notre Nord national, qui est autant belle que maudite.La culture de cette plante par nos concitoyens montagnards du nord, n’était pas un choix délibéré, mais parce que leur sol était si pauvre, si caillouteux et si peu fertile, que seule cette plante a daigné y pousser. Alors, comme, c’était ça ou rien, ils ont décidé de se contenter de ça parce que c’était mieux que rien.

Au début du XX ème siècle, le protectorat français et le colonialisme espagnol avaient décidé plus ou moins de fermer les yeux, voire d’encourager cette culture; les français, pour ne pas déranger leurs amis espagnols, sont même allés jusqu’à autoriser une autre région proche de Fès de se lancer à son tour dans la culture du kif, histoire d’en faire une nouvelle ressource financière.

Toujours est-il, on le trouvait plus ou moins partout, utilisé comme fumette aussi bien par les plus riches du pays que par les plus démunis, les premiers pour passer du bon temps, les seconds pour les aider à le voir au moins en rêve. L’essentiel, c’est que tout cela se faisait en public ou en privé, en toute légalité, jusqu’au jour où les Français ont décidé de proscrire la consommation du kif et de poursuivre ses trafiquants. 

Cela n’avait pas du tout empêché ses nombreux amateurs de continuer, jusqu’à aujourd’hui, d’en profiter du mieux qu’ils peuvent. Sauf que les choses ont beaucoup évolué, dans tous les sens d’ailleurs. Le kif n’était plus seulement fumé sous la forme de feuilles séchées et finement découpées, mais transformé artisanalement mais très sophistiquent en résine, un produit recherché et payé à prix d’or, partout dans le monde, engendrant un trafic mondial, certes prohibé, mais qui pèserait, bon an mal an, plusieurs milliards de dollars. 

Hélas, de ces milliards ne profitaient que les grands barons de la drogue, alors que les cultivateurs du Nord, les pauvres, n’en perçoivent que des clopinettes, tout en étant tout le temps poursuivis et harcelés par les autorités. Cette introduction était longue et fastidieuse, mais elle était nécessaire pour bien comprendre le tournant que ce secteur va bientôt connaitre, du moins si certains arrêtent de gesticuler sous couvert de fausse éthique et de mauvaise foi. Donc, l’Etat Marocain, après une trop longue réflexion et de nombreuses et compréhensibles hésitations, a pris enfin le taureau par les cornes et de court les bandits qui ont dépassé les bornes, et a décidé de légaliser cette culture, non pas pour que nous puissions tous fumer des joints en toute impunité, comme le voudraient véhiculer ces soit disant bienpensants, mais pour orienter le fruit de cette culture à des fins thérapeutiques et cosmétiques, donnant au Maroc une nouvelle dynamique économique, et permettant à ces régions du Nord de générer de bien meilleures recettes qui vont leur assurer un mode vie plus prospère et plus digne.

Eh bien, ce qui semble, à vous et moi, comme très rationnel et très juste, n’est pas vu du même œil par certains politiciens qui, n’ayant pas le courage de se défendre et de retenir le tapis qu’on est en train de tirer sous leurs pieds pour les déséquilibrer, voire pour les faire tomber, se sont abattus sur cette “affaire” qui leur semble être du pain bénit capable de leur faire reprendre du poil de la bête, et, partant, reprendre le dessus sur certains de leurs camarades qu’ils trouvent trop dociles ou trop soumis. 

Je ne suis ni un médium ni un visionnaire, mais je parie qu’ils vont bientôt recevoir la leçon de leur vie. Non seulement ce projet de loi sera voté, avec ou sans les voix discordantes de leurs camarades, mais je suis sûr que la majorité de la population marocaine, toutes catégories sociales et intellectuelles comprises, convaincue que l’hypocrisie n’a que trop duré, va applaudir des deux mains cette loi, et féliciter ses pertinents initiateurs. Na ! 

En attendant ce magnifique changement, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma