Aujourd’hui, j’ai envie de pousser une grande gueulante. Pour tout vous dire, j’en ai marre de lire et d’entendre ce que je lis et que j’entends depuis déjà assez longtemps. 

Je suis fatigué de constater que notre pays, si beau et si ensoleillé, est en train de sombrer, jour après jour, dans l’archaïsme et dans l’obscurantisme. 
En écrivant cela, je suis parfaitement conscient de la gravité de mes propos, mais je ne permettrai à personne, y compris à ceux qui n’arrêtent pas de nous donner des leçons de nationalisme et de citoyenneté, de m’accuser de ne pas aimer mon pays ou de porter préjudice à son image et à sa réputation. 

S’il y a quelqu’un, consciemment ou pas, qu’importe, qui porte préjudice à l’image et à la réputation du Maroc, et qui nous donne le sentiment à nous, les citoyens et citoyennes de de ce pays qui nous habite, mais aussi aussi aux ’étrangers qui s’intéressent à nous, que ce pays risque de partir à la dérive, ce sont eux. 

Eux, ce sont vous, vous qui n’arrêtez pas de vouloir, consciemment ou pas, allumer le feu avec des faux problèmes, des problèmes marginaux, anecdotiques, primitifs, alors qu’il y a tellement de problèmes graves, dramatiques, pathétiques qui mériteraient qu’on s’y intéresse et qu’on essaye de résoudre.

Oui, c’est à vous que je m’adresse, vous, d’abord, qui êtes aux commandes, vous qui dirigez nos institutions juridiques, sécuritaires et autres, vous qui avez tous les droits, de par la loi, de nous poursuivre, de nous arrêter, de nous emprisonner, en toute légalité; mais je m’adresse aussi à vous autres, les maitres du savoir terrestre et céleste, vous qui êtes persuadés que c’est à vous que revient la mission de nous éduquer, de nous éclairer et de nous montrer le bon chemin, puisque c’est vous les gardiens du temple et les portiers du paradis et de l’enfer. 

Oui, je m’adresse à vous tous, et je n’ai pas peur de vous, parce qu’aujourd’hui, j’en ai marre de voir les citoyens et les citoyennes de mon pays passer le plus clair de leur temps à essayer en vain de défendre des droits élémentaires, rudimentaires, basiques, comme, par exemple, le droit de disposer de son corps comme bon leur semble, ou d’avoir une vie privée intouchable et inviolable.  

Lorsque je vois tout le bruit qu’on fait souvent autour et contre des couples jeunes ou pas jeunes, mariés, fiancés  ou pas, qu’on aurait “surpris” en flagrant délit de câlins, de bisous ou parfois beaucoup moins que cela, ou contre des individus, hommes, femmes ou autres, qui ont eu le malheur de s’habiller comme ça leur chante et de sortir dans l’espace public qui n’appartient à personne et donc qui appartient à tout le monde. 

Tous ces bruits assourdissants et abêtissants se font au nom de la loi, ou de la morale ou de la religion ou, souvent, au nom des trois en même temps. 

Je ne suis pas contre que les autorités ou le commun des mortels poussent le holà quand cela est nécessaire parce qu’après tout, il faut bien que l’ordre public soit respecté. Sauf que, et comme je l’ai écrit plus haut, quand on ne s’intéresse, et d’un manière quasi obsessionnelle, donc quasi pathologique, qu’à des questions qui ont attrait au corps, à la nudité, aux rapports sexuels, ou juste à des rapports humains, bref, à des choses, ma foi, si naturelles et qui sont du domaine du privé et de l’intime, alors que notre pays souffre de maux autrement plus graves et plus condamnables, là, je n’ai plus le droit de me taire. 

D’ailleurs, aujourd’hui, personne n’a plus le droit de garder le silence, que ce soit les politiques –  même si le pouvoir d’inflexion qu’ils avaient jadis se réduit chaque jour comme peau de chagrin – ou bien que ce soit ceux qui sont censés être des crieurs et des éclaireurs, au nom de la connaissance qu’ils ont et du savoir qu’ils portent, les mutants qui sombrent dans leur mutisme, j’ai nommé les intellectuels ou les prétendus tels. 

Si nous gardons le silence devant tant de régression, par opportunisme, par attentisme, ou juste par lâcheté, un jour ou l’autre, nous allons le payer très cher, nous et, bien sûr, plus tard, nos enfants. 

Dénoncer ces dérives autoritaires et ces excès moralisateurs, n’est pas seulement un devoir citoyen, mais c’est également une nécessité vitale. 
Oui, nous devons respecter les lois en vigueur, mais aucune loi ne nous interdit de considérer une loi comme archaïque et dépassée et demander qu’elle soit modifiée ou même qu’elle soit définitivement annulée.  

Ouf ! J’ai poussé ma gueulante. 

C’est une consolation comme une autre.

En attendant que toutes ces lois ancestrales changent ou disparaissent à jamais, je vous souhaite un bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma