Ce matin, j’ai du mal à fixer mes esprits. Je ne sais pas ce que j’ai. Enfin, si, je sais. J’ai fait un rêve cette nuit. Et même plusieurs rêves. Aucun n’avait de rapport avec l’autre. Un, par exemple, se déroulait dans mon quartier d’enfance, les Habous. D’immenses paquebots faisaient débarquer plein de touristes, montés sur des dromadaires, qui tenaient des petits drapeaux dans les mains et distribuaient de l’argent aux adultes et du chewing-gum aux enfants, ou bien l’inverse, je ne me rappelle plus. Un autre rêve se passait en Amérique. Pourquoi l’Amérique ? Je n’en sais rien. Je parlais en Anglais, et je me promenais devant la Maison Blanche, devenue miraculeusement rouge et verte. J’étais avec mes enfants qui me posaient beaucoup de questions auxquelles je n’avais qu’une seule réponse : “I don’t know”. Ce qui voudrait dire, plus ou moins,” laissez-moi dormir, je ne comprends rien et je ne veux rien comprendre”.
Bref, c’était une nuit perturbée, et c’est pour cela que ce matin, je n’ai aucune inspiration. 

Alors j’ai ouvert mon ordi, histoire d’y trouver un petit sujet sympa, ni politique ni polémique, avec risque zéro, c’est-à-dire pas de reproches, pas de remontrances et pas de représailles.
Et là, qu’ai-je trouvé ? Partout, que des youyous, qui, entre nous, ont commencé depuis hier soir. J’aime bien les youyous, je ne suis pas contre, ce n’est pas ma musique préférée, mais je pense qu’il y a une place à tout et pour toute chose, à condition de ne pas en mettre partout. J’aime bien également les youyous, mais quand tout le monde s’y met en même temps, ça devient un peu le souk. 

Bon, bref, j’ai décidé de zapper, et là, je me suis trouvé face à face avec une nouvelle tragique incroyable : le décès suite à une crise cardiaque d’un des journalistes les plus sympathiques et les plus en vue, surtout depuis quelques semaines.  

Quel curieux et tragique destin ! Mourir juste après avoir tout fait pour nous convaincre, nous, de tout faire pour rester en vie… La vie est vraiment cruelle.  
Cette nouvelle m’a assommé. Du coup, mes problèmes d’inspiration se sont trouvés renforcés. 

Alors, de quoi pourrais-je vous parler ? Des vaccins ?  Oui, pourquoi pas ? Après tout, il y a eu du nouveau – la gratuité pour tous – même si je m’y attendais un peu et que je l’appelais, silencieusement, de mes vœux, ne serait-ce que pour convaincre certains récalcitrants qui ont toujours des soucis avec les sous, et pour ne pas dissuader tous ces incurables adeptes du doute chronique et systématique.   

De quoi parler encore ? Des chiffres des cas positifs de Covid ?  Il parait qu’ils sont en baisse depuis 3 semaines consécutives, mais sans que cela nous fasse sauter au plafond. Les responsables eux-mêmes ne semblent pas trop en tenir compte. En tout cas, ils n’ont rien fait, jusqu’à présent, pour nous montrer le contraire, par exemple, en modifiant quelque peu les conditions toujours sévères et souvent paradoxales qu’ils imposent à certaines régions avec toutes les conséquences, notamment économiques et sociales qui en découlent. 

Alors, on attend.

Et en attendant, moi, je n’ai toujours rien d’autre à me mettre sous la dent, ou si vous préférez, sous la plume. Vous ne voudriez quand même pas que je vous parle de l’adoption par le Parlement de la nouvelle loi des finances qui promet, comme à chaque fois, monts et merveilles, alors que tous les indicateurs sont en rouge foncé; ou bien de ce montant de 3 milliards de dirhams levé par le Maroc sur le marché financier international, et qui donne des vertiges et qui fait rêver, même si on ne sait pas trop si on doit s’en réjouir ou bien s’en inquiéter; ou bien de la reprise sans fougue car sans public du championnat de football professionnel, où on a l’impression qu’on tourne toujours en rond…
Tout cela, comme vous le voyez bien, ne me botte pas des masses, et vous certainement non plus.
Je suis désolé. Il y a comme ça des semaines avec et des semaines sans.  Cette semaine, c’est plutôt la case “néant”. 

Franchement, de quoi je pourrais bien vous parler aujourd’hui ? Vraiment, je ne vois pas …
Ah oui, c’est vrai… J’avais oublié … de notre nouvel ami Trump…. Trump le fou, le mal-aimé, devenu subitement Trump le sage et le bien aimable… Le Diable devenu ange ! Comment j’ai pu l’oublier, celui-là ?!?

Ah, maintenant, je comprends mieux mes rêves tordus de cette nuit … 

C’est dommage…
Ce n’est pas grave. J’espère qu’on ne va pas trop m’en vouloir, mais je vous promets de vous en parler une autre fois. Sauf si je vois que tout le monde a tout dit et répété plusieurs fois ce que pense tout le monde, alors, là ce moment-là, moi qui n’en pense pas moins, je vais m’abstenir.

Trop de youyous tuent les youyous.

D’ici là, je vous souhaite un très bon weekend plein de satisfaction, de fierté, sans, je l’espère, trop de bombage de torse, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit (ou presque).

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma