Depuis quelques jours, nous sommes en plein de débat sur la femme, sur ses droits, ses devoirs, ses capacités, ses limites, ses pouvoirs etc. Ce débat n’a pas été initié par une quelconque instance, mais a été imposé par certaines circonstances, comme c’est souvent le cas dans notre pays. 

En effet, Il faut vraiment qu’il arrive quelque chose à une femme, ou à cause d’une femme, pour que nous nous sentions obligés de donner notre avis. Ou pas. D’ailleurs, ces débats sont souvent peu organisés et peu structurés, comme si nous voulions nous en débarrasser rapidement, pour passer à autre chose. 

Il faut dire que les hommes n’ont pas trop envie de trop s’attarder sur un débat qui risque de porter atteinte à leurs acquis masculins, alors que les femmes, elles, paradoxalement, montrent souvent  une certaine pudeur une certaine frilosité, même pour défendre leurs droits, presque toujours bafoués. 

Il est vrai que nous, les hommes, nous ne parlons pas toujours en mal des femmes. Mais il faut vraiment attendre qu’une femme réalise une super performance sportive, artistique ou autre pour que nous décidions de dire tout le bien que nous pensons, précisément, de cette femme, profitant, au passage, pour rappeler que les femmes sont, de temps en temps, capables, également, “d’égaler les hommes”. C’est une manière de nous dédouaner par rapport à elles, tout en leur signifiant, plus ou moins clairement, qu’elles pourraient, éventuellement, exceptionnellement, faire comme nous, mais que, dans tous les cas, chacun et chacune doit rester à sa place. 

On me dira que ce que je viens de décrire d’une façon un peu caricaturale, existe un peu partout dans le monde. D’abord, ce n’est pas vrai. Dans beaucoup de pays et notamment dans les pays démocratiques, les femmes, grâce à leurs combats personnels, ont réussi à gagner beaucoup de droits, ce qui leur a permis, au fil du temps, de devenir, sinon les égales de leurs pairs, du moins ses équivalentes. D’ailleurs, leurs luttes continent. 

Quant à chez nous, la femme marocaine vit un drame permanent presque désespérant. Des arguments culturels pour ne pas dire religieux sont souvent opposés à presque toute évolution de la situation de la femme au Maroc. Ils  nous rappellent que nous pouvons être des gens modernes et tout et tout, mais que nous devons pas oublier que nous sommes des arabo-musulmans, et à ce titre, nous devons respecter nos repères et nos références et ne pas chercher à “imiter les autres”.

Traduction : la femme marocaine peut étudier, se marier, faire des enfants, aller travailler pour ramener de l’argent au foyer, conduire une voiture, le train ou même l’avion, mais, elle doit garder toujours à l’esprit qu’elle vit dans une société qui a des règles morales et religieuses très strictes, qu’elle doit respecter pour conserver son identité.

Et voilà : le mot à la fois magique et tragique est lâché. Ce mot qu’on nous sort à toutes les sauces, surtout par les hommes politiques, est fait pour rappeler constamment à la femme marocaine que son devoir c’est de se défendre de toute attaque parasite – entendez occidentale – afin de préserver sa “féminité”, son authenticité, sa “spécificité” et, donc, son ”identité”.

Trois faits d’actualité sont arrivés ces dernières semaines et illustrent parfaitement et dramatiquement les propos que je viens de développer. 
Je vais commencer par l’affaire du couple d’artistes poursuivis pour adultère. Comme le flagrant délit n’a pas pu être établi, on est allé chercher dans les poubelles et dans les puces des téléphones pour essayer de trouver qu’il y a bien eu “rapport illicite et haram, c’est-à-dire en dehors de l’institution du mariage”.

Dans cette affaire, qui n’avait pas à en être une, si on vivait dans une société normale, autre que la notre, la femme est considérée comme la principale accusée et donc la principale responsable. Aujourd’hui, cette femme risque d’être envoyée à la prison avec toutes les conséquences qui peuvent en découler.

Le second exemple, c’est l’affaire de la journaliste arrêtée à la sortie d’un cabinet médical et poursuivie aujourd’hui pour un tas de délits d’un autre âge et qui n’ont plus cours que dans des pays vivant sous une dictature, ou bien sous-développés ou archaïques. 

Ces deux cas sont le type même, selon les normes des normalisateurs de notre modèle conservateur, de la femme qui n’a pas pu respecter son “identité”, et, partant, qui doit être rappelée à l’ordre et punie en conséquence.

Et j’ai laissé le meilleur ou plutôt le pire pour la fin : l’histoire de cet aboyeur, apparemment aimé et suivi par des millions de fans et de suiveurs, qui  a déclaré sur le plateau d’une chaîne de télévision marocaine que  “celui qui ne frappe sa femme n’est pas un homme”. Il a fallu que certains esprits éclairés sur les réseaux sociaux  et certains militants et militantes de la société dite civile dénoncent cet imbécile pour que les responsables se décident enfin à réagir. Pour l’instant, ce phallocrate ne va pas aller au cachot, mais la chaîne qui l’a accueilli et lui a permis de déverser ses insanités a été, elle, condamnée, symboliquement certes, mais condamnée quand même. 

En attendant que la femme marocaine soit reconnue, enfin, comme un être à part entière, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma