Cela fait des jours et des semaines que nous ne parlons que du gouvernement : de l’ancien qui n’arrivait pas à se renouveler, du nouveau qui n’arrivait pas à arriver, et de l’idéal qui n’arrivera peut-être jamais.  

Et même quand le nouveau gouvernement ou prétendu tel a fini par se montrer après un accouchement au forceps qui a fait souffrir autant ceux qui l’attendaient depuis des lustres que ceux qui n’en voulaient pas du tout, nous l’avons regardé d’un oeil mi-curieux mi-dégoûté, et nous avons continué à en parler comme si un autre, meilleur, pourrait surgir encore, par miracle.  

Il faut dire que ce nouveau bébé ressemble à s’y méprendre à l’ancien, sauf, peut-être qu’il est un peu plus maigrichon. Oui, mais quand on n’aime pas, on ne pèse même pas. Avant : 38 ou 39, après : 23 ou 24. Et alors ? Qu’est-ce que ça va changer puisque le plus gros du peloton est toujours à sa place ? D’ailleurs, vous n’avez qu’à prendre les photos de l’ancien et du nouveau, et vous allez voir que la différence est à peine perceptible. Même les 4  femmes-ministres nouvellement nommées sont presque invisibles car on a préféré les mettre derrière peut-être pour bien montrer la place qui est et qui sera toujours la leur. 

Bien fait pour nous ! Après tout, nous n’avions qu’à ne rien attendre de tous ces gesticulations qui ont duré un temps fou, comme si on allait nous fabriquer des ministres sur mesure, avec une imprimante 3D. Tiens ! Ça, ça pourrait être une bonne idée. 

Non, franchement, il ne faut plus nous leurrer. Il n’y a aura pas de gouvernement qui va nous satisfaire tant que nous nous contentons de critiquer, comme ça, de loin, devant notre petit café avec nos petits copains ou, bien derrière notre petit clavier d’ordinateur ou de smartphone, ou même, comme je l’ai vu et entendu ces deux derniers jours, en chialant ou en ricanant face à un micro-trottoir. Toutes ces attitudes passives ne risquent pas de nous mener à grand-chose, sinon à des situations pires que celle-ci, c’est-à-dire à des gouvernements encore plus indésirables que celui-ci. 

Et à ce propos, je dois vous préciser que personnellement, je n’ai rien de personnel contre ni les anciens nouveaux ni contre les nouveaux anciens. Il y en a même certains que je trouvais hier parfois bosseurs même s’ils manquaient ’efficacité, et d’autres que je trouve aujourd’hui plutôt sympathiques et plutôt charmantes. 

Oui, mais, tout cela ne suffit pas, ne suffit plus. La poudre aux yeux et la farine aux oreilles, ça suffit ! On a demandé et on a attendu le changement radical, et qu’est-ce qu’on a eu ? La même chose, emballée dans la même boite, juste un peu plus légère. 

C’est comme si vous faites une réclamation sur un colis insatisfaisant, et qu’on vous renvoie le même, après avoir juste ôté quelques pièces et remplacé d’autres, histoire de le rendre plus présentable. 

Oui, bien fait pour nous ! Et quand je dis nous, je parle bien sûr de nous la soit-disant élite éclairée, moderne, moderniste, démocrate, laïque et tout le baratin, qui passons notre temps à papoter et à radoter au lieu de cogiter et d’alerter, mais aussi de notre classe politique qui a perdu et sa classe et sa maîtrise des rouages et des enjeux de la politique, et enfin de ce qu’on appelle très vaguement  “le peuple”, cette foule diffuse et confuse que tout le monde méprise et que tout le monde convoite, parce qu’elle vote, quand elle veut bien voter, pour le plus démagogue et le plus populiste, ou juste pour le plus riche et le plus généreux. Et, Bon Dieu, quelle générosité !

Parfois, ça ne dépasse pas un billet ou deux, ou juste un tajine ou un couscous collectif vite ingurgité et vite évacué. 

Jusqu’à quand ? 

Non, je ne suis pas aigri, mais je suis amer. 

Vraiment, je pense que nous méritons mieux que ce que nous avons, que ce qu’on nous donne. Et je suis profondément convaincu  que si nous ne faisons rien pour changer, pour nous changer d’abord, rien ne changera. 

Je n’ai pas de recette ni de formule magique, mais si nous nous mettons à plusieurs, sous une forme ou sous une autre, ensemble ou chacun de son côté, que nous réfléchissons un peu, que nous faisons les bons diagnostics, que nous faisons les bonnes remarques, que nous posons les bonnes questions, loin des discours stériles et des polémiques creuses, je suis sûr que, tôt ou tard, nous finirons par trouver, probablement pas des solutions définitives, mais sûrement de nouvelles voies qui pourraient nous mener à des choix moins étriqués que ce qu’on nous offre aujourd’hui.   

Oui, je rêve, peut-être, mais comme a dit le grand Henry Miller : Celui qui a fait un beau rêve ne se plaint jamais d’avoir perdu son temps. Au contraire, il est heureux d’avoir participé à une réalité qui permet d’élever et d’embellir la réalité quotidienne”. 

En attendant que ce beau rêve se réalise un jour, je vous souhaite un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma