Rappelez-vous. Le Maroc a été un des premiers, sinon le premier, à réagir à la pandémie de la Covd19, à prendre ce vilain virus par le Corona, à lancer un fond spécialement dédié pour faire face à toutes les dépenses, à toutes les charges et à tous les frais annexes qui n’allaient pas tarder à commencer à tomber, à se lancer dans une bataille multi-actions, allant de la mobilisation de toutes ses ressources humaines médicales et sécuritaires, jusqu’à la mise en place de milliers de places pour accueillir, dans les meilleurs conditions sanitaires et de confort, les futur(e)s contaminé(e)s, en passant par un confinement pur et dur, sans oublier, bien sûr, la signature d’un partenariat stratégique avec nos amis Chinois pour la recherche, la production et la livraison, dans les meilleurs délais préférentiels, d’un vaccin chargé de mettre KO ce minus et maudit virus que Dieu et tous les inventeurs mécréants d’antidotes l’anéantissent à jamais. Bref, nous avons été un des premiers peuples, sinon le premier, à nous enorgueillir d’être, en plus, le seul peuple d’Afrique, arabe, musulman etc. à faire comme les peuples des pays riches et développés, sinon mieux.

Nous étions déjà un peuple très fier, et nous sommes devenus, au fur et à mesure de nos succès successifs, un peuple très fanfaron. C’est vrai qu’il y avait bien de quoi. Je peux même concéder qu’il est normal qu’un peuple soit boosté par les réussites de son pays, surtout à l’heure où d’autres, mieux lotis que lui – suivez mon regard – sont encore à la traine, et surtout quand des pays bien plus puissants que lui, le donnent en exemple, avec toutefois ce regard paternaliste, quasi raciste, d’anciens ou de nouveaux colonialistes. C’est une revanche de l’histoire comme une autre. Je disais donc que si nous, le peuple, avons le droit, à chaque fois qu’une rare occasion se présente, de lancer des youyous endiablés, de chanter à gorge déployée l’hymne de la victoire sur tous les envieux, de danser autour du feu en levant les bras pour remercier les anges, et en tapant le sol avec les pieds pour éloigner les démons, nos dirigeants, eux, doivent raison garder. Or, depuis le début de cette pandémie, on a l’impression qu’ils n’attendaient que cela pour reprendre du poil de la bête et pour se présenter comme non seulement les plus forts et les plus performants, mais aussi que ce serait eux qui ont été choisis par la Providence pour sauver l’humanité.

Eh ! Oh ! Du calme, s’il vous plait ! Vous avez beau être des gens bosseurs, des gens persévérants, des gens… comme vous dites déjà… avant-gardistes, et tout et tout, il ne faut jamais oublier que vous êtes faillibles, un peu comme nous, d’ailleurs. De plus, vous avez beau être avant-gardistes et performants, vous dépendez toujours des autres pays, surtout ceux qui sont plus riches, plus puissants et plus … comment dire … plus inventeurs et plus fournisseurs que nous… Si vous voyez de que je veux dire… Bon, je vais aller droit au but. Nous avons été un des premiers pays à recevoir le premier vaccin – inventé par les autres – et à l’administrer, dès son arrivée, d’abord, à tous les prioritaires privilégiés, et dont je suis fier et reconnaissant d’en faire partie. L’organisation de la vaccination, l’accueil, le service, tout cela était – et l’est toujours – top. Jusque-là, tout va bien.

Les choses allaient comme prévu, les livraisons arrivaient lentement, pas en quantités astronomiques, certes, mais comme ils nous avaient annoncé que, je cite, “le rythme des vaccinations va aller crescendo, jusqu’à atteindre … 500 000 vaccinés par jour”, nous les avons cru.

Ces effets d’annonce se sont répétés tellement de fois qu’on ne pouvait pas douter de leur sérieux une seule seconde, d’autant plus que notre ministre de la santé, en personne, nous a annoncé fièrement, en levant le menton haut jusqu’à faire tomber son masque, que, je re-cite,”tout sera fini … dès le début du ramadan”.

Et patatras ! Les livraisons de vaccins, du jour au lendemain, se sont arrêtées net. Je crois même, qu’à partir d’aujourd’hui, il n’y a plus dans nos stocks, que les doses destinées à… la 2ème dose. 

D’accord, nous étions les premiers, mais je pense – et ce n’est sûrement pas notre Aouita national qui risque de me contredire – que partir le premier ne garantit pas qu’on va arriver le premier. Et d’un.

De deux, la communication est une technique à double tranchant : elle peut séduire, mais elle peut aussi, décevoir, et induire la cible visée en erreur. Dans le premier cas, on va vous applaudir, dans le second, on va vous huer. C’est aussi simple que ça. La solution ? Elle est toute facile : il ne faut donner comme promesses que celles que vous êtes absolument sûrs de pouvoir tenir. Voilà.

Maintenant, pour les solutions de reprise de vaccinations, ce n’est pas à moi de les trouver. Moi, je n’ai rien promis.
(Dernière minute : je viens d’entendre, à l’instant, à la radio, un de nos immunologues éclairés officiels dire qu’il y aurait des solutions actuellement sur la table, dont notamment, tenez-vous bien, la possibilité de retarder la 2ème dose à ceux et celles qui ont eu la première, et continuer la campagne de vaccination, comme si de rien n’était, en attendant de prochaines livraisons, qui, a-t-il dit, sont “très proches”)

J’entends d’ici votre interrogation : et le délai de rigueur fixé pour la 2ème dose pour garantir son efficacité ? Eh bien, c’est notre “spécialiste” lui-même qui vous donne la réponse : “Des études récentes ont prouvé que le délai de 3 ou 4 semaines – selon le type de vaccin – qui a été donné pour garantir son efficacité peut être prolongé, sans problème, jusqu’à 3 mois”. Et il n’a pas manqué de rajouter que “la première dose est largement suffisante pour immuniser contre le virus”.

Bref, pas de panique, tout est bien dans le meilleur pays du monde.

Je vous laisse méditer tout cela, je vous souhaite un très bon week-end et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma