Une fois n’est pas coutume, ma chronique de cette semaine sera culturelle, mais pas que. Vous allez voir. D’abord, détrompez-vous, je n’ai pas l’intention de m’aventurer sur un terrain périlleux que je ne connais que trop ou que peu. Je ne sais plus trop. Mon Ève et mon Adam à moi n’ont aucun rapport ni avec la mythologie ni avec la religion, mais plutôt avec le cinéma. 

En effet, Adam c’est le titre d’un film marocain dont on a un peu parlé il y a 2 ou 3 mois, mais dont on parlera sûrement beaucoup plus dans les jours et semaines à venir. Et Ève, c’est le prénom qu’on pourrait donner à la réalisatrice de ce film, mais aussi aux deux personnages principaux féminins qui ont porté avec elle cette oeuvre, ce bébé devrais-je dire, avec beaucoup de souffrance, mais aussi avec beaucoup de tendresse.

Si j’ai décidé aujourd’hui de vous parler de Adam, de sa réalisatrice et génitrice et de ses autres protagonistes, c’est pour plusieurs raisons. 
Il y a quelques jours, j’ai eu le privilège de voir ce film alors qu’il n’est pas encore sorti en salle. D’autres, beaucoup plus privilégié(e)s que moi, ont eu la chance de le voir sur écran géant au dernier festival de Cannes, où il a été sélectionné dans la section “Un certain regard”. Justement, les très bons échos que j’ai glanés ça et là après cette  projection, notamment auprès de certains amis cinéphiles, m’avaient vraiment donné envie de le voir. Et  comme vous voyez, cela n’a pas trop tardé. 

En fait, il se trouve qu’on m’a désigné cette année pour faire partie de la commission chargée par le CCM – Centre Cinématographique Marocain – pour choisir le film qui sera présélectionné pour The Academy Awards, appelée communément les Oscars, qui se tient tous les ans à Los Angeles, depuis 1929. 

Notre commission était composée de 7 membres : deux réalisateurs, une réalisatrice, un Président d’un grand Festival international, un critique de cinéma, un haut cadre du CCM et grand cinéphile, et, enfin, votre humble serviteur, intrus chronique et néanmoins amoureux du cinéma. Et donc, c’est cette commission qui a choisi, à l’unanimité dois-je préciser, le film  Adam, parmi 12 films éligibles à cette prestigieuse complétion internationale. 

Maintenant, je vais vous parler du film, et je vais commencer par la fin, une fin si inattendue, si ouverte, si bouleversante, si intrigante, si frappante, qu’on en sort avec des bleus partout, et surtout sur le coeur. 

L’histoire est très simple : une jeune femme, enceinte jusqu’au cou, doit se cacher en attendant d’accoucher. En cherchant assez long temps et un peu partout, elle finit par trouver refuge chez une brave femme, une veuve triste à mourir, mais une travailleuse qui trime du matin au soir pour élever sa fille unique. 

Au début, le rapport entre les deux femmes était très difficile, mais il s’est adouci au fil du temps, jusqu’à presque se normaliser. 

Mariam Touzani, dont c’est le premier long-métrage, a réussi le défi de faire cohabiter deux femmes qui paraissent si semblables, mais que tout oppose. Toutes les deux souffrent, mais toutes les deux, chacune à sa manière,  se battent pour leur vie et surtout pour celle des leurs. Elle a même réussi à les faire aimer l’une l’autre, et à nous les faire aimer. Parce que Adam, je le répète, est un film sur la douleur, mais aussi sur l’amour. Je devrais ajouter également sur l’espoir, car du début jusqu’à la fin, le public espère et prie pour que ces femmes gagnent leur combat et arrivent à s’en sortir. 

Adam est un film à petit budget, mais grâce à une production intelligente et efficace, on en a fait un grand film. C’est presque un huis-clos, les intrigues sont simplistes, la mise en scène et la réalisation sont ultra-minimalistes, mais le tout est au service de l’histoire et donc du film. 

D’aucuns diront, et même ont déjà dit et écrit, que ce film traite d’une thématique éculée et  fatiguée car mille fois ressassée. D’autres, pour faire monter la sauce, rajoutent que Adam est un film de commande réalisé pour faire plaisir à l’occident et à son pan régnant sur le cinéma, la télé, les médias etc. Oui : le fameux complot homo-judéo-siono-maçonique. 

Je plaisante à peine parce que certains n’ont pas manqué, en parlant du film Adam, de rappeler parfois lourdement que sa réalisatrice est la femme d’un certain Nabil Ayouch, qui est, bien sûr, le fils de son père, le riche publicitaire défenseur de la veuve malade, de l’orphelin seul, du jeune opprimé et de l’arabe dialectal, mais surtout le fils de sa mère, une franco-tunisienne de confession juive – tiens, tiens – dans le grand pays de l’ouverture, de la tolérance et de la cohabitation, fin de citation. 

Et voilà où je voulais en venir :  au Maroc, certains confondent tout et n’importe quoi et ne savent pas faire la part des choses ce qui, finalement, fait le jeu des extrémistes et des obscurantistes.

Pour ma part, je puis vous assurer que Adam a été choisi par des professionnels intègres et indépendants qui l’ont considéré comme le film idoine pour représenter cette année le Maroc aux Oscars Américains. (Pour information, il a déjà trouvé un distributeur aux USA). 
Alors qu’on arrête de douter de tout le monde et de voir des complots partout. 

Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à essayer de faire mieux pour être choisis, eux aussi, les prochaines fois. Après tout, tout cela n’est que du cinéma. 

Bonne chance à tous et à toutes, et à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma