Je viens par la présente informer votre haute bienveillance – comme on écrit dans les courriers administratifs – et attirer votre aimable attention que contrairement à ce qu’on essaye par tous les moyens de nous inculquer en le répétant indéfiniment, le Covid19 n’est responsable en rien de la mouise dans laquelle nous pataugeons depuis des mois, pour la simple raison que ça fait des décennies que nous pédalons dans la choucroute.

Et dieu seul sait que ce mets, en plus d’être banni de nos cuisines pour des raisons autant ecclésiastiques que diététiques, est un mélange qui ne vous permet pas d’avancer et d’aller très loin, surtout si vous pédalez dedans. Parce que, voyez-vous, les lois de la physique, comme d’ailleurs celles de la nature en général, sont intransigeantes et impitoyables. Les physiciens du monde entier vous diront, que ces lois, même si vous les répétez des millions de fois, vous donneront toujours le même résultat.

Tenez ! On va en prendre une, au hasard. Par exemple : la loi dite de “la poussée d’Archimède”. Je ne vais pas la citer entièrement car tout le monde la connait, mais, en gros, tout corps solide plongé dans une masse liquide, subit une force contraire verticale égale etc.

Qu’est que cela signifie pour nous et quel rapport avec la choucroute ?

Et bien, c’est très clair : nous sommes plongés depuis des lustres dans une mouise, je ne vous dis pas, et pourtant, aucune force verticale ni horizontale n’a réussi à exercer ce fameux contrepoids, ni juste à tenter de le faire, pour nous permettre de sortir la tête de cette bouillie lourde et indigeste. Attention ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai aucune envie de me voir traiter, moi aussi, de traitre ou de mercenaire à la solde d’une 2ème nation ou autre…

D’ailleurs, moi, au moins, je n’ai qu’une seule nationalité, et dont je suis très fier, même si, entre nous, une 2ème serait la bienvenue, ne serait-ce que pour éviter les tracasseries de visa et les bousculades aux passages de la police aux aéroports.

Bon, je crois que je m’égare …

Il faut bien nous entendre. Quand je parle de mouise, je ne veux pas dire qu’au Maroc, nous sommes dans la dèche. C’est vrai que les démunis, comme on les appelle si joliment ici, il y en a pas mal, que la fracture sociale continue de s’agrandir d’année en année, et que nos besoins se confondent tellement avec nos envies que la majorité des Marocains ne savent plus s’ils ont vraiment faim ou s’ils veulent juste manger pour le principe. Bref, nous ne sommes pas réellement des pauvres, ne serait-ce que parce qu’il ya pire, ailleurs, par exemple.

En fait, notre misère à nous est beaucoup plus traumatisante que les problèmes de bouffe et de ventre. Notre misère est dans nos têtes, et elle a du mal à en sortir, sans doute, à cause de cette plongée qu’on accepte de subir, à l’insu de notre plein gré.

Parce qu’il faut bien reconnaitre que personne ne nous pousse, littéralement parlant, par le haut vers le bas. Nous y descendons tous seuls, et nous ne faisons aucun effort pour nous relever, ni juste pour essayer de ne pas nous enfoncer encore plus.

Tenez ! Je vais vous poser une question. Je vais la poser plus spécialement à tous ceux et à toutes celles qui font partie de la couche supérieure de notre société, celle censée être instruite, bien élevée, bien éduquée, bref, éclairée (Je sais qu’il y en a beaucoup parmi mes lecteurs et mes lectrices) : que faites-vous pour réagir face à ces gens qui sont dans notre gouvernement, dans notre parlement, et dans toutes ces commissions ad hoc ou permanentes, qui décident pour vous, en votre nom et à votre place, de tout ce que vous devez faire ou pas faire, ce que vous devez payer ou pas payer, ce que vos enfants doivent étudier ou pas étudier, où et quand vous pouvez aller ou pas aller, et même ce que vous avez le droit de boire ou pas boire, alors que vous êtes l’élite lumineuse, intelligente, érudite, moderne, moderniste, progressiste, libérale et tout ça…?

Je répète : qu’est-ce que vous faites, à part vous la couler douce, en protestant en cachette et en silence, en vous disant qu’après tout, quand on a de l’argent et un bon réseau dans ce pays, on peut avoir tout ce qu’on veut.

Et bien, non ! Ça, c’était avant. La preuve par un seul exemple : que vos enfants soient dans le public, pardon, pas le public, dans le privé, à la mission, à l’école américaine, espagnole, belge, italienne – ou même norvégienne si elle existe ici un jour – vous êtes tous logés à la même enseigne. Par exemple, vous ne savez pas, jusqu’à aujourd’hui, à quelle sauce vos gamins, grands ou petits, vont pouvoir, ou pas, étudier cette année. C’est juste un seul exemple. À mon sens, le principal enseignement qu’on peut tirer de ce constat est celui-ci : si on veut qu’un jour pouvoir décider enfin pour nous et pour nos bambins, il n’y qu’une seule et unique solution : mettre la main à la pâte, la plonger dans la semoule, fusse-t-elle bouillante.

En un mot comme en mille : il faut que l’élite se mêle enfin de la politique et ne pas la laisser aux seuls cancres, carriéristes ou autres opportunistes. En attendant, je vous souhaite un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma