Je dois vous dire d’emblée qu’aujourd’hui je n’ai pas trop le moral. Et croyez-moi, il y a bien de quoi.

Rappelez-vous, la semaine dernière, j’étais tout content et tout confiant de vous annoncer, ou plutôt de vous prédire que nous allions être bientôt libérés, et que nous allions pouvoir enfin apprendre à reprendre une vie plus ou moins normale. J’avais même fixé d’une manière très approximative les dates de cette ex-future libération. Pour ce faire, je m’étais appuyé sur une analyse qui se voulait objective, chiffres et données à l’appui, mais qui était également très approximative car fondée sur les seules promesses de gens qui ne les tiennent pas souvent. 

Je pense que vous avez deviné de quoi je veux parler. Oui, de dé-confinement promis, il n’y en pas eu, et pis, c’est reparti pour un autre confinement de trois autres semaines. A l’internat, on appelait ça du “rab”. Sauf que le rab, ou supplément de bouffe, c’est nous qui le demandions parce qu’on trouvait que c’était bon ou parce qu’on avait encore faim.

Là, non seulement, on n’en veut plus de ce confinement-enfermement qui n’a que trop duré, mais, en plus, on n’en peut plus. Je sais ce que certains me diront que c’est pour notre bien, notre santé, notre sécurité etc. Je ne dis pas le contraire, mais ça, c’était avant. Quand tout venait de commencer ou même un peu plus tard. D’ailleurs, si l’on en croit nos confineurs éclairés, les nouveaux foyers, les fameux “clusters”, qui nous empêcheraient d’être dé-confinés, ont été découverts dans des milieux industriels, dans des usines, quoi ! 

Donc, première question : pourquoi certaines usines avaient été autorisées à reprendre le travail, alors que leurs activités n’étaient ni indispensables ni nécessaires ? A moins qu’on arrive à nous convaincre que les câbles électriques pour voitures, ou que les chaussures à “membrane respirante spéciale” seraient pour nous, pauvres confiné(e)s, d’une utilité vitale. On se moque de qui ?  

Deuxième question : si les foyers contaminés sont dans des usines, pourquoi alors nous obliger, nous, à rester chez nous. Nous, ou disons la majorité d’entre nous, nous respectons, autant que faire nous pouvons, toutes vos consignes et toutes vos instructions, non pas parce que nous avons peur de vous, mais parce que nous sommes convaincu(e)s que ce n’est que comme cela que nous pouvons sauver notre peau. 

Maintenant que vous-mêmes, reconnaissez que les choses vont beaucoup mieux qu’avant, que nos chiffres, vos chiffres, sont donnés en exemple dans le monde entier, et que, justement, dans le monde entier, il ne reste pas grand-monde de confiné, pourquoi nous avoir rajouté ces 3 semaines supplémentaires ? Qu’est-ce que nous vous avons fait ? Pourquoi ce verdict aussi sévère ? 

Le comble, c’est que nous n’avons même pas le droit de faire appel ! 

Je vais vous dire ce qui m’énerve et me révolte le plus : c’est l’instabilité et la versatilité chronique de nos responsables. Il y a le premier qui vient vous dire une chose aujourd’hui : le lendemain, il y a un second qui vous dira autre chose, et il y a même le même jour, un troisième qui pourrait venir vous dire autre chose encore. Et la meilleure c’est que parfois, c’est le premier, lui-même, en personne, qui pourrait venir vous déclarer le contraire de ce qu’il avait dit la veille. C’est de la cacophonie dans toute sa splendide turbulence. 

Vraiment, ça commence à bien faire. 

Attention : je ne suis pas en train de prôner qu’on nous lâche, comme ça, du jour au lendemain, pour aller où nous voulons au gré de nos humeurs et de nos envies, comme si de ne rien n’était. Non, pas du tout. Je ne demande qu’une chose : de la cohérence dans le discours et dans les actes. 

Qu’on m’explique, par exemple, pourquoi, juste après avoir décrété une 3ème période de confinement, on vient nous annoncer qu’on allait autoriser toutes les entreprises – à l’exception de celles qui avaient été formellement interdites – à reprendre le travail, “juste après l’Aid” ? Et pourquoi, jusqu’à l’heure où je suis en train de commettre ces lignes, on n’a toujours pas dit un seul mot sur tous les autres, tous ces petits commerces, ces petits artisans, ces petits prestataires, tous ceux qui, pour une bonne partie, et depuis le début toute cette longue période d’immobilité, n’ont plus aucun revenu ?

Ils sont tous là, à attendre, non pas qu’on veuille bien leur donner un petit quelque chose pour pouvoir survivre et faire survivre leurs proches, mais juste qu’on leur permette de revenir à leur boulot, et vivre dignement de leur métier. Je sais qu’on pense peut-être que tous ces “petits” ne pèsent pas trop lourd, économiquement parlant, quoique…, mais, politiquement et socialement, ils peuvent faire très mal. 

Sauf si on nous démontre que ces gens-là seraient plus dangereux pour notre bien, pour notre santé et pour notre sécurité. 
En attendant d’y voir un peu plus clair, je vous souhaite quand même un très bon Aid, et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma