Ce qu’il y a de bien au Maroc, c’est qu’il s’y passe toujours quelque chose. Pour un chroniqueur satirique comme moi, c’est le paradis. 

Hélas, il ne s’y passe pas toujours que des choses agréables, des choses qu’on aurait du plaisir à annoncer ou à commenter, mais, c’est la vie. 

Pour ma chronique de cette semaine, j’avais le choix entre plein de sujets, tous plus ou moins intéressants et plus ou moins marrants, comme par exemple, la visite de notre chef du gouvernement en Russie et son allégeance désormais légendaire au nouveau tsar russe,  ou bien le derby Casablancais qui promet d’être très chaud, et j’espère, très calme. 
Pourtant, j’ai décidé de traiter d’un sujet qui est plus délicat, voire périlleux, mais que je ne pouvais zapper de peur qu’on me prenne pour un lâche ou pour un frileux.

Oui, il s’agit de cette très malheureuse affaire du drapeau marocain brûlé cette semaine à Paris, sur une place publique, par une femme qui se dit Rifaine et Républicaine, sous le regard admiratif ou dubitatif, allez savoir, d’un petit groupe de gens qui semblent être des ami(e)s, de simples curieux et curieuses, ou carrément des complices, allez savoir ! 

Jusque-là, je ne vous apprends rien que vous ne connaissiez déjà. 
En fait, si j’ai mis autant de temps à réagir, c’est d’abord parce que plus j’avance dans l’âge, plus j’essaye de contrôler mes réactions et mes sentiments. En d’autres termes, je préfère réfléchir avant d’agir, chose que je ne faisais pas du tout avant. 

D’autre part, j’ai toujours eu horreur autant de bêler avec les moutons que de hurler avec les loups. Je vous rassure : dans cette affaire de drapeau brulé, il n’y a ni mouton, ni loup, mais il y a eu, quand même, comment dire, beaucoup de suiveurs qui ont suivi, un peu aveuglément, et ce qui m’a quelque peu agacé. 

Toujours est-il, j’aimerais être très clair : cet acte est objectivement et sans équivoque aucune, un acte minable, lamentable et condamnable, et cette femme qui l’a exécuté avec sang froid et apparemment avec une certaine joie, je n’ai pour elle que mépris et dégout et ce, quelles que soient les raisons historiques, géographiques, politiques ou ethniques, vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises, qu’elles pourraient invoquées. 

Et vous savez pourquoi ? Parce que son acte est insultant envers tout un peuple, et envers tous les peuples, et son action était d’une grande lâcheté parce qu’elle n’aurait jamais osé l’accomplir en public, ici au Maroc, et pour cause. 

Entre nous, j’aime bien les gens courageux, mais à condition qu’ils aient un vrai courage.

Cela étant précisé, je voudrais maintenant parler des réactions de mes concitoyens et de mes concitoyennes. 

Autant j’ai parfaitement compris et admis toutes leurs condamnations de cet acte odieux, et autant j’ai été parfois irrité et parfois même amusé par la surenchère sur les déclarations et effusions d’amour envers notre pays et, bien sûr, envers son drapeau. C’était à celui ou à celle qui serait le ou la plus nationaliste, le ou la plus patriote et le plus amoureux ou la plus amoureuse de son très beau drapeau rouge avec sa très belle étoile verte. 

Au fond, quand on réfléchit juste un petit peu, mais pas plus, on pourrait se dire qu’après tout, comme on a si peu d’occasions de faire ce type de déclarations d’amour, et puisque l’occasion nous a été donnée, en plus, par “une ennemie et une traitre de la nation” : pourquoi pas ? Oui, on pourrait le dire, sauf que quand j’ai vu tout le monde, comme ça, se lever comme une seul homme, et s’élever contre, après tout, une seule femme, aussi traitre, lâche, minable, salope et tout ce que vous voulez, soit-elle,  personnellement, je me suis dit qu’il y a comme un petit problème, et même un grand problème.

Oui, c’est vrai, il s’agit du drapeau national du Maroc qui a été brûlé en public. Et alors ? Oui, on doit condamner l’acte et celle qui l’a lâchement accompli, mais pas au point d’en faire toute une affaire. 
Après tout, le pays a continué de fonctionner – j’allais dire de mal fonctionner – et le peuple a continué de vivre – j’allais dire de mal vivre. 

Justement j’arrive au point où je voulais en venir et je vais d’abord vous poser une question : franchement, est-ce que vous avez trouvé que c’était crédible, sincère, sérieux, et surtout approprié dans ces circonstances, que nos parlementaires décident de chanter l’hymne national, tous et toutes en choeur, et debout, s’il vous plaît ?  

Mais nous ne sommes pas en guerre, Bon dieu ! C’est juste une seule et pauvre femme qui a utilisé une cause qui n’est peut-être même pas la sienne, pour se faire remarquer et, comme on dit, “faire le buzz”. Et on est tous tombés dans le panneau ! 

Et puis, soyons un peu plus sincères entre nous et un peu plus clairvoyants : que ce soit parmi ces parlementaires, ou parmi tant de gens qui ont crié à tue-tête leur amour du beau Maroc et de son magnifique drapeau, combien n’ont qu’une seule envie, c’est de quitter ce pays, et combien ont déjà pris toutes les dispositions pour le faire, à tout moment, puisqu’ils ont déjà la nationalité d’autres pays qui sont beaucoup moins consensuels ? 

Je crois que j’en ai encore trop dit cette fois-ci. 

Alors, je vais vous souhaiter un très bon week-end et  vous dire à la semaine prochaine  pour un autre Vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma