Je m’étais promis la semaine dernière que pour la chronique de ce vendredi, je vais m’abstenir de vous parler de cette pandémie qui n’en finit pas de susciter des débats et de de faire des dégâts. 

D’abord, je n’en ai que trop parlé, et puis, surtout, parce que d’autres collègues en parlent d’une manière tellement plus savante et tellement plus sérieuse que j’ai intérêt à rester à l’écart. On pourrait appeler ça de “la distance intellectuelle”. Chacun à sa place et les virus seront bien matés. 

En vérité, si je dis cela, c’est parce que ces moments d’isolement et, on peut le dire, ces moment de désolation, m’ont fait redécouvrir mes limites, je parle de celles de mon savoir ou plutôt de ce que je croyais savoir. 
Non, non, ce n’est pas de l’humilié, c’est la dure et amère réalité. 

Voltaire disait et il avait tellement raison :  “L’humilité est le contrepoison de l’orgueil”. Si chacun de nous, surtout parmi ceux et celles qui ont toujours cru tout savoir, mettait son orgueil un instant de côté, il se sentirait tellement ignorant qu’il pourrait demander à revenir à l’école. 

Tenez, je vais vous donner mon exemple. J’ai toujours été quelqu’un, pourquoi le cacher ?, d’assez extraverti. Et je l’étais d’autant plus que je me trouvais très intéressant au point de toujours vouloir en profiter les autres. C’est pour cela que je n’arrêtais pas de la ramener avec cet air ultra-fanfaron qui caractérisent les extravertis, histoire de montrer que j’en savais plus que les autres, alors qu’en fait, je ne savais pas plus que ce que tous les autres comme moi ou pas, ne savent pas.  

D’ailleurs, depuis que je suis enfermé chez moi, parce qu’obligé par les autorités, et parce qu’également, j’ai peur pour ma pomme ou pour celle de tous ceux et toutes celles que j’aime, j’ai appris, à mon corps défendant, que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. 

Heureusement que je découvre en même temps que je ne suis pas le seul à être un ignorant. 

Là aussi, je vais vous donner un exemple : je suppose que depuis que vous êtes confiné(e)s comme moi, vous passez vos journées et vos soirées à zapper d’une chaîne de télé à l’autre  et/ou d’un site internet à l’autre. Et bien, je suis sûr que vous avez dû remarquer qu’entre les gens qui croient tout savoir et ceux qui pensent qu’ils ne savent rien, la différence est à peine perceptible, car les premiers finissent toujours par reconnaître ne plus être certains d’être sûrs de savoir, et les seconds par ne plus avoir envie d’en savoir plus car maintenant, ils savent tout. 

Autrement dit, les savants ne savent plus exactement ce qu’ils savent, et du coup, les non savants commencent à croire qu’ils en savent autant, sinon plus 

En d’autres termes, ce que je pourrais déduire personnellement de cet imbroglio mi-comique mi-philosophique, c’est que plus nous sommes enfermés, et plus nous avons peur, et plus nous avons peur et plus nous nous sentons vulnérables, et plus nous nous sentons vulnérables, et plus nous essayons de montrer que nous sommes les plus forts parce que, justement, nous savons tout.  

Oui, je sais que ce n’est pas très clair pour vous, pour moi non plus d’ailleurs, mais j’ai quand même réussi à écrire ma chronique sans trop parler de l’innommable Corona le terrible qu’Allah, Bouddha et tous les autres nous en débarrassent bientôt une fois pour toutes, dites amen.

En conclusion, je m’excuse si je vous ai un peu ennuyé avec mes délires, mais, croyez-moi, ce n’est pas facile du tout pour un extraverti comme moi de rester enfermé, et surtout d’être obligé de la fermer. 
Maman, je veux sortiiiiiiir. !!! 

En attendant de pouvoir enfin le faire en toute légalité et pouvoir ainsi retrouver toutes mes facultés, je vous souhaite un très bon week-end – qui d’ailleurs, entre nous, ne mérite même plus son nom – et je vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi scénariste, écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma