Le sujet de la chronique de cette semaine m’a été soufflé par un de mes grands et vieux amis, et bien involontairement. En effet, en m’envoyant une info assez attendue et assez insolite sur une commande qui aurait été faite par le Maroc du vaccin russe, le bien nommé “Spoutnik”, il avait malicieusement ajouté qu’avec deux vaccins qui viennent de deux temples du communisme, l’un maoïste et l’autre marxiste-léniniste, c’est peut-être une occasion inespérée pour que la gauche marocaine soit ressuscitée et remise sur pied.

J’ai bien souri tout en pensant d’abord que cela faisait longtemps que la Chine et la Russie avaient mis le cap à droite, et d’autre part que si le réveil des consciences pouvait se faire avec un vaccin, les vrais détenteurs de la science dans ce monde se seraient non seulement empressés de le mettre au point, mais aussi nous l’auraient inoculé de force.

Dans un registre similaire, un autre ami m’a adressé une très jolie citation attribuée au Docteur égyptien Mustapha Kamal Mahmoud, et qui dit, en substance : “ Si, un jour, un virus mortel oblige les pays du monde à fermer leurs frontières et à s’isoler pour éviter de périr, les nations vont se diviser en deux catégories : une qui possède les moyens et le savoir et qui va travailler jour et nuit pour trouver le remède contre ce virus, et l’autre qui va attendre son destin fatal. Et c’est ce jour-là que les sociétés vont enfin comprendre que la science n’est pas un outil de plaisir mais une solution de sauvetage.” (Cette citation prémonitoire a été traduite, très approximativement, par votre serviteur).

Dois-je rappeler que cet illustre penseur et écrivain est décédé en 2009 ? Je ferme cette parenthèse qui n’était pas tout à fait hors propos, et je reviens à la gauche marocaine qui est devenue si insignifiante pour ne pas dire si inexistante qu’on pourrait très logiquement se demander si elle avait vraiment existé un jour.

Oui, c’est vrai, je suis un peu excessif, mais c’est parce que j’aime trop la gauche et ses valeurs humaines et sociales, et que j’aurais tellement aimé que celle que j’ai connue, ici et ailleurs, que j’ai côtoyée et avec laquelle j’ai même fait un petit bout de chemin, émerge enfin de son profond sommeil qui n’a que trop duré, et recommence à bouger, à faire entendre sa voix et à même à l’élever très haut, au lieu de se contenter, comme elle le fait depuis déjà de nombreuses années, à valider et à cautionner avec les doux, à applaudir avec les mous, et à pousser des youyous avec les loups.

Justement, par exemple, regardez ce qui se passe actuellement avec ces problèmes de pandémie, de contagion, de contraintes, de vaccin etc. Plus social et plus humain que ça, tu meurs. Et même dans ces domaines où normalement la gauche devrait être réellement au-devant des problèmes et à l’avant-garde du combat pour la santé et pour la vie, on ne la voit pas et on ne l’entend que lorsqu’elle salue “les efforts du gouvernement et patati et patata…”.

C’est quoi ça ? Pourquoi ? Jusqu’à quand ?

Certains pourraient me rétorquer que je suis en train de rêver et qu’on ne peut pas réveiller les morts, et encore moins ceux qui ont passé l’arme à droite, mais je ne sais pas pourquoi j’’y crois encore, j’y crois toujours.

Peut-être parce que je ne crois pas et parce que je ne veux pas croire ni à la fatalité de l’égoïsme humain ni à celui la superpuissance du capitalisme sauvage. Moi, j’ai toujours cru en l’homme, et je suis certain, avec ou sans vaccin, c’est ce qu’il a de plus humain qui va finir par triompher un jour. Amen.

En attendant, je n’ai plus qu’à vous souhaiter un très bon week-end, de préférence pluvieux et neigeux, pour la bonne cause, et vous dire à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma