Je pense que nous sommes en train de vivre une phase révolutionnaire de notre histoire. Elle arrive peut-être à un moment où nous avons des soucis de tout genre, et que nous connaissons une certaine fébrilité aussi bien au niveau de notre santé physique que de notre mental, mais je suis persuadé que cela peut être un excellent booster, à condition que l’audace indéniable dont nous faisons preuve depuis quelques jours soit l’occasion de la mise en œuvre d’une stratégie de changement à long terme. Mais, pour cela il faut nécessairement que nous engagions, tous et toutes ensemble, une réflexion profonde sans hypocrisie, sans tabous, sans faux fuyants, sans interdits.
Nous avons franchi un pas de géant en osant ce qui paraissait, il y a à quelque temps à peine, comme impossible à oser, ou juste à y penser
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Je ne suis pas ici pour défendre qui que ce soit, encore moins ceux qui ont été audacieux et qui ont tous les moyens pour se défendre seuls. J’aimerais juste exprimer mon point de vue sur ce qui est en train d’être entrepris et qui est censé aller dans le sens de ce qui a été décidé.
Je voudrais rappeler quelques vérités qu’on semble avoir un peu oubliées.
D’abord, contrairement à ce qu’on semble avoir soudainement remémoré, la coexistence avec les autres religions dans notre pays ne date pas d’hier, ni même d’avant-hier. C’est pour cela que je ne comprends pas trop la sortie des tiroirs et de la mémoire de tous ces témoignages emphatiques et de toutes ces images poussiéreuses, qui voudraient nous convaincre que nous n’avions pas de problèmes particuliers avec nos concitoyens juifs et que nos ancêtres et nos parents vivaient avec eux en toute bonne harmonie et tout bon voisinage. Quand je vois ou que j’entends certains et certaines parler de tout cela, parfois les larmes aux yeux, j’ai l’impression qu’ils viennent de découvrir tout cela, ou pis, qu’ils n’en sont pas très convaincus.

S’il vous plait, qu’on arrêter cette comédie ! 

Mises à part quelques escarmouches comme il en arrive tant entre voisins, même de même tribu ou de même religion, nous savons tous que notre problème n’a jamais été avec les juifs, surtout ceux qui vivaient ici avec nous, et même avant nous, mais avec l’Etat d’Israël et avec ses velléités belliqueuses et colonialistes. D’ailleurs les escarmouches auxquelles je viens de faire allusion ont eu souvent lieu lors des grandes attaques expansionnistes de cet Etat, qui continue, jusqu’à aujourd’hui, il ne faut pas le cacher, à s’étendre violemment et impunément sur des terres qui ne lui appartiennent pas, du moins pas à lui tout seul. 

Par ailleurs, on ne peut pas effacer, comme ça, d’un coup de chiffon sec ou mouillé, tous ces discours discriminatoires, teintés souvent d’un suprématisme outrageux et haineux, de beaucoup de nos religieux et même certains de nos politiques, avec souvent, inconsciemment ou pas, d’un aval officiel des institutions, à l’égard non seulement des juifs, mais également des catholiques ou autres adeptes de religions monothéistes ou pas. Ces discours se retrouvent très souvent dans les écoles, lycées et universités dans la bouche de professeurs obscurantistes ou juste mal éclairés parce que mal formés. Et enfin, on retrouve ces mêmes discours très naturellement dans nos rues, et donc, dans nos foyers, portés parfois par nos propres parents, oncles, tantes, frères ou sœurs. 

N’oublions pas que certaines de nos lois sont toujours très liberticides et très coercitives, notamment sur les questions de religion, et que beaucoup d’entre nous continuent de croire non seulement à la nation musulmane élue, et par conséquent qu’il est normal de pourchasser tous ceux et toutes celles qui oseraient se mettre en marge de cette communauté, ou bien aller jusqu’à embrasser une religion autre que la religion d’Etat.
La majorité d’entre nous continue allègrement de confondre moderniste et mécréant, agnostique et impie, laïque et athée. Toute cette confusion qui dure depuis longtemps n’est pas très propice à cette volonté apparemment sincère de changement. 
C’est très bien qu’on veille changer tout cela, mais, de grâce, ne nous précipitons pas trop, et essayons de faire les choses avec méthode, vigilance et clairvoyance.
Si je peux me permettre de donner un conseil à qui de droit, je pense qu’étant donné que la tâche est loin d’être simple ni aisée, pourquoi ne pas faire appel à nos intellectuels, bien entendu, aux plus éclairés d’entre eux, c’est-à-dire tous ceux qui ont les outils scientifiques de la réflexion et de la pensée, et leur demander de réfléchir sur la meilleure manière de parvenir à cet objectif stratégique si noble et si ambitieux à savoir, de devenir, ou redevenir, une société tolérante, humaniste, sans complexe, ni de supériorité ni d’infériorité, ouverte sur le monde et sur son temps.
Mais, de grâce aussi, je vous en supplie, pas de comité et pas de commission. Si débat et réflexion doivent avoir lieu, que cela ne soit pas dans des salons feutrés ou dans des antichambres, mais devant nous, et avec nous. Pourquoi cette télévision qu’on nous vend et qu’on nous vante de publique n’abriterait pas ces débats et fasse, enfin, œuvre utile ?
En attendant que ces modestes propos trouvent une bonne écoute, je vous souhaite un excellent weekend et vous dit à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma