Cette phrase, vous avez dû l’entendre des dizaines de fois, surtout ces derniers jours, et plus exactement depuis le démarrage de la Coupe d’Afrique des Nations, CAN pour les intimes et assimilés. Cette phrase, vous l’entendez, chez vous, à la maison, ou au travail, ou juste dans la rue, à votre corps défendant, car beaucoup d’entre vous sont un peu comme moi, c’est-à-dire que le foot, qu’il soit Anglais, Espagnol, Italien ou même Africain, ce n’est ni votre tasse de thé ni votre bol de harissa.

Pourtant, vous allez continuer d’entendre cette phrase même redondante – “ C’est à quelle heure, le match  ? “ – au moins jusqu’à la… disqualification du Maroc de cette CAN. Non, non, je ne suis pas un oiseau de mauvaise augure, mais je suis juste un non-supporter de foot qui n’a jamais compris que dalle et qui ne comprendra sûrement jamais comment un simple ballon rond arrive à faire tourner la tête à tant de millions de fous furieux jusqu’à leur faire perdre tous leurs repères sociaux, à commencer par leurs propres repères familiaux.

Je disais donc que si je me suis permis de parler aussi vite de cette issue fatale probable pour nos Lions de l’Atlas – c’est comme ça qu’on les appelle, yak ? – et qui ne serait agréable ni pour eux, ni pour ceux qui les soutiennent, c’est-à-dire “les 35 millions de Marocains et de Marocaines (comme disent et écrivent les journalistes sportifs et les politiciens populistes), c’est parce qu’à force de subir, depuis toujours, malgré moi, le diktat de tous ces nombreux experts en tactique de jeu et en stratégie de joueurs, et j’en passe et des meilleurs, j’ai fini par être convaincu, une fois pour toutes, que notre équipe nationale actuelle de football, a très peu de chances d’aller très loin dans cette édition égyptienne.

Je ne vais pas vous répéter tout ce qu’on a essayé de m’expliquer, mais d’après ce que je crois avoir compris, c’est que la plupart des joueurs de cette sélection sont soit trop ambitieux, soit trop vieux, soit trop frileux, soit – et ils seraient les pires – trop dédaigneux. “Envers qui ?” les avais-je interrogés mi-curieux, mi-mystérieux. “Envers ceux qui ne sont pas du même bled ni du même calibre qu’eux”, m’ont-ils répondu en choeur. Je n’ai rien pigé à cette réponse de normand, par contre j’ai bien l’impression que cette équipe est bien partie pour revenir très vite d’Egypte.

Pourtant, c’est cette même équipe, qui serait disqualifiable à très court terme, qui continue d’intéresser la majorité de nos concitoyens au point de n’avoir que cette même phrase sur les lèvres : “C’est à quelle heure, le match ?”.
Au fait, de quel match il s’agit exactement ? Mais, pardi, du match du Maroc contre… les autres ! Quels autres ? Et bien les autres, ce sont les équipes africaines qui ont été tirées au sort pour jouer contre nos fameux “Lions ”, lesquels lions ne sont plus, ne seraient plus, toujours selon mes experts, que des lionceaux, voire, pour les plus méchants, que des souriceaux.

Alors, comme le Maroc ne joue pas tous les jours – comme d’ailleurs toutes les autres équipes en compétition – que font donc nos amis fous-furieux de foot, les autres jours ? Et bien, ils regardent les autres matchs ds autres contre les autres.

Au fond, je me suis toujours interrogé qu’est-ce qui les obligent à voir tous ces matchs des “autres”, jusqu’au jour où j’ai compris que ce qui les intéressait réellement dans ces matchs, c’est surtout de revoir, de plus prêt encore, certains joueurs-stars qui jouent dans des équipes européennes-stars, et que ces supporters occasionnels de l’équipe marocaine, supportent durant tout le reste de l’année.

Je ne vais pas vous faire l’insulte de vous citer tous ces joueurs ou toutes ces équipes, mais tout ce que peux vous dire pour finir, c’est quel que soit le parcours que fera l’équipe du Maroc en Egypte, “Les 35 millions de marocains et de marocaines” vont aussitôt après revenir à leurs amours de toujours, à savoir, à leurs éternelles équipes préférées du Wydad, du Raja, du Kawkab, du FUS, du MAS, des FAR etc., mais aussi et surtout à celles non moins éternelles et encore plus préférées du Real, du Barça, du Liverpool, de l’inter, de Juventus, et de toutes les autres. En un mot comme en 35 millions, le foot a encore de beaux jours devant lui. Et la politique au Maroc ? Quelle politique ? Et quel Maroc ?

En attendant de pouvoir répondre à ces questions biscornues, je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma