Mes rares ami(e)s qui pensent bien me connaître, sont souvent déçus parce qu’ils n’arrivent jamais à comprendre comment je fonctionne. Je les intrigue, mais en même temps, je les sens très tristes pour moi. Au fond, parce que ce sont mes ami(e)s, et parce qu’ils me veulent du bien, ils veulent que j’évite de trop me faire remarquer, surtout quand, à leurs yeux, de nouveaux horizons pourraient s’ouvrir à moi. 

Ils ne savent pas que non seulement mon avenir, professionnel s’entend, est derrière moi, mais en plus je m’en fiche des horizons nouveaux comme de ma première toupie en bois, quoique cette toupie-là, qui ne tournait pas très rond, j’aurais bien aimé l’avoir de nouveau, ne serait-ce que pour savoir si j’ai toujours la main.

En vérité, cette histoire ne date pas d’aujourd’hui. 

En effet, déjà au temps où j’étais plus jeune, plus frais et plus dispo, que de reproches larmoyants et de remontrances attristées j’ai entendus de tant d’amis et amies, à chaque  fois que, à leurs yeux, je ratais l’occasion d’être plus discret, autrement dit, de me la fermer.
Je vous explique.

Plusieurs fois, à la veille d’une nomination à un grand ou haut poste quelconque, qui serait plus ou moins en accointance avec mes connaissances, mes compétences ou mes expériences, j’entendais ça et là, que mon nom figurerait dans la liste des nominés à ce poste. 

Et bien moi, au lieu de me faire tout petit, de disparaître, ou d’aller faire du lèche à M. X ou à Mme Y, des personnalités connues pour être capables de soutenir ma candidature au poste auquel je n’avais jamais été candidat, au lieu de tout cela, moi, je profitais pour commettre et publier un papier toujours satirique mais souvent  incendiaire sur la vie en général et sur les voyous en particulier. 

Et c’est là où je je mettais tous mes amis et toutes mes amies hors d’eux et hors d’elles, eux et elles qui ne me voulaient que du bien, je vous le rappelle. 

Combien de fois je les avais déçu(e)s au point que certains s’étaient fâchés avec moi et d’autres n’avaient pas hésité à me traiter d’inconscient et irresponsable. 

Or, ce qu’ils ne savaient pas et ce qu’ils n’avaient jamais pu comprendre, c’est qu’en me comportant de la sorte, j’étais, au contraire, tout à fait conscient de ce que je faisais, et tout à fait en phase avec mes responsabilités. 

En fait, tous ces hauts postes auxquels on souhaitait que j’accède, ne m’intéressaient nullement, non pas parce que je ne me sentais pas à la hauteur ou bien parce que j’aimais bien cracher dans le velouté de homard, mais juste parce que j’étais bien là où j’étais, là où j’étais plus ou moins libre de faire plus ou moins ce que je voulais, et je ne ne voulais pas du tout être là où je n’allais plus pouvoir faire, dire, écrire ce que je voulais, autant que je le voulais, au moment où je le voulais . C’était aussi simple que cela. 
Est-ce que j’avais tort ou raison ? C’est à vous de voir. 

Quant à moi, croyez-le ou pas, aujourd’hui, là où je suis, et juste avec le peu que j’ai, mais auprès de mes proches et des gens que j’aime, je me sens l’homme le plus heureux sur terre. 

Alors, franchement, à quoi m’aurait servi d’être plus calme, plus discret, plus poli, plus courbé, plus soumis, moins agité, moins excité, moins désintéressé, moins passionné ? 

A rien ! Ah si : peut-être, à être moins heureux. 

Alors, vous voyez ? Pourquoi voulez-vous que je change pour plus, mais pour moins bien ?

Merci quand même. Comme discutait l’autre : c’est l’intention qui compte. 
Très bon week-end et à la semaine prochaine pour un autre vendredi , tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma