Aujourd’hui, c’est le jour de l’aïd Lakbir, la “Grande fête”, plus connue mondialement, y compris chez les non musulmans, sous le nom très parlant de “La fête du mouton”. 

Par un heureux hasard, la fête est tombée cette année un vendredi, un jour on ne peut plus sacré. C’est un hasard heureux, mais aussi un hasard sacrément curieux parce que cette année, pour des raisons que chacun peut aisément deviner, il n’y aura ni prière du vendredi, ni, auparavant, de prière de l’aïd. Personnellement, ce n’est pas du tout ma tasse de thé, mais je peux parfaitement comprendre que certains de mes concitoyens en soient très contrariés. Mais, comme n’arrête pas de nous répéter notre ministre de la santé ainsi que celui de la fermeture des frontières intérieures à la dernière minute : il faut ce qu’il faut. 

C’est vrai : ils n’allaient quand même pas nous laisser nous amuser comme on veut, alors que, nous rappellent-il tout le temps, l’affreux virus, lequel d’ailleurs est totalement maitrisé grâce aux compétences confirmées qu’on ne remerciera jamais assez, et aux forces dédiées qu’on ne devrait jamais arrêter de louer, est toujours très actif et très menaçant. 

Donc, qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas, ils ont tout à fait raison de nous empêcher de faire des bêtises et même de nous gronder, ce que notre ministre du virus qui menace notre santé  et son collègue de l’intérieur et de l’interdiction de parader à l’extérieur ne manquent pas de faire en chœur, sous la direction de leur chef d’orchestre, le médecin qui ne guérit rien, mais qui crie partout à qui voudrait bien le croire qu’il est quand même, malgré tout, au courant de tout.

Après tout, nous devons nous estimer heureux, parce qu’ils nous ont bien laissé le mouton à égorger, et nous ont même préparé des bouchers garantis non-covidés et stérilisés. 

Alors, que demande le peuple ?  

Vraiment, je ne comprends pas tous ces gens qui n’arrêtent pas de râler parce que soi-disant, on n’arrête pas de les tourner en bourrique, en décidant une chose aujourd’hui, puis une autre le lendemain qui l’annule sans toutefois remplacer celle qui sera vraisemblablement prise le surlendemain. Et ainsi de suite. Au fond, franchement, pourquoi ça nous étonne ? Quand avions-nous cessé de répéter, depuis tout le temps, que nous sommes le grand pays du changement ? Nous voulons que ça change ? Et bien, comme vous le voyez, nous n’arrêtons jamais de changer.

D’ailleurs, vous avez vu en combien de si peu de temps nous sommes passés de la phase 1 du plan de déconfinement à la phase 2, puis à la phase 3 ? A peine, nous commençons à nous habituer à une phase, et à en profiter, qu’elle est aussitôt changée. Nous sommes et nous resterons toujours le pays du changement par excellence. Et comme ce sont presque toujours les mêmes qui n’arrêtent pas de changer, alors ils ont décidé de ne jamais nous les changer, de peur qu’on perde nos repères.

Maintenant, je sais que ces gens qui n’arrêtent pas de changer, certains aimeraient bien les changer quand même, histoire de changer un peu.  Moi-aussi, j’aimerais bien, mais comme dirait le célèbre Kabbour : « M3a mane « ? ». Par qui ? Et avec qui ? Vous en voyez, vous, ici, chez nous, des gens capables de faire mieux que ces gens-là ? En tout cas, moi, je n’en vois pas. Et même s’ils existaient, je ne crois pas qu’ils auraient envie de prendre leur place pour nous changer la vie. 

Alors, que faire ? Je vous jure que je ne sais pas. De plus, je n’ai plus tellement envie de savoir. Et puis, changer pour changer, pourquoi faire ? 

Je pense que finalement, et à la longue, je suis devenu fataliste. Après tout, ça pourrait être pire. Par exemple, changer en reprenant ceux de la dernière fois, ou même de la fois d’avant.

En attendant de meilleurs jours avec de meilleurs gouvernants et, tiens, j’allais oublier, un meilleur peuple, je vous souhaite une très bonne fête, un très bon week-end, et je vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma