Notre gouvernement, que Dieu le pardonne, a décidé de nous présenter un bilan dit d’étape. Quelle étape? L’étape montagne ? Et c’est quoi la prochaine ? L’étape contre la montre ?
Au fond, c’est très gentil de sa part de vouloir nous informer de ce qu’il a réalisé, ou pas, mais, franchement, est-ce que c’est vraiment le moment ?

Alors que nous sommes en plein ramadan, que les pieux sont si sonnés par la faim, par la soif et par tout le reste, qu’ils n’arrivent même pas à s’écouter eux-mêmes, et que les impies, qui sont restés ici, ont d’autres plats à déguster en cachette, et vous croyez que quelqu’un a encore la tête à tendre l’oreille à des discours où l’auto-satisfaction béate sert de fond musical à l’énumération qui épate.

D’ailleurs, ces très longs discours n’arrivent même pas à convaincre ceux qui les prononcent, et souvent mal, au point qu’ils font parfois des lapsus qu’on ne sait pas s’ils sont révélateurs ou pas. Mais, faisons la sourde oreille et revenons à notre bilan.Comme je ne suis expert en rien, ni spécialiste en quoi que ce soit, je ne vais pas m’aventurer à analyser tout le texte que le gouvernement a mis gentiment à notre disposition, mais bientôt mes collègues, qui sont plus futés et plus sérieux que moi, vont se faire un plaisir de le faire pour vous. Quant à moi, je vais me contenter juste de commenter le résumé très synthétique du discours présenté lundi dernier au Parlement par le Chef de notre gouvernement.

En vérité, ce résumé est un peu à son image, c’est-à-dire qu’il n’est pas très parlant, mais je vais essayer quand même de vous en parler un peu.
Je vais commencer d’abord par le titre, et qui d’ailleurs résume tout : “Le bilan d’étape de l’action gouvernementale est positif et rassurant”. Déjà, après avoir lu cette phrase, vous allez vous faire une idée qui va dépendre, forcément, du crédit que vous accordez, ou pas, à ce gouvernement.Si, par exemple, vous êtes des gens positifs, cela va vous rassurer, et vous n’aurez pas besoin d’en savoir plus pour être rassurés encore plus.Et si vous êtes d’affreux nihilistes, vous allez également vous suffire de cette petite phrase qui va vous permettre de mener ce que M. El Othmani appelle « des campagnes systématiques de dénigrement et de sous estimation visant à ébranler la confiance des citoyens dans l’action publique et politique ». Qu’est-ce que vous êtes méchants !

Mais, comme moi je ne suis ni dans un groupe ni dans l’autre, j’ai décidé de continuer la lecture de cette courte synthèse, et ce que j’ai pu en sortir, va sûrement convaincre les plus endurcis d’entre vous.M. El Othmani commence par nous expliquer que la situation “a requis du gouvernement l’adoption d’une approche particulière accordant la priorité à la réalisation sur le terrain, au traitement des causes et à la recherche de solutions pratiques « . Cette approche, on ne peut plus claire, n’est-ce pas, va probablement nous mener très loin car, comme il nous le précise lui-même, “notre pays est sur la bonne voie, en dépit de l’intensité des contraintes et des conspirations ». Il ne nous dit pas de quelles contraintes il s’agit, ni qui sont derrière ces conspirations, mais l’essentiel c’est de savoir que nous n’allons pas changer de chemin, puisqu’on est bien sur le bon.

Cependant, et malgré tous ses succès, M. El Othmani évite de verser dans la fanfaronnade, et préfère l’humilité qui l’a toujours caractérisé :  » ce gouvernement, ou tout autre, ne saurait prétendre résoudre tous les problèmes du Maroc en un demi mandat, ni même en un mandat complet”. Ah bon ? Et alors, comment on va faire, Docteur ? “Nous aspirons à davantage de réalisations pour le reste de notre mandat, notamment… pour œuvrer pour relever les défis et confronter les difficultés qui se dressent devant le pays et répondre aux besoins et aux aspirations des citoyennes et des citoyens ».

Pour ne rien vous cacher, je n’ai pas tout compris de ce qu’il a dit, par contre, j’ai parfaitement saisi que, d’une part, et malgré toutes “les contraintes et les conspirations”, il n’a pas l’intention ni de nous laisser tomber, ni, encore moins, de renoncer au reste de son mandat. Et maintenant, si malgré tous ces éclaircissements, vous n’avez toujours pas pigé, je vais vous le dire encore plus clairement : M. El Othmani veut vous annoncer que lui et ses amis, qui lui soient fidèles ou pas, n’ont pas du tout l’intention de céder leur place et de partir.

Il aurait pu vous le dire autrement, par exemple en paraphrasant le célèbre Mirabeau,  « Nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que… quand ils nous le diront »

Bref : ils sont encore là pour longtemps.

A la prochaine étape et au prochain Vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.m