Je pensais vraiment que notre pays avait changé, au moins, sur ce plan-là.

Je parle, bien entendu des libertés, des droits de l’homme et tout ça.

En tout cas, je sais que les vieilles méthodes qui ont sévi durant les tristement célèbres « années de plomb », elles, ont disparu. Et c’est tant mieux.

Je suis également convaincu, sans démagogie et sans ironie, qu’il n’y a plus vraiment de problèmes de libertés, du moins au sens relatif du terme. Rien n’est parfait et il n’existe nulle part de cité idéale où règne une liberté absolue. 

Tout pouvoir politique a une envie naturelle de se protéger et de se défendre, Pour cela, crée des structures et des services pour s’en occuper. Et, malgré toutes les précautions, les conditions et les règles qui accompagnent cette création, y compris dans les pays démocratiques ou qui aspirent à le devenir, il est quasiment impossible d’éviter des petits abus, de légers dérapages ou juste quelques stupides excès de zèle.

Pour revenir à notre pays, je pense que nous n’avons plus qu’un problème de gestion de tous ces « petits trucs », mais tout « petits trucs » qu’il sont, ils peuvent causer parfois des dégâts considérables.

Prenons l’exemple de ce tintamarre, de ce brouhaha, de ce bruit cacophonique qui nous assomme depuis plusieurs jours et qu’on appelle « l’affaire Amnesty ».

Cette affaire qui n’aurait dû ne pas en être une, n’est pas seulement mal gérée, elle n’est pas gérée du tout.

Que je sois clair : je ne suis le conseiller de personne, et personne ne m’a délégué pour en parler, ni ne l’a ordonné ou dicté, ou, encore moins, payé pour le faire (si, si, ça existe).

je réagis parce que, comme des milliers et des millions de marocaines et de marocains, j’en ai par-dessus la tête de constater que certains de nos responsables n’ont toujours pas compris que plus on en fait trop, et plus on risque d’avoir trop de problèmes. 
Alors que nous étions en train plus ou moins de voir une sortie de crise de cette satanée pandémie, de préparer du mieux qu’on pouvait un dé-confinement plusieurs fois reporté, que le pays tirait la langue, au sens propre et figuré, à cause des retombées de cette crise et de la chaleur suffocante qui a pointé du nez dès qu’elle a aperçu le nôtre dehors, donc, alors que nous avions d’autres chats encore plus sauvages à fouetter et même à botter, voilà le moment que l’on a choisi pour monter en épingle une petite affaire de rien du tout.

Oui, Amnesty International a publié une info qui prétendait que le téléphone portable d’un nos journalistes aurait été piraté par je ne sais qui pour espionner ce qu’il dit ou ce qu’on lui dit. 

Ce journaliste, je j’aime bien avec sa bouille et sa barbe mal rasée de faux méchant, mais, à mon avis, il n’a d’intérêt que parce qu’il est un peu plus turbulent, et un peu têtu que les autres. C’est tout. Des comme lui, on en a eu, on en aura toujours, et c’est tant mieux pour la démocratie.
Maintenant, je ne suis pas ici pour prendre la défense ni des uns ni des autres, contrairement à certains de mes non-confrères qui s’empressent toujours de le faire pour plaire. Pour moi, un journaliste – que je ne suis pas d’ailleurs, puisque je ne suis qu’un petit billettiste satirique, mais qui n’en pense pas moins – n’a pas à mettre son stylo, son micro ou son ordi au service d’un pouvoir politique, quel qu’il soit, de droite, de gauche, d’en haut ou d’en bas. Pour moi, tout pouvoir est assez grand pour se défendre.

A chacun son métier, et les citoyens seront bien gardés. 
Tout ce que je voudrais dire à nos responsables, c’est que tant qu’ils se mettent à chaque fois hors d’eux dès que quelqu’un dit un mot de travers sur eux, ils sont mal barrés. 

Amnesty International, soit dit en passant, n’est pas une petite officine de quartier, mais bien une grande organisation internationale, qui compte des millions de membres, qui est composée de plus de 150 pays, et qu’en agissant de la sorte, elle est parfaitement dans son rôle.

Si on n’a pas compris cela, on n’a vraiment rien compris

Cela dit, l’Etat, en assurant sa surveillance, est aussi dans on rôle. C’est la loi de la réciprocité.

C’est pour cela que je ne comprends vraiment pas pourquoi notre Chef de Gouvernement, en personne, s’est senti obligé de monter au créneau et engager un débat direct avec Amnesty, alors qu’il a un ministre spécialement dédié à la chose ? Oui, c’est vrai, ce ministre-là n’est pas au top de sa forme ni de sa morale, mais, bon, on est bien obligés de prendre ce qu’on a sous la main.

Plaisanterie à part, je pense qu’il faudrait qu’on arrête d’être trop susceptibles. Je l’ai dit, et je le répète, personne n’est parfait, et personne ne vous croira si vous prétendez l’être. Alors, au lieu de perdre son temps à essayer de passer pour des Sainte-nitouche, il faut essayer de gérer les choses calmement, sereinement et… politiquement. Je n’en dirai pas plus.

Après, tout, n’est-ce pas, je ne suis pas payé pour ça. En attendant, je vous souhaite un très bon week-end calme et serein, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.  

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma