Ce matin, et comme chaque vendredi matin, je me suis mis à la recherche d’un bon sujet bien pertinent à traiter pour vous, en évitant, autant que faire je peux, de revenir encore une fois sur ce salaud de Corona et les ravages qu’il continue de faire aussi bien chez nous qu’ailleurs.

D’ailleurs, chez nous, on n’en parle presque plus. A force de l’avoir tout le temps sur le dos et sur la figure, je crois qu’on a fini par s’y habituer. On nous avait bien dit qu’il va falloir apprendre à vivre avec lui, eh bien, c’est fait. Comme vous avez dû remarquer, même les officiels se contentent depuis plusieurs jours de nous balancer chaque jour des  chiffres de plus en plus gros, grossis ou non, je n’en sais rien, sans même nous donner la moindre explication sur pourquoi ça grossit autant et aussi vite, ni sur comment ne pas l’attraper autrement qu’en gardant tout le temps un masque sur le nez, sous le menton ou… juste sous le coude. 

Bref, alors que je cherchais, disais-je, un bon sujet qui me permettrait de tout vous dire ou, du moins, pour être plus humble, tout ce que je pourrais vous dire sans me faire tirer les oreilles, je tombe sur une info qui vaut son pesant de son et d’image. Je vous la livre telle quelle : «les téléphones de tous les journalistes et leurs conversations sont surveillés par les autorités ». L’auteur de cette détonante déclaration n’est autre que le Président du Syndicat National de la Presse Marocaine et Membre du Conseil National de la Presse en personne. Et il n’a pas dit que cela puisqu’il a également ajouté dans une interview filmée, que j’ai visionnée moi-même que, sans vouloir, dit-il, entrer dans leur aspect légal ou non, ces opérations d’écoute concerneraient également tous les politiciens, syndicalistes et bien d’autres acteurs. Et enfin, il a tenu à préciser en le martelant que cette pratique serait « normale » dans un État “normal” puisqu’elle existe “même en France, en Allemagne et aux USA”. Fin de citation.
Moi, ce n’est pas tant l’info qui m’a surpris – je ne suis quand même pas né de la dernière lune et je ne suis pas non plus si candide que cela – mais plutôt la manière, le ton, et il faut bien le dire, le cynisme avec lesquels un responsable, de surcroit syndical, de surcroit politique, de surcroit défenseur des droits de l’homme, même au sens qu’on leur donne dans notre pays chéri, et qui est, de surcroit, journaliste, nous la présente. Il est allé même jusqu’à apostropher son intervieweur en lui posant la question : “Tu crois que toi, ton téléphone n’est pas sur écoute ?”, ce à quoi le pauvre intervieweur n’a pu qu’acquiescer de peur de se faire gronder. 

Cela étant dit, n’attendez pas de moi à ce que je me révolte contre ce qu’on appelait jadis “des attitudes liberticides contraires aux valeurs qu’elles sont reconnues universellement”. Non, merci, sans moi. Que chacun se débrouille tout seul, moi, j’ai déjà donné. C’est normal ou non d’écouter les gens à leur insu, sans même se soucier que ce soit légal ou pas, moi, ça ne me regarde pas, ou plutôt, ça ne me regarde plus. Il fut un temps où je m’aventurais à ruer dans les brancards, à tirer sur les ambulances et à satirer sur les ambulanciers, histoire de contribuer un tout petit peu à faire avancer le schmilblick, et résultat des courses, je me suis retrouvé à payer les pots cassés surtout par les autres. Mais, soyons clairs : je n’en veux personne qu’à moi-même. Je n’avais qu’à la fermer et faire, comme ont fait pas mal de mes anciens amis et camarades, à accepter de moins l’ouvrir, ou mieux, de ne plus l’ouvrir du tout, avec comme contrepartie un beau cadeau sous forme d’une belle affaire avec bons de commande à l’appui.

Le problème, c’est que moi, on m’a ignoré superbement et on ne m’a rien proposé du tout. J’ai même fait des relances par la suite à travers certains de mes écrits ou en parlant à certains de mes potes bien placés, mais rien!

Vous savez ce que m’a dit un jour un de ces “potes bien placés”, “haut placé” même, et qui se reconnaîtra (Je vous jure que c’est vrai) : “ Ce n’est pas la peine d’insister, Ssi Mohamed, tu n’auras jamais rien et cela, pour deux raisons : la première c’est qu’ils croient toujours que tu dis ça juste pour plaisanter, et la deuxième, c’est qu’ils ont besoin de gens comme toi, râleurs chroniques et invétérés qui ne veulent pas changer, pour montrer et démontrer que la liberté d’expression existe bel et bien dans notre pays, puisque tu peux dire ce que tu veux sans être inquiété” .
Et c’est ainsi que depuis, sachant que de beau cadeau et de belle affaire juteuse je n’en aurai jamais, je continue de délirer presque tout seul, de protester comme je peux, d’élever la voix tant que je le peux encore, avec l’espoir qu’un jour, enfin, on m’écoute, ne serait-ce qu’un petit peu.
En attendant, je vous conseille de bien faire attention au vilain virus et de bien faire gaffe à ce que vous dites au téléphone, on ne sait jamais.
Je vous souhaite un très bon week-end, une très bonne fête du Mouloud, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi tout est dit. 

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma