Le sujet que j’ai choisi pour ma chronique de cette semaine est presque imposé et forcé. Pourtant, je fais tout, du mieux que je peux, pour ne pas céder à la pression, à la tension et à la facilité. Or cette fois-ci, j’ai même un peu peur qu’on l’on prenne mal le fait de ne pas parler de ce de quoi parle tout le monde, je veux dire tous les Marocains et toutes les Marocaines, depuis 2 ou 3 jours.

Bien évidemment, vous avez sûrement deviné de quoi il s’agit : de la pluie, de cette belle pluie que l’on espérait depuis longtemps, cette pluie pour laquelle on implorait le ciel matin et soir, avec des prières pour les croyants et les pieux, avec des vœux pour les athées et les impies, et pour les autres, qui s’en fichent un peu, avec des souhaits que si cette pluie si désirée finit par tomber, qu’elle le fasse avec parcimonie, en tout cas, sans trop de dégâts. Eh bien, je crois que le ciel a voulu faire plaisir à tout ce beau monde, mais, disons, à moitié, ou plutôt, en leur offrant le double, voire plus.

En effet, la pluie est non seulement tombée à point nommé, quasiment au moment souhaité, là où il le fallait, mais aussi, là on n’en avait pas trop besoin, et, en plus, elle est tombée beaucoup, énormément, et tellement beaucoup et énormément que tous ces gens qui en voulaient, qui en demandaient, vous savez, tous ceux et toutes celles qui imploraient le ciel de bien vouloir leur en envoyer un peu, ont commencé, les uns à prier, les autres à supplier, pour que cette douche géante théoriquement bienfaitrice s’arrête car trop, c’est trop.

Or, le ciel, ce n’est pas une comme une télé qui fonctionne à la télécommande, ni comme une Smart TV dernier cri qui obéit à la voix ou en claquant les doigts. Le ciel, comme c’est le point le plus haut, eh bien, n’en fait qu’à sa tête. Oh, il ne le fait certainement pas pour nous embêter ou pour nous causer des soucis, mais, du moins je le crois, pour nous apprendre un peu, d’abord à savoir ce qu’on veut, à compter sur nous-mêmes plutôt que sur la Providence, et enfin, à nous préparer un peu plus à l’avance. Ce qui vient de nous arriver, c’est-à-dire de nous retrouver, en l’espace de quelques heures, tous et toutes, trempées de la tête aux pieds, nous devions le prévoir depuis longtemps. Oui, c’est vrai que nous reconnaissons de plus en plus que notre pays est plutôt de type semi-aride, en d’autres termes un pays où il y a plus de chance – ou de risque car ça dépend – qu’il fasse tout le temps beau, avec un soleil parfois de plomb – ce qui est, entre nous, pas mal non plus – qu’il ne pleuve constamment, en toutes saisons, et encore moins en quantités pré-formatées, selon les besoins des uns et les désirs des autres.

Et puisque tout cela, nos responsables sont censés le savoir puisqu’ils font théoriquement appel à des experts météorologues, climatologues, agronomes et autres, pourquoi Bon Sang de Bon Dieu, à chaque fois que le ciel nous envoie juste un plus d’eau que d’habitude, on a l’impression que c’est la fin du monde, et qu’on va bientôt plier bagage pour aller dans l’autre monde ?

Pourtant, la météorologie et la climatologie sont des sciences à part entière, et que nos (ir)responsables n’ont rien à inventer, mais juste à suivre, ou mieux, à copier sue les autres. Non, eux, préfèrent se jeter la responsabilité les uns sur les autres, un sport qui s’appelle “C’est pas moi, c’est l’autre”.

Pour le peuple, c’est la faute à l’Etat, pour l’Etat, c’est la faute aux élus, pour les élus, c’est la faute à la Gestion Déléguée, pour la Déléguée c’est la faute à l’état dans lequel on leur a délégué la gestion etc etc etc.

Quant au peuple, lui, il croit qu’il n’est responsable de rien alors qu’en vérité, sa part de responsabilité est au moins égale à celle de tous les autres, ne serait-ce que parce qu’il ne vote pas ou parce qu’il ne sait pas très bien pour qui voter. La preuve.

En tout cas, je le dis en toute franchise, nous sommes tous et toutes mouillé(e)s jusqu’au cou dans cette affaire, et nous ne sommes pas prêts et prêtes pour une embellie très proche.

Oui, bien sûr, que la pluie va un jour ou l’autre cesser, les égouts vont finir par être débouchés, les chaussées vont sécher parce que le soleil va revenir très vite, parce que, je le rappelle, nous sommes un pays semi-aride, et par conséquent, le soleil est quasi permanent. Oui, mais, même si l’impact de cette pluie un peu trop abondante sera quand même positif ne serait-ce que pour nos ressources en eau potable ou pour nos nappes phréatiques, je ne veux même imaginer le coût des dégâts causés par ce trop-plein d’averses. Je ne sais pas si on nous le dira ou pas, mais ce dont je suis presque sûr c’est que, comme habitude, dès que les choses reviendront plus ou moins à la normale, on va oublier tous et toutes tout cela, jusqu’au prochain déluge. Et ainsi de suite.

En tout cas, tout cela nous a fait oublier la pandémie, même si elle est toujours là, et les vaccins qui, eux, ne sont toujours pas là. En attendant, je vous souhaite un très beau long weekend, même s’il va être pluvieux et même, semble-t-il, neigeux, et vous dis à la semaine prochaine, pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma