L’information est tombée comme une ondée un jour d’une grande chaleur : le vaccin tant attendu contre l’ennemi numéro 1 du moment et, pour quelque temps encore, des moments à venir, est enfin prêt et qu’il serait administrable à qui le souhaiterait dans les tout prochains jours.

En fait, il y a eu deux infos quasi simultanées.

La première avait une portée strictement nationale et nous apprenait que nos amis chinois avaient fini par valider définitivement le vaccin sur lequel ils travaillaient depuis plusieurs mois avec la complicité expérimentale du Maroc et d’autres pays.

La deuxième était d’envergure internationale puisqu’il s’agissait de l’annonce par un très grand laboratoire américain, Pfizer pour bien le nommer, de la finalisation de son vaccin qui serait incessamment sur le marché. Pour rappel, c’est ce laboratoire qui avait découvert le fameux médicament-miracle dont le nom commence par Vi et se termine par Ra, capable de réveiller les vigueurs les plus dormantes et les plus chancelantes, si vous voyez ce que je veux dire …

Maintenant, je reviens au vaccin chinois qui a plusieurs autres nationalités, dont la nôtre. C’est pour dire que c’est en quelque sorte un peu aussi notre vaccin.

Depuis l’annonce de cette bonne nouvelle, les réactions ont très nombreuses chez nous et qui peuvent être classées grosso-modo en deux catégories :

Il y a ceux qui doutent de tout, pour tout, tout le temps, et partout, surtout quand cela se passe chez nous. Ceux-là sont toujours à l’écoute des douteux dont le monde pullule depuis longtemps et surtout depuis le nouveau règne des réseaux dits sociaux. Il était donc normal qu’avant même que l’annonce ne soit officielle, ils ont commencé à y voir un complot machiavélique chapeauté par je ne sais quelle mafia informatico-médico-financière internationale, et à jurer leurs grands Dieux qu’ils préféreraient mourir que de se faire inoculer un vaccin aussi mortel.

Et il y a ceux qui étaient impatients de voir arriver un vaccin, qui ont applaudi dès le début, et qui sont prêts à tendre leurs bras ou leurs fesses – on ne sait pas encore – tout de suite, sans attendre, car ils font pleinement confiance aux autorités médicales de notre pays, et surtout à ses Plus Hautes Autorités, convaincus qu’il sont que ces dernières ne pourraient en aucun cas mettre en péril tout un peuple, en commençant par ses forces majeures que sont la police, l’armée et le monde médical. 

Je vous rassure tout de suite : je fais partie de cette deuxième catégorie, et je le suis plus par nature, par nécessité et par absence d’une autre solution, en tout cas, pour l’instant. Cependant, je tiens à préciser que la confiance n’exclue pas le questionnement, pour ne pas dire le scepticisme. 

Je m’explique.
Nous avons appris que le Maroc a reçu, jusqu’à présent, quelques 10 Millions de doses de ce vaccin, entres autres, sino-marocain, et comme il doit être administré en deux prises, cela signifie, si on calcule bien, que seuls 5 millions de citoyens marocains et citoyennes marocaines seraient vaccinés en premier.

Seulement voilà : le Marocain et la Marocaine ont beau aimer leur pays et faire confiance aux responsables qui le dirigent, ils savent néanmoins, par expérience, que tout ne fonctionne pas toujours comme il devrait, et qu’il y a, pas toujours, c’est vrai, des… comme dire … des … dysfonctionnements.

Dans ce projet de campagne de vaccination qu’on pourrait qualifier de prioritaire, on peut parfaitement admettre que les vaccins destinés aux “forces du front” ne pourraient souffrir d’un quelconque détournement ou passe-droit. En revanche, beaucoup se demandent si la même rigueur serait appliquée aux autres personnes prévues dans le cadre de cette priorité, en l’occurrence les personnes âgées, les malades chroniques et autres individus fragiles et à risque de contamination élevé.

Cette interrogation me semble très légitime car on n’a pas besoin d’être nihiliste notoire ou négativisme chronique pour dire qu’il y a beaucoup de choses qui permettent de redouter certaines dérives. On n’a qu’à voir ce qui se passe actuellement, c’est-à-dire à un moment de haute flambée de la pandémie chez nous, au niveau de pratiquement tous les services médicaux de notre pays, qu’ils soient publics ou privés.

Aujourd’hui, il n y a pas une seule famille au Maroc qui n’a pas été touchée, directement ou indirectement, et dont les membres ne pourraient vous raconter tous les déboires parfois indescriptibles qu’ils ont connu lorsque cette maladie a touché un des leurs. Dans un autre registre complémentaire, comment ne pas se révolter devant les difficultés énormes pour disposer d’une autorisation de déplacement de ou vers les villes “à risque” – et qui sont tout à fait justifiables – alors qu’en arrivant à l’entrée de ces villes, soit on ne trouve aucun contrôle, soit on peut passer juste avec le fameux laisser-passer bleu ou autre ?

Jusqu’à quand ??? 

En résumé, je suis heureux qu’on ait un vaccin, je suis heureux pour mes concitoyens et mes concitoyennes qui commencent à voir le bout de ce tunnel sombre et tumultueux, mais je me dois de dire ce que me semble absolument nécessaire de dire.

En attendant et en espérant que nos responsables soient plus honnêtes et plus rigoureux dans l’intérêt de notre pays et donc de nous tous et toutes, je vous souhaite un très bon Vendredi 13, un très bon weekend et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.

Mohamed LaroussiExpert et Enseignant de la Communication stratégique. Il est aussi écrivain et auteurs de plusieurs livres dont « Marx est mort, mon amour« . Co-fondateur de la plateforme Analyz.ma