C’est en sa qualité de femme musulmane, africaine et arabe, responsable et libre, que Zohour Alaoui, ancienne ambassadrice du Maroc auprès de l’UNESCO et présidente durant deux ans de la Conférence générale de cet organe onusien, a remis le flambeau à son successeur l’ambassadeur de Turquie Ahmet Altay Cengizer, en présence de la directrice générale, Audrey Azoulay, fille du conseiller royal, André Azoulay.

Première femme africaine à être désignée à la présidence de ce prestigieux organe, «Mama Africa» comme la surnomme affectueusement son homologue du Gabon l’ambassadrice Rachel Annick OGOULA AKIKO, nombreux étaient les défis et les interrogations qui se dressaient devant Zohour Alaoui en 2017.

Le premier défi était évidemment d’ordre financier, avec la suspension du versement des contributions de certains Etats membres et la menace de voir cette suspension étendue à d’autres. Cette crise financière, d’une ampleur inédite, menaçait de déstabiliser complètement l’Organisation, à commencer par sa capacité à mettre pleinement en œuvre ses programmes.

Mais aujourd’hui, deux ans plus tard, Zohour Alaoui peut être satisfaite de constater que la menace de voir suspendues les contributions obligatoires de certains Etats membres s’est éloignée de l’UNESCO. Et, malgré la perte d’un des plus gros contributeurs de l’Organisation que sont les Etats-Unis, le budget régulier est stabilisé, bien qu’il soit encore fragile.

Durant le mandat du Maroc à la tête de la Conférence générale, on a assisté à une augmentation des contributions volontaires.

Il y a deux ans, le second défi était celui du renouveau, avec l’installation d’une nouvelle Direction générale et d’un Conseil exécutif dont la composition était en partie renouvelée.

De ce renouveau est née une volonté redynamisée d’améliorer l’efficacité de l’UNESCO. Ainsi, la Directrice générale, l’autre marocaine Audrey Azoulay, a initié une transformation stratégique qui s’est traduite par des propositions de réformes structurelles et l’élaboration de stratégies, avec pour objectifs, d’asseoir et de pérenniser, de manière visible, le positionnement de l’UNESCO sur la scène internationale, de moderniser sa gestion et d’améliorer son efficacité.

Enfin, le troisième défi auquel a dû faire face Zohour Alaoui, qui occupe aujourd’hui les fonctions d’ambassadeur du Maroc en Allemagne, était celui du multilatéralisme, avec la menace de voir se rompre certains dialogues entre les États membres et l’Organisation, entre États membres eux-mêmes, et de s’enliser dans une crispation des positions.

Au terme de son mandat, non seulement ce défi du multilatéralisme est toujours posé, mais il interpelle encore plus vivement.

Car de quoi s’agit-il en réalité ? Il s’agit de créer les conditions de la paix. Au-delà des programmes en éducation, sciences, culture ou communication qui la définissent, la mission première pour laquelle l’UNESCO a été établie est celle d’assurer la durabilité de la paix, mission qu’elle ne cesse, au quotidien, de s’atteler à remplir, qu’il s’agisse de prévenir les conflits ou de réparer les post-conflits. Et c’est là tout le sens du programme de Zohour Alaoui en faveur de la culture de la paix.

Mais aujourd’hui, face à la mondialisation, les conflits, le changement climatique, il incombe plus que jamais à l’UNESCO, d’inscrire ses actions de protection dans le cadre plus large des défis menaçants de notre temps.

C’est la raison pour laquelle l’UNESCO, référence incontestable au niveau mondial dans le domaine du patrimoine, doit, impérativement, continuer à répondre à ces défis avec détermination et engagement.

Face aux crises économiques, climatiques, migratoires, politiques, face au repli sur soi, à la radicalisation et à l’extrémisme, face aux atteintes aux droits de l‘homme, à la dignité et au respect de l’autre, les valeurs défendues par l’UNESCO s’avèrent fondamentales.

Aujourd’hui, l’humanité est confrontée à un délitement de son système de valeurs, au point que certaines d’entre elles peuvent apparaître comme n’étant plus des valeurs communes.

Durant deux ans, Zohour Alaoui a œuvré, inlassablement, pour que le dialogue soit constamment maintenu et pour que le consensus soit au cœur de l’action de l’UNESCO. Et en remettant le témoin de la présidence de la Conférence générale au nouveau président de la 40ème Session, la fille de l’ambassadeur Moulay Driss Alaoui, grand commis de l’Etat et vétéran de la diplomatie marocaine, a rendu un hommage appuyé au roi Mohammed VI pour sa vision engagée, déterminée et progressiste, et son immense intérêt accordé à l’UNESCO, pour avoir placé l’Éducation et la formation professionnelle au centre des priorités nationales du Maroc, pour agir, sans relâche, en faveur de la préservation et la restauration du patrimoine du royaume, pour placer l’Humain au centre de toutes les stratégies de développement durable, pour protéger, sans concessions aucunes, les valeurs de tolérance et de respect de l’autre et pour assurer la transmission de ces valeurs aux générations futures.

Abdellah EL HATTACHConsultant- Expert aux affaires publiques et Stratégies. Co-fondateur de la plateforme ANALYZ.MA