La langue de bois devient un langage si cher à nos politiciens qu’on se demande s’il n’est pas injecté dans leurs veines !

Des syntagmes placés en asyndète, se suivent les uns les autres sans soupir, révèlent le paradoxe d’un speech décousu s’infligeant dans un second speech décousu. Des discours à la fois subliminaux, démagogiques, formatés et déconnectés de la réalité représentent un impertinent pot-pourri de tautologies. Des chiffres péremptoires qu’on ne peut ni approuver ni contredire, des euphémismes à profusion, des arguments idéologiques sous un vernis pseudo-scientifique, et dans le meilleur des cas des mots savants vides de sens pour « briller de mille feux ». Jusqu’à quand va durer ce déguisement que l’on prend pour rouler sa bosse sans se faire repérer ?!

La novlangue contemporaine à la marocaine

Quand nous contemplons des concepts tels que la bonne gouvernance, la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, la régionalisation avancée, la politique intégrée de la jeunesse, la réforme du système éducatif, le développement inclusif et durable, etc. nous avons l’impression que nous sommes à deux pas du développement ! Pourtant, les slogans et petites phrases pour le développement sont jetés dans l’éther, et nous voilà assistons à l’aventure qui en découle.

D’ailleurs, dans un essai qui date de 1946, George Orwell écrit que « ce qui importe avant tout, c’est que le sens gouverne le choix des mots et non l’inverse ». Cet inventeur du fameux concept « novlangue » a beaucoup réfléchi sur le pouvoir des mots en politique et dénoncé la confusion qui dissimule la pensée. Chez nous, le choix des mots gouverne leur sens et le choix des structures gouverne leurs finalités et fonctions. Ainsi, sous le vibrato patriotique, l’allocution politique se sert du concept de l’année, appelons ça « la star de l’année » dont tout le monde en parle et personne n’en parle véritablement.

Nos décideurs sont-ils prêts à mettre leur peau en jeu ?

En faisant abstraction de toute responsabilité individuelle, c’est par la voix passive que nos politiciens marquent leurs propos. Pour l’essayiste Nassim Nicholas Taleb, « plus on s’élève au niveau macro, moins les gens deviennent responsables de leurs actes ». En 2017, il a mis en relief le fait qu’on ne devrait conférer la responsabilité et laisser prendre des risques qu’aux gens qui sont prêts à assumer les conséquences de leurs décisions et à mettre leur peau en jeu en cas d’échec. Autrement dit, quand on a quelque chose à perdre, quand on accepte le risque, quand on assume nos décisions et on ne fait pas supporter les suites par d’autres, quand nos actes sont en harmonie avec nos paroles, on mérite peut-être d’être des décideurs.

Finalement, ces discours politiques, préfabriqués, qui durent des heures et des heures et se réitèrent des années et des années pour ne pas dire grand-chose, ne sont ni plus ni moins qu’un langage amphigourique, ou parfois un langage très bien compréhensible à telle enseigne que nous n’avons plus confiance en nos politiciens ; Ils sont en rupture de ban et leurs discours ne sont plus crédibles. Nous en avons assez et nous souhaitons vivement étreindre et saisir du concret s’il vous plait.

Mes souhaits pour une belle année 2020 sans langue de bois !

Habiba El Mazouni, Consultante en politiques publiques. Doctorante en sciences politiques et sociales. Co-fondatrice de la plateforme AnalyZ