Par Mohamed LAROUSSI

Détrompez-vous, ou rassurez-vous, je ne vais pas vous parler de Pegasus et de tout le tollé que ce logiciel de science-fiction a soulevé presque partout dans le monde et surtout au Maroc, un pays dit, jadis, du tiers monde, et qui, aujourd’hui, serait devenu non seulement une puissance qui compte, mais aussi qui dérange. Je ne vais pas en parler non pas parce que je n’ai rien à en dire, mais tout simplement parce que trop de monde en parle en même temps, et pas toujours, pour ne pas dire jamais, sereinement, ce qui crée une cacophonie qui ne me plait pas beaucoup et qui m’irrite au plus haut point. 

Tous ces sabres au clair soudains et ces levers de boucliers brusques, de part et d’autre, sont plutôt inquiétants et ne présagent rien de bon, ni pour les uns ni pour les autres. Pour ma part, je ne sais pas si c’est le trop de prudence, l’âge, la fatigue, ou tout cela à la fois, mais je préfère de plus en plus attendre avant de m’emporter, et réfléchir avant de donner mon avis. Cela dit, je ne me permettrai pas de blâmer ceux et celles, notamment parmi mes ami(e)s, qui se sont empressé(e)s de prendre position, et je ne leur reprocherai pas non plus d’exprimer ou de rappeler aussi vite leur attachement viscéral et naturel à la nation et à ses intérêts bien compris. 

Vous allez me dire pourquoi alors avoir choisi ce titre ? En fait, pour être franc avec vous, c’est juste pour vous montrer que ce sujet – l’espionnage – m’intéresse et m’a toujours intéressé, et cela bien avant qu’il ne devienne aussi sophistiqué; je voulais aussi rappeler que mes chroniques continuent et continueront de coller à l’actualité, mais que, malgré cela, j’ai bien le droit de ne pas faire comme les autres et de m’en détacher si je veux pour aborder des thèmes moins polémiques ou, en tout cas, moins éphémères. 


Cette semaine, par exemple, j’ai décidé de vous (re)parler d’un sujet on ne plus d’actualité, à savoir l’enseignement, ou plus exactement, les débouchés qu’offre cet enseignement, ou plutôt n’offre plus. Je vais commencer – pour en finir – par le domaine de l’espionnage, justement pour dire qu’au vu des technologies très pointues qui sont en train de pointer du nez, ou si vous préférez, de l’oreille, je pense que même si vous, parents, pensez que c’est un métier très honorable et très rentable, je ne suis pas très sûr que vos chers chérubins pourraient y trouver rapidement des opportunités de carrière. Le seul poste similaire qui semble, peut-être, encore possible, serait celui de moqadem, mais je ne crois pas que ça les intéresserait outre mesure. 

Plus sérieusement, quand on pense qu’une simple application informatique est capable de faire le boulot de milliers de collaborateurs et de collaboratrices et d’écouter, de trier et d’archiver des millions de conversations téléphoniques à l’insu de grandes personnalités du monde de la politique, de l’économie, des finances, de la recherche, de la presse, des médias, ou de simples quidams comme vous ou moi… Enfin, non, pas moi, parce que je suis sûr et certain que je ne les intéresse pas du tout, et pourtant, comme je le dis souvent, qu’est-ce que j’aimerais qu’on m’écoute !

Pour revenir à l’enseignement et à la problématique des débouchés professionnels dans notre pays, je constate, comme toujours à pareil moment de l’année, que plus on avance dans le temps, et plus ça devient compliqué aussi bien pour les enfants que pour leurs parents. 
Dès que les résultats du bac sont connus, et parfois bien avant, c’est l’angoisse du choix, ou plutôt l’embarras du peu de choix, qui s’installe, très inconfortablement, au sein de la famille. 
Quelle école, quel Institut, quelle faculté choisir ? Ou, juste, quel domaine suivre ? Vos enfants ont beau avoir été, durant toute leur scolarité, les meilleurs de leur école, de leur collège et de leur lycée, ils ne sont pas sûrs du tout, ni vous non plus d’ailleurs, qu’ils pourront choisir l’orientation qu’ils souhaitent et encore moins les établissements qui les prépareraient pour cette orientation. Et vous savez pourquoi ? Je sais que vous le savez : oui, il faudrait d’abord avoir la superbe et grande moyenne qui devrait s’approcher le plus possible du 20 sur 20 ! Sinon ? Eh bien, sinon rien ! 


Cette surenchère à la moyenne la plus élevée, juste pour pouvoir passer un concours, est une aberration, une hérésie, une folie !

Quand j’entends que des élèves, avec des moyennes qui avoisinent et dépassent parfois les 17 ou 18 sur 20, font la queue avec des centaines d’autres aussi futés sinon plus qu’eux, pour pouvoir s’inscrire à plusieurs concours de valeurs et d’importances souvent inégales, et tout cela pour, disent-ils ou disent-elles, “augmenter notre chance de décrocher quelque chose”.


Quant aux autres, les moins “supérieurs”, voire les plus “moyens”, eux, les pauvres, ils n’ont ni le choix ni même le droit de choisir, et vont se contenter de prendre ce qu’il y a ou ce qui reste, si jamais il reste quelque chose. Un vrai drame. Mais où va-ton ? 


Voilà. Je l’ai dit.


Si maintenant, vous trouvez que tout cela est bien dérisoire, eu égard à “l’importance des attaques que subit notre pays depuis qu’il a décidé de ne plus être un petit poucet, mais une grande puissance régionale etc. etc. etc.”, vous avez sans doute raison, et j’ai sans doute tort. Après tout, je ne suis qu’un chroniqueur qui délire.


En attendant qu’on m’espionne et qu’on m’écoute enfin un jour, je vous souhaite un très bon weekend, et vous dis à la semaine prochaine pour un autre vendredi, tout est dit.