Même je ne suis pas du tout un adepte de la théorie du complot, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui se trame.

C’est quand même étrange qu’au même moment, et juste à la veille d’un remaniement programmé et somme toute normal dans toute démocratie, qu’on parle de plus en plus de mettre en veilleuse les règles démocratiques et constitutionnelles, pour tester une expérience hasardeuse et qu’on pourrait appeler “la gouvernance par la compétence”.  Peut-être ce sont juste quelques soubresauts de quelques nostalgiques de l’ancien monde, mais cela n’est pas de bon augure.

Franchement, je ne pensais que j’allais écrire, dan un intervalle d’une semaine sur cette solution-miracle qu’on appelle “les technocrates”. Cette poudre  de perlimpinpin dont on ne connait ni la structure ni même l’odeur est présentée comme l’alternative la plus efficace et la plus rapidement opérationnelle aux maux que connait notre système de gouvernance,  et elle est défendue comme telle par un certain nombre de personnes d’horizons divers.

La dernière personne en date n’est autre que notre écrivain-poète-peintre national de renommée internationale, et chroniqueur socio-politique local à ses heures perdues, j’ai nommé le célébrissime Tahar Ben Jelloun, TBJ, pour les intimes dont je ne suis pas. Je dois préciser que ce que je peux penser de ses écrits littéraires ou autres, d’avant ou d’après, n’a rien à avoir avec ce que j’ai envie de débattre avec lui aujourd’hui. Je sais, le connaissant un petit peu, qu’il ne va jamais s’abaisser à mon niveau, moi qui ne suis à ses yeux qu’un petit écrivaillon qui, de plus, avait osé un jour le narguer publiquement, dans un journal économique prestigieux, à travers une chronique littéraire faussement légère et sournoisement embêtante, à propos d’un de ses romans tordus, “le Rompu”, pour bien le nommer. Mais, là, c’est une autre histoire. Aujourd’hui, qu’il l’accepte ou pas, j’ai parfaitement le droit, et il ne pourrait pas m’en empêcher, de discuter les idées archaïques et les propositions démagogiques qu’il a développées dans un récent article sur un journal électronique.

Dan le dit papier, il ne nous conseille pas moins, “pour s’en sortir (peut-être)” – c’est le titre de son article –  de “laisser les politiques faire de la politique et désigner aux postes clés des personnalités n’appartenant à aucun courant idéologique, autrement dit des gens compétents”. Et, alors, avons-nous envie de lui demander, qu’allons-nous faire de nos partis politiques, au moment où nos technocrates-apolitiques qui savent tout faire seront aux affaires ? Et bien, TBJ a la réponse : “Ils devraient … se remettre en question et ne pas perdre de vue la tâche qui leur incombe: travailler pour édifier une démocratie véritable et un Etat de droit incontestable”. Bon. Essayons de comprendre. On va mettre au chômage technique nos ministres politiques, et on demandera à leurs partis d’organiser pour eux des universités d’été, d’hiver ou des 4 saisons, pour se remettre en question. En attendant, on va laisser les bons élèves de bonne famille faire le bon travail qu’on attend d’eux et d’eux seuls. Mais, mon cher Tahar, savez-vous ce que qui est écrit, à ce propos, dans la constitution, celle du Maroc, dois-je préciser : “Les partis politiques œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. Ils concourent à l’expression de la volonté des électeurs et participent à l’exercice du pouvoir, sur la base du pluralisme et de l’alternance par les moyens démocratiques, dans le cadre des institutions constitutionnelles”. Je continue : “Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats. Sur proposition du Chef du Gouvernement, Il nomme les membres du gouvernement”.

C’est clair ? Alors, maintenant, dites-moi :  Qui va nommer vos chers technocrates ? Et sur la base de quelques critères et de quel texte ? A moins que vous ayez à l’esprit, sans oser le dire, la promulgation de l’article 59… L’Etat d’exception…  Je vous éclaire ? Ce n’est possible que “Lorsque l’intégrité du territoire national est menacée ou que se produisent des événements qui entravent le fonctionnement régulier des institutions constitutionnelles”.  Mais arrêtez ce délire ! C’est vrai, qu’il y a des problèmes : un gouvernement qui patauge, une majorité qui panique, une opposition sans tête, une élite qui ne sait plus où donner de la tête, oui, mais il n’y pas péril en la demeure. Et puis, pour le Maroc, le choix d’un Etat démocratique est une option irréversible, et cela aussi, c’est inscrit noir sur blanc dans la constitution, celle du Maroc, dois-je vous le repréciser.

Au fait, TBJ, pourquoi vous n’avez jamais fait ces propositions, ailleurs, par exemple, en France ? Hein ?