Du jour au lendemain, nous voici autres. Nous voici différents, nous voici épatés, perdus, choqués, et d’un seul coup, nous devenons attentifs, et prudents devant le virus. L’Etat prend le contrôle et déclare un état d’urgence sanitaire, tout ne semble plus rien comme avant.  Comment ? Et que faire ?

C’est aussi simple que complexe : rester chez soi. Simple puisque c’est un acte citoyen et complexe parce que notre mode de vie a totalement changé invitant notre soi à repenser la gestion des relations humaines dans un temps de crise.

Mais devant tout ce qui se passe sous nos yeux, à voir nos villes, nos espaces qui se vident, les gens qui quittent et rejoignent leurs familles, à voir nos territoires qui passent au silence, qui s’arrêtent, nous devons tous, repenser nos liens dans ces lieux, repenser nos territoires du possible, repenser nos territoires du savoir. Et c’est à partir de ce point que je fais le lien avec le titre que je vous propose, pourquoi revenir à Camus et particulièrement à son roman La peste.

Est-il utile ? Quelle relation entreprend-il avec le monde contemporain? Quelles pesanteurs ? Quels enseignements majeurs ?

Dans tous les cas, nous sommes dans un temps de crise, et Camus nous rappelle cette belle citation profonde : « Beaucoup cependant espéraient toujours que l’épidémie allait s’arrêter et qu’ils seraient épargnés avec leurs familles. En conséquence, ils ne se sentaient encore obligés de rien ».

Cette citation marquera un temps du commun. Nous traverserons les mêmes circonstances, les mêmes douleurs, et presque la même pandémie. C’est dans cette citation que nous devrions prendre du recul, un temps d’action et c’est ce que fait l’Etat avec beaucoup de responsabilité.

Or, ceci est dans l’ordre du jour, on doit se protéger, on doit rester chez nous, on doit vivre ces moments autrement, en pensant à une renaissance de nos valeurs de citoyenneté, de civisme, de solidarité et de conscience collective, puisque une chose est certaine, pour paraphraser Martin Luther-King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots » et c’est toute l’ampleur que prend cette citation dans ces moments incertains.  

Il ne faut pas se contenter de respecter l’ordre de l’Etat, il faut aller au-delà de ces restrictions, au-delà de l’ordre, devant ce mal qui n’est pas aussi simple que ca, c’est un mal éclairé. Tous ensemble, nous devons avoir le courage de repenser nos relations humaines, de repenser à la nature, qui reprend ses droits dans plusieurs pays du monde, à toute la faune qui se réveille et reprend vie. Nous devons penser aux bienfaits de ce mal, à ces petites voix qui militent pour l’environnement. Aujourd’hui, la nature reprend sa place devant le libéralisme sauvage.

Devant le nombre de contaminés, qui croit au fil des jours, des désenchantements, des angoisses et de tristesses, nous devons rester optimistes pour vaincre ce mal, nous chantons des lettres d’espoir, de joie, et de victoire  pour que les chiffres baissent.

Nous voici, alors confinés chez nous, moitié vivants, moitié morts. Ce mal éclairé rappelle nos limites, ce que nous sommes, ce n’est absolument rien, des petits grains de sables devant la grandeur d’un petit virus, rien devant l’immensité de l’univers, et c’est à nous d’en tirer les leçons majeurs de notre humanité, de rappeler à chacun de nous, que notre destin est entre nos mains !  

Tariq AKDIMChroniqueur et Economiste des territoires. Il est aussi Directeur de rédaction de la Revue Adrar Voice